Psychanalyse patriarcale : briser le lien mère-enfant, civiliser le monstre sauvage, et légitimer le lien paternel

La psychanalyse freudienne au service du patriarcat pédophile : la nature humaine est perverse

Ne le prend pas dans tes bras

Publié le 22 avril 2013 sur Les Questions Composent

Quelle mère n’a jamais entendu ça? « Ne le prend pas dans tes bras, il va s’habituer ». « Laisse-le pleurer, ça lui fera les poumons ». La violence éducative commence tôt, très tôt. L’enfant à peine né, il faut couper le cordon, se garder d’être trop « fusionnel », le laisser seul pour qu’il « s’habitue ». L’envoyer à l’école le plus vite possible. Le séparer, vite. S’il pleure, c’est la faute de la mère. Elle est trop fusionnelle. Elle étouffera son enfant, l’empêchera de grandir, de vivre…

Même en n’en sachant que très peu sur les enfants, il m’a toujours semblé que ces gentils théoriciens du « ne le prend pas dans ses bras, il pourrait s’habituer » en savent encore beaucoup moins que moi. Ont-ils déjà regardé un bébé? Non pas vu, mais regardé. Ont-ils déjà réfléchi à ce qu’est un bébé?

Autonomie. Solitude. Apprentissage. Pleurs. Communication. Langage. Fusion. Ces mots reviennent sans arrêt sur le tapis dès qu’on parle des bébés. Mais ont-ils encore un sens? Plusieurs mots en revanche sont curieusement absents du vocabulaire couramment usité. Amour. Attachement. Détresse.

Je ne veux pas parler ici de façons de s’occuper des enfants, ce n’est pas vraiment le sujet. Je veux encore parler de théories sur l’éducation. De violence éducative. Car la première violence que subit l’enfant est cet ensemble de théories savantes qui ne le regardent pas, qui ne l’écoutent pas, qui décident pour lui ce qu’il est, ce dont il a besoin. Et qui, au final, peuvent le maltraiter, même avec les parents les plus aimants et dévoués au monde.

La mère et l’enfant dans les théories psychanalytiques

Un bébé, pour beaucoup de gens, c’est un tube digestif armé de puissantes cordes vocales. C’est une vision très culturelle des bébés parce que dans notre culture, les bébés pleurent beaucoup et sont difficiles à calmer. Je reviendrai là-dessus.

Un bébé, pour moi, c’est un être vulnérable, sans la moindre autonomie, totalement dépendant de ses parents (et en particulier de sa mère chez la plupart des mammifères non-humains et dans de nombreuses cultures humaines) pour sa survie, son bien-être et son développement. Cela me semble une évidence, mais cette vision des choses est très peu partagée, comme nous allons le voir.

Un bébé, pour de nombreux  professionnels, psys et en particulier dans la tradition psychanalytique, est une sorte de monstre en devenir, un individu dangereux, qu’il faut dresser. Vous pensez que j’exagère? Non seulement je suis bien en-dessous de la vérité, mais ces théories de l’enfant-monstre ont infiltré nos esprits jusqu’au centre du cœur de la fibre, si j’ose dire. Quand les gens m’exposent leurs théories à propos des tout-petits, je suis perpétuellement surprise de constater à quel point on n’hésite pas à leur prêter des intentions néfastes. Les enfants, estime-t-on, n’aspirent qu’à grappiller la moindre miette de pouvoir. Laissez un enfant grandir sans « poser des limites » bien claires, sans lui apprendre l’obéissance, et il deviendra un de ces fameux enfants-rois, un tyran assoiffé de pouvoir qui vous rendra fous, vous ses pauvres parents, vous dominera, vous écrasera. Ces velléités de pouvoirs chez le petit enfant ne sont pas perçues comme acquises dans l’éducation, mais totalement naturelles, innées. Et toute l’éducation consiste à écraser ce pouvoir, le tuer dans l’œuf, pour transformer ce petit sauvage, cette petite brute sanguinaire, en être civilisé.

