Le plaisir du corps et l’origine de la violence : Carences affectives durant la petite enfance et religions sexuellement répressives

EnglishGerman – French – DutchSpanishBack to main page

Par le Professeur James W. Prescott

Tiré du « The Bulletin of The Atomic Scientists », Novembre 1975: 10-20

Une mère heureuse caressant son enfant.
Les premiers mois. Nourrir naturellement et caresser son enfant contribuera à en faire un adulte non-violent. La privation de ces contacts corporels peut avoir l’effet opposé.

« La corrélation entre la carence d’amour corporel dans l’enfance et la violence a été montrée par J-W Prescott en 1975, ainsi que la corrélation entre le degré de liberté sexuelle pour les femmes (qui est associé à l’amour primaire) et le degré de violence. Cette étude a été menée parmi 49 peuples non industrialisés. Prescott a obtenu une corrélation de 98%. Un examen plus approfondi de l’étude de Prescott a montré qu’il avait tort, et que la corrélation était de 100%. Cela signifie qu’il y a une chance de zéro pour cent pour qu’un être humain libidinalement rassasié depuis sa naissance devienne une personne violente. Cette corrélation a été démontrée plus tard en termes neurologiques : d’une part, il a été constaté que la formation du système nerveux à 14-16 semaines de gestation n’est pas génétiquement structurée et dépend de la relation libidinale avec l’environnement; et d’autre part, que l’adaptation de ce système de formation, peut bien développer soit la capacité d’empathie, ou soit la capacité d’indifférence et de cruauté, selon le type d’interaction de l’enfant avec son environnement. Voilà également comment il a prouvé neurologiquementqu’un milieu d’austérité libidinale développe des malades libidinaux prédisposés à la violence. » – Casilda Rodrigáñez

L’amour maternel pendant les premiers mois, l’ouverture de l’esprit de l’enfant aux plaisirs sensoriels, et la sexualité libérée non-bridée par une quelconque religion ou morale, tendent à faire des êtres plus évolués, moins agressifs… Et ce contact charnel entre les humains, ne peut se faire que dans une société où l’on ne voue pas un culte au mariage, au couple, et à la paternité, soit une communauté de type matriarcale, où le contact avec l’autre est plus facile, car non dicté par des lois ou des morales puritaines. Les rapports entre hommes et femmes sont donc plus détendus, car la vie en couple n’est pas un impératif nécessaire pour fonder une famille. Les rapports entre la mère et l’enfant sont privilégiés, car la femme est aidée par toute sa communauté maternelle, sans la présence nécessaire du père biologique… – NDLR

Introduction à l’article dans le « Bulletin of the Atomic Scientists »

James W. Prescott est neuropsychologue et gestionnaire dans le domaine de la santé au National Institute of Child Health and Human Development (Institut National de la Santé des Enfants et du Développement Humain) à Bethesda au Maryland. Il est membre du comité de direction de l’American Humanist Association (Association humaniste américaine). Cet article est paru en parti dans le numéro d’avril 1975 du The Futurist, publié par la World Future Society, et est réimprimé ici avec leur permission. Les opinions exprimés ici sont uniquement celles de l’auteur et ne reflètent pas forcément celles du National Institutes of Health.


Un neuropsychologue affirme que la plus grande menace à la paix mondiale origine des pays qui procurent l’environnement le plus pauvre pour leur enfants et qui sont les plus répressifs en termes d’affection sexuelle et d’expression de la sexualité féminine. James W. PrescottLa violence humaine devient soudainement une épidémie mondiale. A travers la planète la police fait face à des foules belliqueuses, des terroristes perturbent les jeux olympiques, des pirates détournent des avions et des bombes détruisent des immeubles. Durant les récentes années, les guerres ont fait rage au Moyen-Orient, à Chypre et dans le Sud Est asiatique tandis que les combats de guérilla poursuivent leur escalades en Irlande. Pendant ce temps le crime croît plus vite que l’inflation aux États-Unis. Les chiffres du Federal Bureau of Investigation (F.B.I.) montre que les crimes graves ont crû de 16% dans les six premiers mois de 1974, une des croissances les plus considérable depuis que le FBI tient des registres.

A moins que les causes de la violence ne soit isolées et traitées, nous continuerons à vivre dans un monde de crainte et d’appréhension. Hélas la violence est souvent offerte comme solution à la violence. De nombreux membres des forces de l’ordre proposent une application plus sévère des lois comme la meilleure façon de réduire le crime. Emprisonner les gens, notre façon habituelle de faire face au crime, ne résoudra pas le problème car les causes de la violence résident dans nos valeurs fondamentales et dans la façon dont nous éduquons nos enfants. Les punitions corporelles, les film et les émission télévisées violentes enseignent à nos enfant que la violence est une choses normale. Mais ces premières expériences de la vie ne sont pas les seules ni même les principales racines de nos comportements violents. De récentes recherches soutiennent le point de vue selon lequel la privation de plaisir physique serait l’élément causal principal de l’expression de la violence physique.


p. 11, Novembre 1975, Bulletin of the Atomic Scientists

L’association commune entre sexualité et violence nous donne un indice pour la compréhension de la violence physique en termes de privation de plaisirs physique.

A la différence de la violence, le plaisir semble quelque chose dont on ne peut se rassasier. Les gens sont toujours à la recherche de nouvelles formes de plaisirs encore que la plupart de nos activités plaisantes paraissent être des substituts du plaisir sensoriel tactile. Nous touchons par plaisir ou pour infliger de la douleur ou nous ne touchons pas du tout. Même si le plaisir physique et la violence physique semblent à un univers de distance, il semble qu’existe une connexion subtile et intime entre les deux. Jusqu’à ce que la relation entre le plaisir et la violence soit comprise, la violence continuera son escalade.

Comme neuropsychologue du développement, j’ai consacré de nombreuses études à la relation particulière entre la violence et le plaisir. Je suis maintenant convaincu que la privation de plaisir physique constitue la principale racine de la violence. Les expériences de laboratoire avec des animaux montrent que le plaisir et la violence ont une relation réciproque, autrement dit, la présence de l’un inhibe celle de l’autre. Un animal enragé et violent se calmera soudainement si des électrodes stimulent les centre du plaisir dans son cerveau. De la même façon, la stimulation des centres de la violence du cerveau peut mettre fin au plaisir sensuel et au comportement pacifique de l’animal. Quand les circuits du plaisirs sont allumés, ceux de la violence sont éteints, et vice versa. Parmi les être humains, une personnalité orienté vers le plaisir manifeste rarement un comportement agressif tandis qu’une personnalité violente n’est guère capable d’expérimenter et de jouir d’activités sensuellement plaisantes. Si le plaisir ou la violence s’accroît, l’autre décroît.