J’exagère encore? Voici quelques citations glanées au hasard sur des sites de vulgarisation psy à propos des liens mère-enfant(1).

Après sa naissance, le nouveau-né reste, pendant quelques semaines, dans ce que les psychanalystes et psychologues cliniciens appellent l’illusion de la toute puissance. En effet, l’allaitement permet à l’enfant de se sentir tout puissant face au sein en pensant qu’à tout moment il peut le détruire. Mais en parallèle, il sent également que le sein peut le détruire, le dévorer comme lui le dévore ce qui explique pourquoi plus il a envie de dévorer le sein plus il craint que ce ne soit le sein qui le dévore. En d’autres termes, le bébé projette sur sa mère sa destructivité pour être ensuite assaillit par la peur qu’elle-même le détruise. (…) C’est la plupart du temps pour se venger du mauvais sein que le bébé mord le sein de sa mère. A ce moment là, la pulsion orale qui, jusque là s’étayait sur le besoin de se nourrir, devient cannibalique, c’est ce que les psychanalystes et psychologues cliniciens appellent l’organisation sadique orale au cours de laquelle l’enfant prend conscience qu’il peut agir sur son environnement.

A mon avis, opinion probablement partagée par notre ami Captain Obvious, si un bébé mord le sein de sa mère (ce qui arrive assez peu souvent, si on en croit le site de la Leche League), c’est simplement parce qu’il ne sait pas que ça fait mal. Comment pourrait-il le savoir? Les psychanalystes nient au nouveau-né toute innocence, presque toute ignorance au sujet de ses actes, lui prêtant des intentions néfastes totalement délirantes et des fantasmes dont on se demande d’où ils pourraient bien sortir (on se demande déjà comment des adultes peuvent penser des choses aussi tordues, alors des bébés…). De plus, cet être totalement impuissant qu’est le bébé, puisqu’il ne peut que pousser des cris de détresse quand il ressent de l’inconfort, de la douleur, de la peur… Est supposé investi d’un sentiment de toute-puissance, toute-puissance qu’il utilise pour soumettre son entourage et en particulier sa pauvre mère, pour, au final, détruire la famille.

L’illusion de la toute puissance s’explique également par le fait que lors des premières tétées, la mère place son sein à l’endroit même et au moment même où son enfant l’imagine, de sorte qu’il croit qu’il fait lui-même apparaître le sein seulement en pensant à lui.

Si les conséquences de cette façon de penser n’étaient pas aussi dramatiques pour les enfants et les mères, on pourrait trouver ça drôle. Vous pensiez peut-être que les bébés crient parce qu’ils ont faim et veulent manger, mais les psys eux savent que les enfants croient plein de choses, s’imaginent plein de choses. Et c’est pas joli-joli. Le caractère monstrueux des enfants peut aller si loin dans l’esprit des psychanalystes que quand on lit certains, on se dit qu’on ne devrait pas les laisser s’approcher d’un enfant à moins de 100 mètres. Ainsi, Mélanie Klein, célèbre psychanalyste pour enfants, écrit au sujet des nourrissons(2):

Le sadisme atteint son point culminant au cours de la phase qui débute avec le désir sadique-oral de dévorer le sein de la mère (ou la mère elle-même) et qui s’achève à l’avènement du premier stade anal. Pendant cette période, le but principal du sujet est de s’approprier les contenus du corps de la mère et de détruire celle-ci avec toutes les armes dont le sadisme dispose. (…) A l’intérieur du corps de la mère, l’enfant s’attend à trouver: le pénis du père, des excréments et des enfants, tous ces éléments étant assimilés à des substances comestibles.(…) Les excréments sont transformés dans les fantasmes en armes dangereuses: uriner équivaut à découper, poignarder, brûler, tandis que les matières fécales sont assimilées à des armes et à des projectiles.

En effet, quand on considère un bébé comme un être aussi monstrueux, on peut hésiter à le prendre dans ses bras, dormir avec lui ou lui donner le sein. En fait il vaudrait mieux le noyer tout de suite, à mon avis. Mais pourquoi ces psys considèrent-ils les bébés comme des êtres aussi horribles? Un petit détour par le rôle du père peut nous aider à comprendre.

Le rôle du père dans la relation mère-enfant: Civilisation contre barbarie

Toujours sur Psychologie pour tous, à propos du rôle du père:

Sans lui [le père], ni la mère, ni son enfant, n’ont les ressources psychologiques nécessaires pour se déprendre de cette relation symbiotique qui les unit. Le père a donc la lourde charge de dynamiser la séparation en montrant à son enfant que sa mère n’est pas seulement sa mère. Lorsque le père n’exerce pas sa fonction séparatrice, l’enfant est dans l’incapacité de s’autonomiser puisqu’il ne se sent pas autorisé à grandir par son père. Mais pour que le père puisse exercer sa fonction séparatrice qui doit se poursuivre tout au long de la vie de l’enfant car la mère souhaitera toujours inconsciemment se le réapproprier, il est essentiel que la mère indique à son enfant la figure paternelle, qu’elle le reconnaisse en tant que tel et qu’elle valide sa parole.

Sans père, point de salut.

L’enfant tètera encore sa mère à l’âge de 35 ans, car ce petit con ignore qu’il est un individu différent d’elle, et parce que cette gourde cherchera toujours à en refaire un assisté sans la moindre autonomie comme il l’était le jour de sa naissance. J’insiste sur ce passage parce qu’on peut voir que, dans les théories psychanalytiques, non seulement l’enfant est malfaisant, mais la mère est également une figure dangereuse et instable. Le père représente l’autorité, le culturel de l’homme contre le naturel de la femme et de l’enfant, le civilisé contre la barbarie, l’esprit qui va mettre un peu d’ordre dans la matière brute, ranger tout ce bordel et permettre ainsi d’éviter que tout le monde devienne complètement taré.

Le sauvage est mauvais par nature

On a là, en fait, un schéma classique de la pensée occidentale traditionnelle, qui s’illustre par son âgisme, son sexisme, son racisme. Si l’enfant est aussi mauvais, c’est parce qu’il n’est pas encore éduqué, donc civilisé. Quant à la femme, à l’instar du « Sauvage », elle ne le sera jamais totalement. C’est l’une des bases du patriarcat, notamment décrits par Beauvoir qui évoque dans Le Deuxième Sexe les mythes qui s’articulent autour de la féminité(3). « La femme » représente la Nature, sauvage et dangereuse, qui doit être dominée, maîtrisée. La femme, c’est le naturel, l’homme, le culturel. On le voit dans l’extrait ci-dessus, l’autorité du père sur la mère est supposée indispensable pour l’équilibre du trio parents-enfants. L’enfant doit être civilisé, il doit l’être évidemment par un être civilisé, son père, et pour cela, il doit être séparé de sa mère. Il y a chez les psys, par rapport à la mère, une extraordinaire méfiance, que je n’hésite pas à qualifier de misogynie la plus crasse. Naouri ne fait que s’appuyer sur une longue tradition psychanalytique (elle-même ayant hérité de nombreux concepts de courants philosophiques antérieurs)(4) lorsqu’il affirme:

« Le père s’est historiquement fabriqué lorsque, fonctionnant sur son seul intérêt, il a délibérément ignoré son enfant pour ne s’intéresser qu’à l’objet sexuel qu’était sa femme. Ce faisant, il a indirectement écarté l’enfant et la mère en mettant de la distance entre eux. »(5)

On trouve facilement, chez Naouri, cette figure de la mère destructrice, hostile, dangereuse, toxique, qui est courant dans la psychanalyse:

« Nos sociétés occidentales ont retiré leur soutien à l’instance paternelle pour voir le patriarcat annihilé avec l’installation d’une forme de matriarcat dégoulinant d’amour qui a obéré plus qu’on ne l’imagine la maturation des enfants ».