Carence sensorielle

La relation réciproque entre le plaisir et la violence est hautement significative parce que certaines expériences sensorielles de la période de développement de l’enfant vont créer des prédispositions soit pour la poursuite de la violence ou celle du plaisir. Je suis convaincu que de nombreux comportements sociaux et émotionna anormaux résultant de ce que les psychologues appellent la carence « socio-maternelle », c’est-à-dire le manque de soins tendres et amoureux, sont causés par un unique type de carence sensorielle, la carence somatosensorielle. Derivé du terme grec pour « corps », ce mot renvoie à la sensation de toucher et aux mouvements corporels par opposition aux perceptions lumineuses, à l’ouïe, au goût et au toucher. Je crois que la carence en toucher, contacts et mouvements corporels sont les causes fondamentales des désordres émotionnels incluant les comportements dépressifs et autistiques, l’hyperactivité, les aberration sexuelles, les abus de drogue, la violence et l’agression.


La violence face à la sexualité et l’usage de la sexualité pour la violence, particulièrement contre les femmes, a des racines profondes dans la tradition biblique.


Ces idées sont principalement inspirées des études de laboratoires de Harry F. et Margaret K. Harlow de l’University of Wisconsin. Les Harlow et leurs étudiants ont séparé des bébé singes de leur mère à la naissance. Les singes ont chacun été élevé dans une cage unique où ils pouvaient développer des relations sociales avec les autres à travers la vue, l’audition et l’odorat mais pas le toucher et le mouvement. Cette études et d’autres indiquent que c’est la carence en contacts corporels et en mouvements du corps, et non pas la privation des autres sens, qui produit la large variété des comportements émotionnels anormaux chez ces animaux élevés dans l’isolement. Il est bien connu que les bébés et enfants humains hospitalisés ou institutionnalisés pendant une longue période avec peu de contact physique tactile et de préhension développent des comportements anormaux presque identiques tels le bercement ou le secouement de la tête convulsif.

Bien que la violence pathologique observée chez les singes élevés dans l’isolement est bien documentée, le lien entre la carence somatosensorielle précoce et la violence physique chez les humain est moins clairement établi. De nombreuses études des délinquants juvéniles et des criminels adultes mettent en évidence un arrière-plan familial de ménages brisés et/ou de parents abusifs. Ces études ont rarement mentionné et encore moins mesuré le degré de carence en affection physique, bien qu’on puisse souvent en déduire l’existence de la négligence ou de l’abus et en supposer l’ampleur selon le degré de gravité. Une étude qui fait exception à cet égard est celle de Brandt F. Steele et C. B. Pollock, psychiatres à l’University of Colorado, qui ont étudié l’abus d’enfant chez trois générations de familles où l’on a abusé physiquement des enfants. Ils ont découverts que les parents qui abusent sexuellement de leurs enfant ont systématiquement subi une carence en affection physique durant leur enfance et que leur vie sexuelle adulte était extrêmement limitée. Steele remarque que les femmes qui ont abusé de leurs enfants n’ont, presque sans exception, jamais connu l’orgasme. Le degré de plaisir sexuel expérimenté par les hommes ayant abusé de leurs enfants n’a pas été établi mais leur vie sexuelle était en général insatisfaisante. L’hypothèse selon laquelle le plaisir physique inhibe actiment la violence physique peut être évaluée à la lumière de notre propre expérience sexuelle. Combien d’entre nous ont envie d’agresser quelqu’un après l’orgasme?

La contribution de Freud quant à l’effet des expériences de la première enfance sur les comportements adultes et quant aux conséquences de la répression sexuelle est bien connue. Hélas le temps et l’espace ne nous permette pas ici de discuter des différences qui l’opposent à Wilhelm Reich dans son Au delà du principe du plaisir.

L’hypothèse selon laquelle la carence en plaisir physique provoque la violence nécessite d’être évaluée de façon formelle et systématique Nous pouvons mettre à l’épreuve cette hypothèse en examinant les études transculturelles sur l’éducation des enfants, les comportements sexuels et la violence physique. Nous anticipons que les sociétés humaines qui procurent à leurs enfants une grande quantité d’affections physiques


p. 12, Novembre 1975, Bulletin of the Atomic Scientists

(toucher, tenir, transporter) seront moins violentes physiquement que celle qui donnent peu d’affection aux bébés et aux enfants. Semblablement, les sociétés humaines qui tolèrent et acceptent la sexualité prémaritale et extramaritale devraient être moins violence que celle qui prohibent ces comportement.

Les anthropologues culturels ont précisément rassemblé les données requises pour tester notre hypothèse sur les sociétés humains et leurs travaux sont commodément réunis dans A Cross-Cultural Summary de R. B. Textor [1]. L’ouvrage de Textor est fondamentalement un outil de recherche pour l’analyse statistique interculturelle. Les données nous procurent 20,000 corrélations statistiquement significatives tirées de 400 échantillons de culture des sociétés primitives.

Négligence de l’enfant / Violence Adulte

Certaines variables qui reflètent l’affection physique (tel que les caresses et les jeux avec les enfants) ont été associées avec d’autres variables qui mesurent le crime et la violence (la fréquence du vol, du meurtre, etc.). Les corrélations sont exposées dans des tableaux. Les indications en pourcentage reflètent la corrélation entre les variables, par exemple, forte affection/basse violence plus base affection/forte violence. Cette procédure est suivie pour tous les tableaux.

Les sociétés classées haut ou faible dans l’échelle d’affection physique chez l’enfant (Infant Physical Affection Scale) ont été examiné quant à leur degré de violence. Les résultats (Tableau 1) indiquent clairement que ces sociétés qui procurent à leurs enfants la plus grande quantité d’affection physique sont caractérisées par le faible vol, la faible douleur physique, la faible activité religieuse, et une absence ou une quantité négligeable de meurtre, de mutilation et de torture des ennemis. Ces données confirment nettement que la carence en plaisir corporel durant l’enfance est significativement liée à un niveau élevé de crime et de violence.