Cela m’amuse assez de constater que pour Naouri, le problème avec le matriarcat n’est pas qu’il soit une forme de hiérarchie basée sur le sexe et donc injuste, mais qu’il soit « dégoulinant d’amour », ce qui est apparemment très sale. Mais bref, on voit à quel point pour Naouri la mère est une sorte de bête dangereuse à dresser. Par le sexe. Une pétition circule d’ailleurs actuellement pour protester contre les propos de Naouri publiés dans le magazine Elle, puisque le pédiatre conseille carrément au père de violer la mère pour ramener paix et équilibre au sein du couple. La thérapie par le viol, voilà qui fait en fait partie de la tradition patriarcale, même si ça choque de le voir formulé clairement. En effet le viol a toujours été un outil de contrôle des femmes dans le patriarcat.

L’ingérence des hommes dans la relation mère-enfant au sein du patriarcat

A la lumière de ces explications concernant la façon dont les psys considèrent la mère et l’enfant, on peut comprendre pourquoi le lien mère-enfant est si mal vu, si considéré comme quelque chose de dangereux, à la fois pour la mère et l’enfant. Il y a en fait, dans la relation mère-enfant,(6) quelque chose de mystérieux, qui échappe à l’homme, non seulement à son emprise, à son pouvoir, mais surtout à sa compréhension. Cette relation ne peut pas être comprise avec les outils rationnels traditionnellement masculins dans la société patriarcale, elle n’est pas faite d’équations et de petites cases, elle est faite de cette chose qui dégoûte tant Naouri : l’amour. Elle ne peut se comprendre vraiment que de l’intérieur, avec l’âme, le cœur, les tripes, la sensibilité. A la fois la mère et l’enfant sont considérés comme tout-puissants l’un par rapport à l’autre, parce que le lien mère-enfant est une relation de laquelle le père est exclu dans un premier temps.

Il semblerait que les hommes aient vu d’un assez mauvais œil cette relation qui leur échappait. Comme souvent, le moindre pouvoir qu’ils n’exerçaient pas s’est retrouvé exagéré à l’extrême. La mère, qui s’occupe de l’enfant de façon permanente, sait comment le calmer, comment s’occuper de lui, elle le comprend et dispose d’un savoir et d’un pouvoir qui échappe au père. L’enfant, lui, possède le minuscule pouvoir de s’accaparer l’attention maternelle en poussant des cris de détresse (pouvoir partagé par l’ensemble des bébés mammifères, mais j’y reviendrai).

Heureusement le patriarcat a réponse à tout. De tous temps, des pédagogues qui n’avaient jamais changé une couche de leur vie ont théorisé la relation mère-enfant et dicté ce que d’après eux il fallait faire ou non. Ils ont voulu briser ce lien le plus vite possible, et affirmé que cette rupture était souhaitable et nécessaire pour l’équilibre de l’enfant. La rupture du lien mère-enfant permettait au pouvoir masculin de s’exercer très vite et aux pères de jouir de prérogatives masculines à la fois sur la mère et sur l’enfant. L’enfant doit apprendre la soumission, l’obéissance, pour devenir au plus vite ce que le père ou la société veut faire de lui. Le pouvoir masculin ne pouvait pas attendre que l’enfant soit prêt pour cette rupture, il fallait donc l’effectuer de force, avec la complicité des mères. Cette conception de l’éducation a de nombreuses conséquences sur la façon dont nous élevons nos enfants aujourd’hui.

La nécessité de récupérer l’objet sexuel qu’est l’épouse accaparée par son bébé entièrement dépendant d’elle est si forte que des psys actuels n’hésitent pas à qualifier d’incestueuse la relation mère-enfant ! Ainsi Marcel Rufo n’hésite pas à affirmer(7): « Allaiter son enfant plus de sept mois est un véritable abus sexuel.« . De plus, toute proximité mère-enfant est perçue comme suspecte et potentiellement dangereuse, en particulier pour l’équilibre familial, comme nous allons le voir.