Certaines sociétés punissent physiquement leurs enfants pour leur inculquer la disciplines et d’autres non. Nous pouvons déterminer si cette punition reflète une préoccupation pour le bien-être de l’enfant en la corrélant avec les soins données aux enfants. Les résultats (Tableau 2) montrent que ces sociétés qui infligent de la douleur et de l’inconfort à leurs enfants tendent aussi à les négliger. Ces résultats n’offrent pas d’appui à la prescription tirée des Proverbes (24: 13-14): Ne ménage pas à l’enfant la correction, si tu le frappes de la baguette il n’en mourra pas! Frappe-le de la baguette et tu délivreras son âme du shéol.

La violence physique adulte a été prévue dans 36 des 49 cultures (73%) avec la variable d’affection physique pour l’enfant. La probabilité qu’une corrélation de 73% soit due au hasard n’est que 4 pour 1000.

Des 49 sociétés étudiées, 13 cultures semblent faire exception à la théorie selon laquelle un manque de plaisir somatosensoriels rend les gens violent physiquement (voir Tableau 3). Nous supposions que les cultures qui attribuent une grande valeur au plaisir physique durant l’enfance maintiendraient ces valeurs à l’âge adulte. Il n’en est pas ainsi. Les pratiques d’éducation des enfants ne permettent pas de prédire les modèles de comportements sexuels ultérieurs. Cette surprise initiale et apparente contradiction, devient cependant avantageuse pour des prédictions supplémentaires.

Les conséquences à long terme du plaisir et de la douleur chez l’enfant.

Les sociétés humaines différent considérablement dans leur traitement des enfants. Dans certaines cultures les parents débordent d’affections physiques à l’égard de leur enfants tandis que dans d’autres les parents punissent physiquement leurs enfants. Une étude des données anthropologique par l’auteur [2] a montré que ces sociétés qui donnent à leurs enfants la plus grande quantité d’affection physique subissent moins de vol et de violence chez les adultes ce qui appuie la théorie selon laquelle la carence en affection physique durant l’enfance est liée significativement à un haut taux de crimes et de violence. Le tableau ci-dessous montre comment l’affection ou la punition à l’égard des enfants est corrélées avec d’autres variables. Par exemples les cultures qui infligent de la douleur aux enfants paraissent plus portées à pratiquer l’esclavage, la polygynie, etc. Dans les tableau, N réfère au nombre de cultures comparées et P est la probabilité que la relation observée puisse résulter du hasard ce qui a été calculé avec l’échelle de probabilité de Fischert

TABLEAU 1

Les comportements adultes dans les sociétés où les enfants sont choyés par l’affection physique

Comportements adultes Pourcentage
%
N Probabilité
P

Faible ostentation de la richesse 66 50 .06
Faible incidence du vol 72 36 .02
Grande indulgence envers les enfants 80 66 .0000
Faible douleur physique subie par les enfants 65 63 .03
Meurtre, torture et mutilation de l’ennemi négligeable 73 49 .004
Faible activité religieuse 81 27 .003

TABLEAU 2

Comportements adultes dans les sociétés où les parents ou les gardiens infligent de la douleur physique aux enfants

Comportements adultes Pourcentage
%
N Probabilité
P

Présence de l’esclavage 64 66 .03
Polygynie 79 34 .001
Statut inférieur pour la femme 78 14 .03
Faible affection physique à l’égard des enfants 65 63 .03
Faible indulgence à l’égard des enfants 77 66 .000
Faible développement du caractère nourricier chez l’enfant 67 45 .05
Dieux agressifs 64 36 .01
L’échelle sur l’enfance a été développée par les anthropologues culturels Barry, Bacon et Child [3]; celle sur les comportements sexuels par Westbrook, Ford et Beach [4]; et celle sur la violence physique par Slater [5].

p. 13, Novembre 1975, Bulletin of the Atomic Scientists

Deux variables fortement corrélées ne sont pas aussi utiles pour prédire une troisième variable que deux variables qui ne sont pas corrélées. Conséquemment, il est significatif de se pencher sur les comportements sexuels des 13 cultures dont la violence adulte n’était pas prévisible à partir du plaisir physique durant l’enfance.

Apparemment, les coutumes qui influencent et déterminent l’affection sexuelle sont différentes de celles qui soulignent l’expression de l’affection physique à l’égard des enfants.

Si l’on compare les six sociétés caractérisées à la fois par une forte affection pour l’enfant et pour une forte violence en termes de comportements sexuels prémaritaux, on découvre avec surprise que cinq d’entre elles font preuve de répressions de la sexualité prémarital, valorisant hautement la virginité. Il semble que les effets bénéfiques de l’affection physique peuvent être annulées par la répression ultérieur du plaisir physique (la sexualité prémaritale).

Les sept sociétés caractérisées par une faible affection physique pour l’enfant et une faible violence physique adulte s’avèrent toutes caractérisées par des comportements sexuels prémaritaux permissifs. Ainsi l’effet négatif de la carence en affection physique pour l’enfant semble compensé plus tard dans la vie par des expériences sexuelles plaisantes durant l’adolescence. Ces découvertes ont mené à une révision de la théorie de la carence en plaisir somatosensorielle, en faisant une théorie développementale à deux échelons permettant ainsi d’expliquer la violence physique dans 48 des 49 cultures.

En bref, la violence peut émerger d’une carence en plaisir somatosensoriel soit durant l’enfance soit durant l’adolescence. L’unique exception véritable dans cet échantillon de cultures semble être la tribu de chasseur de tête Jivaro d’Amérique du Sud. Visiblement des études plus détaillés sont nécessaires pour y déterminer les causes de la violence. Le système de croyances Jivaro peut jouer un rôle important, car comme le signale l’anthropologue Michael Harner dans Jivaro Souls [6], ces indiens ont une « […] croyance profonde en ce que le meurtre mène à l’acquisition des âmes qui procurent une puissance surnaturelle et confèrent l’immunité vis-à-vis la mort ».

L’affection physique envers l’enfant et violence adulte

Les sociétés qui procurent une grande quantité d’affection physique à leurs enfant sont caractérisés par une faible violence chez les adultes. Dans 36 des 49 cultures étudiées, un fort degré d’affection envers les enfants était associé avec un faible degré de violence adulte et vice versa. L’analyse des 13 exceptions montre que dans tous les cas sauf un (la tribu Jivaro d’Amérique du Sud) cela pouvait être expliqué par l’absence de comportements sexuels prémaritaux.

TABLEAU 3

Relation entre la carence en affection et la violence adulte

Forte affection envers les enfants Faible affection envers les enfants Forte affection envers les enfants Faible affection envers les enfants

Violence adulte faible Violence adulte forte Violence adulte forte Violence adulte faible

Andamanese Alorese Cheyenne Ainu
Arapesh Aranda Chir-Apache Ganda
Balinese Araucaniens Crow Kwakiutl
Chagga Ashanti Jivaroa Lepcha
Chenchu Aymara Kurtatchi Pukapuka
Chuckchee Azande Zunic Samoansb
Cuna Comanche Tanala
Hano Fon
Lau Kaska
Lesu Marquiséens
Maori Masai
Murngin Navaho
Nuer Ojibwa
Papago Thonga
Siriono
Tallensi
Tikopia
Timbira
Trobriandais
Wogeo
Woleaians
Yahgan

Sexualité prémaritale réprimée: souligné Sexualité prémaritale permise: italique

a Selon Harner (1972) la culture Jivaro est mal classifiée et devrait figurée dans la colonne 2 (communication personnelle).
b Selon Derek Freeman, Professor of Anthropology, Australian National University, les Samoans appartiennent à la colonne 2 (communication personnelle).
c Les Zuni sont aussi reclassifiés à la colonne 1.

Source: Textor [1]; échelle du comportement de l’enfant tirée de Barry, Bacon and Child [3]; et échelle de la violence chez l’adulte de Slater [5].

Ce tableau est une version révisée mise à jour sur la base d’informations tirées de l’article « Can More Touching Lead to Less Violence in Our Society? » (Plus de contacts peut-il conduire à moins de violence dans notre société?) de Lionel Gambill, publié dans The Truth Seeker, March/April 1989. Gambill écrit:Subséquemment à la publication originale dans The Futuristen Avril 1975, des anthropologues culturels ont informé Prescott d’erreurs dans le codage original dans les manuels de références qui fondaient la comparaison. Une fois ces erreurs corrigées, aucune exception ne demeure. La théorie du rapport réciproque entre le plaisir et la violence, telle qu’appliquée aux cultures listées, possède une valeur prédictive de100%.La version originale du Futurist est disponible ici.

La solidité de la théorie de la violence en terme de carence en deux échelons est plus clairement illustrée si l’on contraste les sociétés faisant preuve de haut niveau d’affection physiques durant l’enfance et l’adolescence avec celles qui s’avèrent faible en affection physique pour ces deux périodes. Les statistiques associées à cette relation sont extraordinaires. La probabilité qu’une société soit violente si elle fait preuve d’affection physique à l’égard de ces enfants est de 2%. Il n’y a qu’une chance sur 125 000 pour que cela soit dû au hasard. Je ne connais aucun autre variable dévelopementale qui possède un tel pouvoir prédictif. Nous sommes donc en terrain sûr: les sociétés affectueuses ont très peu de chance d’être violentes.

Ainsi si l’affection physique et le plaisir durant l’adolescence et durant l’enfance sont corrélés avec des mesures de violences, on trouve clairement une relation significative entre la punition de la sexualité prémaritale et diverses mesures du crime et de la violence. Comme le montre le Tableau 4, des agrégats additionnels de relations associent la punition et la répression de la sexualité prémaritale à des communautés de grande taille, à une haute complexité sociale, à la stratification en classes, à de petite familles étendues, à l’achat de femmes, la pratique de l’esclave et à un dieu supérieur qui guide la morale. La relation entre les petites familles étendues et les attitudes opposées à la sexualité prémaritale mérite qu’on s’y attarde car cela suggère que les cultures occidentales à familles nucléaires peuvent constituer un facteur contributif à nos attitudes répressives à l’égard de l’expression sexuelle.


p. 14, November 1975, Bulletin of the Atomic Scientists

On peut suggérer le même phénomène quant à la taille des communautés, la complexité sociale et la stratification en classes.

De façon peu étonnante, si de grands besoin pour soi sont combinés avec une carence en affection physique, il en résulte un auto intérêt et de hauts niveaux de narcissisme. Semblablement, les danses exhibitionnistes et la pornographie peuvent être interprétées comme un substitut de la forme normale d’expression sexuelle. Certains pays particulièrement répressifs quant à la sexualité féminines possèdent des formes élaborées d’art pornographiques.

Sexualité extramaritale

J’ai aussi examiné l’influence des tabous quant à la sexualité prémaritale sur le crime et la violence. Les données montrent clairement que des attitudes punitives-répressives sont liées à la violence physique, au crime contre la personne et aux pratiques d’esclavage. Les sociétés valorisant la monogamie mettent l’emphase sur la gloire militaire et vénèrent des dieux agressifs.

Ces données inter-culturelles supportent les opinions des psychologues et des sociologues qui estiment que les besoins sexuels et psychologiques qui ne peuvent être satisfaits par le mariage devraient l’être autrement, sans pour autant détruire la primauté de la relation conjugale.

Sexualité prémaritale, violence physique et autres comportements adultes

La liberté sexuelle prémaritale chez les jeunes gens peut contribuer à réduire la violence dans une société et le plaisir physique que les jeunes retirent de la sexualité peut compenser un manque d’affection physique durant l’enfance. Une autre recherche montre également que les sociétés qui punissent la sexualité prémaritale ont tendance à être impliquée dans l’achat de femmes, à vénérer un dieu supérieur qui détermine leur morale et à pratiquer l’esclavage. D’autres résultats sont indiqués dans le tableau ci-dessous.