Le complexe d’œdipe (patriarcat) : la guerre de bébé contre papa pour maman !!! Pub rasoir

Les conséquences de l’intrusion masculine dans la relation mère-enfant, ou « ne le prend pas dans tes bras, il va devenir taré et te sucer le cerveau ».

Encore aujourd’hui, nous voyons les enfants comme des individus pressés d’exercer un pouvoir tyrannique sur leurs parents, et qu’il faut donc dresser. Les mères sont également vues d’un très mauvais œil quand elles s’occupent de leurs bébés d’une façon que je qualifierais de « normale » si on prend comme critères le comportement de nos proches cousins et ceux d’autres cultures humaines. J’entends par là: répondre aux pleurs en intervenant rapidement, allaiter à la demande, ne pas laisser seul un bébé âgé de quelques semaines, dormir avec l’enfant, etc. Elles sont vues comme « fusionnelles » et dangereuses, outrepassant leurs droits, et nous sommes imprégnés de l’idée que s’occuper ainsi d’un enfant est nuisible à son développement. En fait, la nécessité de rupture précoce préconisée par les pédagogues pour les raisons citées au-dessus a introduit l’idée que si on ne rompt pas de force et très tôt le lien mère enfant, il ne se rompra jamais et on obtiendra un enfant débile et immature, qui ne grandira jamais. Je n’ai pas besoin d’aller chercher très loin pour trouver des témoignages. Dans les commentaires à l’article récent La première oppression, Maud écrit:

Je suis fort en marge de la norme puisque j’ai fait le choix de l’allaiter au delà de la « limite raisonnable », de rester à la maison pour m’en occuper plutôt que de l’envoyer en crèche et surtout de la laisser dormir dans mon lit. On me reproche souvent d’être trop fusionnelle, de l’empêcher de se sociabiliser, de ne pas lui poser assez de limites, d’être trop laxiste, de ne pas lui donner de cadre assez strict « nécessaire » à son épanouissement. J’ai beau avoir l’impression de faire au mieux avec elle, ça ne m’empêche pas de m’interroger souvent : Qu’en sera t’il de l’école ?

Maud est un exemple parmi de très nombreux (qu’on peut voir notamment sur les forums sur internet) des mères qui se retrouvent partagées entre leur désir de s’occuper au mieux des besoins de leurs enfants et de faire comme on leur dit de faire, c’est-à-dire de s’en séparer le plus vite possible sous peine de les rendre malheureux. Celle-ci, par exemple, s’inquiète d’allaiter encore sa fille âgée de deux ans (une pratique fort répandue à travers le monde), alors que son médecin l’accuse d’exposer la petite à « un retard psychoaffectif ». Et l’ « experte » de surenchérir, conseillant de remplacer par des biberons un allaitement qui selon elle « n’a pas d’intérêt ». Très fort: il n’a pas d’intérêt mais il lui faut un substitut. (et outre l’aspect nutritionnel, si la mère et/ou l’enfant y trouvent un intérêt, madame l’experte?). Cette autre est accusée par son médecin d’être « trop fusionnelle » parce que son enfant de trois ans pleure pendant l’auscultation médicale (avec un médecin qu’il ne connait pas) et que ça la met mal à l’aise. Bref, je vais m’arrêter à ces exemples mais je pourrais continuer à les enchaîner sur des pages et des pages. Les médecins, psys et autres « experts » culpabilisent énormément les mères par rapport à leurs relations avec leurs enfants.

Pourtant, bien des parents (nde: ces abrutis…) pensent véritablement rassurer leurs enfants en leur permettant de dormir avec eux. « Ce que l’enfant désire est qu’on le rassure, qu’il sente qu’on l’accompagne et qu’on est là pour lui. Mais cela ne veut pas dire lui ouvrir notre lit. Notre rôle de parents, c’est de l’amener vers l’autonomie, vers le monde extérieur et les autres, non pas l’amener vers moi.