TABLEAU 4

Comportements adultes dans les sociétés où la sexualité prémaritale est sévèrement réprimées

Comportements adultes Pourcentage
%
N Probabilité
P

La taille de la communauté est grande 73 80 .0003
L’esclavage est présent 59 176 .005
La complexité sociale est élevée 87 15 .01
Les crimes contre la personnes sont fréquents 71 28 .05
La stratification sociale est élevée 60 111 .01
Forte occurrence du vol 68 31 .07
Petite famille étendue 70 63 .008
La sexualité extramaritale est réprimée 71 58 .005
Les femmes sont achetées 54 114 .02
Forte angoisse de castration 65 37 .009
Tabou long sur la sexualité post partum 62 50 .03
Extrême bélicosité 68 37 .04
Taux élevé de dysfonction sexuelle 83 23 .004
La torture, le meurtre et la mutilation de l’ennemi est courante 69 35 .07
Narcissisme élevé 66 38 .04
Valorisation de danses exhibitionnistes 65 66 .04
Dieu supérieur qui guide la morale 81 27 .01

Ces découvertes supportent massivement la thèse selon laquelle les carences en plaisir corporel tout au long de la vie, mais particulièrement durant les période formatrice de l’enfance et de l’adolescence, sont liées très intimement à la quantité de guerre et de violence interpersonnelle. Ces perspectives doivent aussi être appliquées aux sociétés industrielles et post-industrielles complexes.

Le crime et la violence physique ont substantiellement augmenté durant les dernières décennies aux États-Unis. Selon les statiques du FBI, les meurtres et les agressions graves ont augmenté de 53% entre 1967 et 1972, tandis que les viols ont augmenté de 70%.

Ces chiffres nous amène à nous interroger de nouveau sur la relation particulière qu’entretient la sexualité et la violence. Au delà des statistiques sur le viol, d’autres éléments signalent une préférence pour la violence sexuelle plutôt que le plaisir sexuel aux États-Unis. Cela se reflète dans notre acception de films qui intègrent la violence et le viol mais dans notre rejet de film sexuellement explicite qui ne montre que le plaisir. Des cinémas de quartier montrent des films aussi violent sexuellement que Straw Dogs, Clockwork Orange (Orange Mécanique), et The Klansman, mais bannissent des films qui exposent le plaisir sexuels (Deep Throat, The Devil in Miss Jones). Les tentatives de fermeture de salon de massage sont une autre illustration de nos attitudes hostiles au plaisir. Apparemment le sexe mêlé au plaisir est immoral et inacceptable tandis que le sexe mêlé avec la violence et la douleur est moral et acceptable.

Un questionnaire que j’ai développé pour explorer cette question a été administré à 96 étudiants du collège dont l’âge moyen était 19 ans. Les résultats de ces questionnaire appuie la liaison entre le rejet du plaisir physique (et particulièrement de la sexualité prémaritale et extramaritale) et l’expression de la violence. Les répondants qui rejettent l’avortement, la sexualité prémaritale responsable et la nudité au sein de la famille sont plus portés à approuver des punitions physiques dure pour les enfants et à croire que la douleur aide à construire un fort caractère moral. Ces répondants étaient portés à trouver l’alcool [NdT1] et les drogues plus satisfaisantes que la sexualité. Les résultats tirés du questionnaires fournit un fort soutient statistique à la relation inversée entre le plaisir et la violence. Si la violence est forte, le plaisir est faible, et inversement, si le plaisir est élevé la violence est faible. Le questionnaire supporte la théorie selon laquelle la relation entre le plaisir et la violence mise à jour dans les culture primitives s’avère également dans les sociétés industrialisées.

Une autre façon d’envisager la relation réciproque entre le plaisir et la violence est par l’examen des attitudes d’une société face aux drogues. Une société supporte des comportements congruents avec ses valeurs. La société américaine est une société compétitive, agressive et violente. Conséquemment elle soutient des drogues qui encouragent


p. 15, Novembre 1975, Bulletin of the Atomic Scientists

les comportements compétitifs, agressifs et violent et s’opposent aux drogues qui neutralisent de tels comportements. L’alcool est bien connu pour faciliter l’expression de la violence et bien qu’ils créé la dépendance et puissent être très dommageable pour les usagers chroniques, il est acceptable dans la société américaine. La marijuana d’autre part, est une substance qui accroît le plaisir lié au toucher et inhibe activement les comportements agressifs. Je crois que c’est pour ces raisons que la marijuana est rejeté par la société américaines. Semblablement l’héroïne est rejetée tandis que la méthadone (une drogue intoxicante sans le plaisir) est acceptée.

Les données de mon questionnaire appuie cette perspective. Comme le montre le Tableau 5, une très haute corrélations entre l’usage de l’alcool et la punition parentale indique que les gens qui reçoivent peu d’affection de la part de leur mère et ont eu des pères qui leur administraient des punitions physiques sont portés à devenir agressifs et hostiles lorsqu’ils boivent de l’alcool. Ces personnes trouve l’alcool plus satisfaisant que la sexualité. La relation est encore plus forte entre les punitions corporelles et l’usage des drogues. Les répondants qui ont subi des punitions corporelles durant leur enfance font preuve d’hostilité et d’agression induite par l’alcool et ont tendance à trouver l’alcool et les autres drogues plus satisfaisantes que la sexualité. Le questionnaire révèle également de forte corrélations entre la répression sexuelle et l’usage de drogue. Ceux qui décrivent la sexualité prémaritale comme « non agréable » ont tendance à devenir agressif sous l’influence de l’alcool et à préférer les drogues dont l’alcool aux plaisirs sexuels. Cela constitue une preuve supplémentaire à l’appui de l’hypothèse selon laquelle les plaisirs des drogues sont des substituts aux plaisirs somatosensoriels.

La violence et le plaisir
Les attitudes des étudiants collégiaux

La relation réciproque entre la violence et le plaisir s’avère également vraie dans les sociétés modernes industrialisées. La théorie a été éprouvée au moyen d’un questionnaire distribué à 96 étudiants collégiaux d’âge moyen de 17 ans. Les résultats montrent que les étudiants qui ont des attitudes relativement négatives à l’égard du plaisir sexuel tendent à favoriser des punitions sévères pour leur enfant et à croire que lal violence est nécessaire pour régler les problèmes. Les étudiants évaluaient une série d’affirmations selon une échelle de 1 à 6 allant d’absolument d’accord (1) à absolument en désaccord (6). A travers une technique statistique (l’analyse factorielle), un profil de personnalité de la personne violente a été développée. Le tableau 5 montre le degré de corrélation entre les diverses affirmation qui reflètent des valeurs morales et sociales. Les données de gauches sont des coefficients de corrélations. Ils indiquent la force avec laquelle chaque variable contribue à la personnalité générale du répondant ainsi que définie dans son profil.

TABLEAU 5

Index somatosensoriel de l’affection humaine
Facteur 1:66.6%

Violence Approuvée
.85 La punition physique sévère est souhaitable pour l’enfant très désobéissant
.81 La punition physique et la douleur contribue à construire un individu moral.
.80 L’avortement devrait être réprimé par la société.
.76 La peine capitale devrait être autorisée par la société
.75 La violence est nécessaire pour résoudre nos problèmes
.74 La punition physique devrait être permise à l’école
.69 J’aime la pornographie sadique
.54 J’ai souvent envie de frapper quelqu’un
.43 Je supporte facilement la douleur
Plaisir physique condamné
.84 La prostitution devrait être socialement réprimée
.80 Je suis hostile à la sexualité pré-maritale responsable .
.78 La nudité familiale nuit à l’enfant.
.73 Le plaisir sexuel contribue à construire un faible caractère moral
.72 La société doit intervenir dans les activités sexuelles entre adultes consentant
.69 Je suis hostile à la sexualité extramaritale responsable
.61 Les odeurs corporelles sont désagréables
.47 Je n’aime pas la pornographie consensuelle
L’alcool et les drogues préférés à la sexualité
.70 L’alcool est plus agréable que la sexualité
.65 Les drogues sont plus agréables que la sexualité
.60 Je deviens agressif quand je bois de l’alcool
.49 Je préfère l’alcool à la marijuana
.45 Je bois de l’alcool plus souvent que j’expérimente l’orgasme.
Conservatisme politique
.82 Opinions politiques de droite.
.77 Plus vieux que la moyenne
.51 Je rêve souvent que je flotte, je vole, je tombe ou je grimpe
.45 Ma mère est souvent indifférente vis-à-vis moi
.42 Je suis souvent embarrassé quand on me touche
.40 Je me souviens des punitions physiques infligées par mon père
J’exprime ma reconnaissance à Douglas Wallace, du Human Sexuality Program, University of California Medical School, San Francisco, pour sa collaboration pour l’étude par questionnaire.
Ce tableau est une version très légèrement révisée. La version originale a été préservée.

Racines religieuses

Les origines de la relation réciproque fondamentale entre la violence physique et le plaisir physique peuvent être retracées dans le dualisme philosophique et à la théologie de la relation entre le corps et l’âme. Dans la pensée philosophique occidentale, l’homme n’est pas un être unitaire car il est divisé en deux partie: le corps et l’âme. La conception philosophique des Grecs quant à la relation entre le corps et l’âme était fort différente du concept judéo-chrétien qui positionne un état de guerre entre les deux entités. Dans la pensée judéo-chrétienne, l’objectif de la vie humaine est la salvation de l’âme et le corps est conçu comme un obstacle dans la poursuite de cet objectif. Conséquemment le corps doit être puni et contraint. Ainsi dans les mots de St-Paul: « Car si vous vivez selon la chair vous mourrez. Mais si par l’Esprit vous faites mourir les oeuvres du corps, vous vivrez ».  » (Romains 8:13). St-Paul soutient clairement que la privation en plaisir somatosensoriel et la pratique de stimulation douloureuse


p. 16, Novembre 1975, Bulletin of the Atomic Scientists

sont des pré requis essentiels pour gagner son ciel.

« J’en viens maintenant à ce que vous m’avez écrit. Il est bon pour l’homme de s’abstenir de la femme«  (1 Corinthiens, 7:1).

Aristote ne concevait pas un état de guerre entre le corps et l’esprit mais plutôt envisageait une relation complémentaire dans laquelle l’état de l’âme ou de l’esprit était dépendant de l’état du corps. En fait, il affirmait que « le soin du corps doit précéder celui de l’âme. » (Politique)

Aristote percevait aussi la relation réciproque entre le plaisir et la douleur et reconnaissait qu’une recherche compulsive du plaisir corporel origine d’un état d’inconfort et de douleur corporels:

Or, l’excès est possible dans les biens corporels: et le vice sous ce rapport consiste précisément à rechercher l’excès, et non pas à ne rechercher que les plaisirs absolument nécessaires. Tous les hommes sans exception trouvent une certaines jouissance à manger les aliments, à boire les vins, à se livrer aux actes de l’amour; mais tous ne prennent pas ces plaisirs dans la mesure qu’il faut . Pour la douleur, c’est tout le contraire. On n’en fuit pas seulement l’excès; on la fuit absolument; car la douleur n’est pas le contraire de l’excès du plaisir […].

C’est la ce qui doit nous engager à rechercher comment il se fait que les plaisirs du corps semblent plus désirables que tous les autres. Le premier motif, c’est que le propre du plaisir c’est de bannir la douleur, et que souvent dans la douleur excessive on recherche, comme moyen de guérison, un plaisir non moins excessif qui n’est en général que celui du corps, Mais ce sont là des remèdes violents, et ce qui fait qu’on les prend avec tant d’ardeur, c’est qu’ils semblent de nature à effacer les émotions contraires (Éthique à Nicomaque, livre 7, chapitre 8)


Il est clair que le monde jouit d’un temps limité pour changer sa manière de résoudre les conflits violemment. Nous faisons face à l’incertitude quant à savoir si nous avons le temps de défaire les dommages effectués par d’innombrable générations précédentes et combien de générations futures il faudra pour transformer notre psychobiologie tournée vers la violence en une autre plus pacifique.


Dans son analyse du plus grand bien, Aristote fut fort explicite:

« Mais il est très possible qu’il y ait un certain plaisir qui soit le bien suprême, quoiqu’il y ait plus d’un plaisir qui soit mauvais, de même qu’il peut y avoir aussi une science qui soit la science suprême. » (Éthique à Nicomaque, livre 7, chapitre XII)

La conception judéo-chrétienne du plaisir corporel est manifestement opposée à celle que défini Aristote, en particulier quant au soulagement de la douleur et l’inconfort par le plaisir somato-sensoriel. Le refus du plaisir somatosensoriel dans la doctrine de Paul a conduit à des sources alternatives de soulagement à travers des stimulation douloureuse tel que l’auto-flagellation, l’auto-mutilation, la violence physique contre les autres et dans l’usage de drogues sans plaisirs sensoriels.