C’est tordu parce que la réaction (souvent maternelle) de répondre à une demande de l’enfant est considéré comme une pulsion égoïste qui satisfait le parent et nuit à l’enfant. Et c’est âgiste parce que c’est un cas typique de privation de parole des opprimés: l’enfant qui dit quelque chose désire en fait le contraire, mais il ne le sait pas. De façon bien pratique, le dominé a besoin de ce que le dominant veut qu’il ait besoin, mais il exprime un besoin contraire parce qu’il ne sait pas ce qu’il veut. Comme la femme qui dit non pense oui, comme l’esclave qui semble vouloir passer son temps à glander a en fait besoin pour son équilibre et son bien-être de cultiver le coton pour son propriétaire.

On retrouve encore cette idée selon laquelle la rupture du lien mère-enfant ou parents-enfants doit nécessairement être provoquée par les parents eux-même, qu’il faut nécessairement éloigner l’enfant et ne pas répondre à ses demandes de proximité, sous peine de lui faire du mal. Cette idée est omniprésente dans tous les domaines de l’éducation des bébés: allaitement, sommeil, réponse aux pleurs, séparation pour la crèche ou l’école… La rupture doit toujours être forcée, l’enfant ne la fera jamais naturellement. Si on laissait faire les enfants, si on répondait à leurs demandes de proximité et de contacts physiques, ils tèteraient maman et dormiraient dans son lit jusqu’à l’âge de 48 ans, satisfaisant ainsi son besoin féminin de toute-puissance…

Ces théories sont absurdes. Les enfants ont un besoin naturel de proximité, et l’autonomie est une capacité qu’ils acquièrent au fil du temps, sans qu’on ait besoin de les y forcer. Dans un prochain article, j’exposerai plus précisément mon point de vue sur l’acquisition de l’autonomie chez l’enfant, en me basant sur les théories de l’attachement observées chez les animaux, et également sur des observations ethnologiques.

(1). Les deux extraits suivants sont issus du site Psychologie pour tous.

(2) M. Klein, Essais de psychanalyse. Cité dans le chapitre « La mythologie de la thérapie en profondeur » du livre noir de la psychanalyse.

(3)  «L’homme recherche dans la femme l’Autre comme Nature et comme son semblable. Mais on sait quels sentiments ambivalents la Nature inspire à l’homme. Il l’exploite, mais elle l’écrase, il nait d’elle et il meurt en elle ; elle est la source de son être et le royaume qu’il soumet à sa volonté ; (…) Elle est ce qui s’oppose à l’Esprit et lui-même. Tour à tour alliée, ennemie, elle apparaît comme le chaos ténébreux d’où sourd la vie, comme cette vie-même, et comme l’au-delà vers lequel elle tend : la femme résume la nature en tant que Mère, Epouse et Idée.» Simone de Beauvoir dans Le deuxième sexe à propos des mythes de la féminité.

(4) La psychanalyse a d’ailleurs continué à hériter de concepts culturels en vogue bien après Freud. Voir notamment le chapitre de Mikkel Borch-Jacobsen « Lacan Ventriloque » dans Le livre noir de la psychanalyse.

(5) D’après une interview d’Aldo Naouri dans le point, « la tyrannie des mères ».

(6) Je me place ici dans la perspective d’une société dans laquelle c’est principalement la mère qui s’occupe de l’enfant, comme c’est encore souvent le cas dans la société occidentale, et en tous cas comme ça a été le cas traditionnellement lors du développement de ces théories assez anciennes. On est bien d’accord sur le fait que les pères peuvent très bien s’occuper des bébés.

(7) « Tout ce que vous ne devriez jamais savoir sur la sexualité de votre enfant », Marcel Rufo, Ed. Anne Carrière.

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