Des études expérimentales sur les animaux illustrent bien ce phénomène. On constate par exemple que des animaux privés de stimulations somatosensorielles se lancent dans la mutilation de leur propre corps. Des animaux privés de contacts tactiles en bas âge vont développer une perception de la douleur affaiblie et une aversion face aux contacts tactiles par autrui. Cela inhibe donc la possibilité d’expérimenter une thérapie fondée sur le plaisir corporel. Dans ces conditions, ils ont peu d’alternatives hors de la violence physique alors que le contact orienté vers la douleur est facilité par leur capacité affaiblie à ressentir la douleur. Donc la violence et la douleur physique deviennent des thérapies privilégiés pour ceux qui ont été privés de plaisir physique.

Ces considération soulèvent la question de comment la philosophie et la théologie chrétienne qui ont tant emprunté à Aristote ont réussi à éviter si non carrément à rejeter les enseignements d’Aristote concernant la moralité du plaisir. Les racines de cette question peuvent être découvertes tout au long du Vieux Testament et ce dès le début avec le compte-rendu dans la Genèse de l’expulsion d’Adam et Ève du jardin du paradis. La première conséquence de la faute d’Ève est que la nudité devint honteuse. Là pourrait bien être la début de l’hostilité des hommes envers les femmes et le l’équation de la femme avec le démon, particulièrement les démons du corps. La chose est illustrée de façon frappante par Zacharie (5:5-8) dans la description d’un ange:

« C’est un boisseau qui s’avance. » Il ajouta « C’est leur iniquité, dans tous le pays » Et voici qu’un disque de plomb se souleva; et je vis une Femme installée à l’intérieur du boisseau. Il dit « C’est la malice » Et il la repoussa à l’intérieur du boisseau et jeta sur l’orifice la masse de plomb. »

La violence à l’égard de la sexualité et l’usage de la sexualité pour la violence, particulièrement contre les femmes, a des racines profondes dans la tradition biblique et est exprimée très tôt. Le dix-neuvième chapitre de la Genèse (19:1-11), dans le premier livre du Vieux Testament soutient que le viol d’une femme est acceptable mais que le viol d’un homme est une chose perverse. Le chapitre sur la destruction de Sodome et Gomorre décrit l’hospitalité offerte par Lot à deux voyageurs (en fait deux anges).

Ils n’étaient pas encore couchés que la maison fut cernée par les hommes de la ville, les gens de Sodome, depuis les jeunes jusqu’aux vieux, tout le peuple sans exception. Ils appelèrent Lot et lui dirent: « Où sont les hommes qui sont venus chez toi cette nuit? Amène les nous pour que nous en abusions. Lot sortit vers eux à l’entrée et, ayant fermé la porte derrière lui, il dit  » Je vous en supplie mes frères, ne commettez pas le mal! Écoutez: j’ai deux filles qui sont encore vierges, je vais vous les amener: faites leur ce qui vous semble bon, mais, pour ces hommes, ne leur faites rien puisqu’ils sont entrés sous l’ombre de mon toit » Mais ils répondirent: « Ote-toi de là! En voilà un qui est venu en étranger, et il fait le juge! Eh bien, nous te ferons plus de mal qu’à eux! Ils le pressèrent fort, lui Lot, et s’approchèrent pour briser la porte. Mais les hommes sortirent le bras, firent rentrer Lot auprès d’eux dans la


p. 17, Novembre 1975, Bulletin of the Atomic Scientists

maison et refermèrent la porte. Quant aux hommes qui étaient à l’entrée de la maisons, ils les frappèrent de berlue du plus petit jusqu’au plus grand, et ils n’arrivaient pas à trouver l’ouverture.

L’histoire se poursuit comme les deux anges escortent Lot et sa famille vers un refuge puis détruisent Sodome et Gomorre en raison de leur grand état de péché. Pas un mot de reproche n’est émis envers Lot pour sa volonté d’offrir ses deux filles vierges pour qu’elles soient soumises à un viol collectif. Le même récit est répété dans les livres d’ Ezekiel (23:1-49) et de Juges (19:22-30).

Étant donné une telle tradition, il est compréhensible que durant l’Inquisition seules les femmes étaient accusées de forniquer avec le diable et mises à mort pour ce crime de plaisir. Quel homme est mort pour avoir couché avec Satan? Cette tradition est maintenue dans les cultures modernes où les femmes sont punies pour la prostitution mais pas leurs clients masculins.

L’acceptation historique et biblique du viol à travers les âges a secoué la psyché des hommes élevés dans cette tradition. Cela est bien illustré par le récit de Michael McCusker, un sergent de la marine américaine qui témoigne d’un viol collectif au Vietnam. McCusker [7] raconte comment une escouade armée de neuf hommes envahit un petit village.

Ils devaient trouver ce qu’ils appelaient une pute Viet Cong. Ils entrèrent dans le village et plutôt que de la capturer, ils la violèrent. Chaque homme la viola. Un d’entre eux me dit plus tard que c’était la première fois qu’il faisait l’amour à une femme en conservant ses bottes. Celui qui dirigeait l’escouade était en fait un simple soldat. Le chef était sergent mais il semblait impuissant et il a laissé le soldat mener son groupe. Plus tard le sergent affirma qu’il n’avait pas participé au raid car c’était contre sa morale. Alors plutôt que de commander à l’escouade de ne pas le faire car ils ne l’écouteraient pas de toute façon, le sergent est allé de l’autre côté du village et s’est assis à regarder le sol fixement en se sentant lamentable. Mais quoi qu’il en soit, ils violèrent la fille et le dernier à lui faire l’amour lui tira une balle dans la tête.

Qu’est ce qui dans la psyché américaine permet l’usage du mot amour pour décrire le viol. Un acte d’amour achevé sur une balle dans la tête! Pourquoi les hommes violent-ils les femmes? Les chercheurs rapportent que la plupart des violeurs ont un arrière-plan familial de punition et d’hostilité paternelle et de manque d’affection maternelle. J’interprète le viol comme une revanche de l’homme contre la femme en raison des manques initiaux d’affection physique. Un homme peut exprimer son hostilité à l’égard de la mère pour ne pas lui avoir donné d’attention physique en violant d’autres femmes.

Une autre explication peut être que l’accroissement de la liberté sexuelle des femmes est menaçante pour la position de pouvoir et de dominance masculine souvent maintenue à travers l’agression sexuelle. Le viol détruit le plaisir sensuel chez la femme et accroît le plaisir sadique chez l’homme. A travers le viol l’homme s’interdit le plaisir sensuel de la femme qui menace sa position de pouvoir et de dominance.

Swedish paper doll that does not hide or idealize female sexuality
Poupées réalistes. Les poupées de papier suédoises illustrent la franchise au sujet du corps humain nécessaire pour inculquer des attitudes saines à l’égard de la sexualité et de la violence. Chez ces poupées aucun effort n’est fait pour idéaliser ou désexualiser le corps humain, le corps est simplement accepté tel qu’il est.

p. 18, Novembre 1975, Bulletin of the Atomic Scientists

Selon moi le viol a son origine dans la carence en affection physique dans la relation parent-enfant et dans les relations sexuelles adultes ainsi que que un système de valeur religieuse qui considère la douleur et les carences corporelle morale et immorale le plaisir physique. Le viol maintient la dominance de l’homme sur la femme et soutient la perpétuation des valeurs patriarcales dans notre société.

L'environnement éducatif et les cellules du cerveau.

Cette image montre les effets de l’environnement éducatif sur un type de cellule nerveuse (appelée étoilée) trouvé dans la quatrième couche du cortex visuel d’un rat. Le nombre de branches des dendrites est beaucoup plus grand parmi les animaux élevés en groupe dans un environnent rempli de jouets (Environnement aux conditions enrichies EC) que parmi les rats élevés par deux dans une cage ordinaire (condition sociale SC) ou parmi les rats élevés seuls dans des cages ordinaires (condition isolé IC).

Ces données montre que des conditions extrêmes de carences sociales ou sensorielles ne sont pas nécessaires pour endommager la structure du cerveau et qu’un environnement sensori-social enrichi peu augmenter la complexité des cellules nerveuses (neurones) qui portent l’impulsion nerveuses aux autres cellules du corps et à travers lesquelles la communication s’opère dans le cerveau Des cellules nerveuses pourvues de plusieurs dendrites peuvent influencer et réguler l’activité de autre cellules cervicales plus efficacement que celles pourvues de dendrites moins nombreuses ou anormales. On croit que la complexité du cerveau est lié à l’abilité de résoudre des problèmes complexes à la fois sur le plan intellectuel et social et que des structures anormal de dendrites supposent des décharges électriques anormales dans le cerveau.

Source: Volkmar et Greenough [9].

Il est évident que le monde dispose de peu de temps pour modifier son habitude résoudre les conflits par la violence. Il est incertain si nous avons encore le temps de défaire les dommages accomplis par d’innombrables générations précédentes et nous ignorons aussi combien de générations future il faudra pour transformer notre psychobiologie de la violence en une psychobiologie de paix.

Si nous admettons la théorie selon laquelle le manque de plaisir somatosensoriel est la cause principale de la violence nous pouvons travailler à promouvoir le plaisir et encourager les relations interpersonnelles affectueuses comme une façon de combattre l’agression. Nous devons donner la plus haute priorité au plaisir du corps dans un contexte de relations humaines significatives. Un tel plaisir du corps est très différente de la promiscuité qui reflète une inhabilité fondamentale à expérimenter le plaisir. Si une relation sexuelle n’est pas agréable, une personne cherche un autre partenaire. Un échec continuel à parvenir à la satisfaction sexuelle mène à une recherche continuelle de nouveaux partenaires, en d’autres mots à un comportement léger. Le plaisir physique affectueusement partagé, d’autre part, tend à stabiliser une relation et à éliminer cette recherche. Cependant, une variété d’expériences sexuelles semble normale dans les cultures qui en permettent l’expression et cela peut être important pour optimiser le plaisir et l’affection dans les relations sexuelles.

Les données disponibles indiquent clairement que les valeurs rigides de la monogamie, de la chasteté et de la virginité contribuent à produire la violence physique. Le déni de la sexualité féminine doit céder la place à une acception et un respect à son égard et les hommes doivent partager avec les femme la responsabilité du don d’affection et de soin envers les enfants. Comme le père assume un rôle plus égal avec la mère dans l’éducation des enfants et devient plus affectueux envers ses enfants, des changements doivent s’ensuivre dans notre système socio-économique. Une structure de travail qui tend à séparer un ou l’autre parent de la famille par soit le voyage, les réunions interminables ou le temps supplémentaire affaiblit la relation entre les parentes et l’enfant et nuit à la stabilité familiale. Le développement d’une société pacifique passe par une emphase plus grande sur les relation humaines.

La planification des naissances est nécessaire. Les enfants doivent être correctement espacés pour que chacun puisse recevoir des soins et une affection optimaux. Les besoins de l’enfant devraient être immédiatement satisfait. Les données interculturelles n’appuient pas l’idée qu’une telle pratique va gâter l’enfant. Contrairement à ce qu’affirme le docteur Benjamin Spock, il est nuisible pour un enfant de s’endormir en pleurant. En ne comblant pas immédiatement les besoins de l’enfant. nous enseignons à nos enfants la méfiance à un niveau émotionnel fondamental mais nous établissons aussi


p. 19, Novembre 1975, Bulletin of the Atomic Scientists

un pattern de négligence qui peut nuire à la santé sociale et émotionnelle de l’enfant. Le rejet de l’allaitement naturel en faveur du biberon et la séparation du nouveau né de sa mère dans nos hôpitaux modernes sont autant d’exemples de modes d’éducation nuisible.

Environ 25% des mariages aux États-Unis se terminent par un divorce et un plus grand pourcentage encore ont vécu l’adultère. Cela laisse supposer que quelque chose est fondamentalement faux dans la conception traditionnelle de la monogamie universelle. Le besoin de créer un système de mariages pluralistes devient plus évident si on l’examine à la lumière des données interculturelles concernant les carences physiques, la violence et la guerre associées avec la monogamie. Des expérimentations actuelles de vie en commune et de mariage groupal chercher à combler les besoins fondamentaux qui demeurent insatisfaits dans l’isolement du mariage nucléaire. Il nous faut considérer sérieusement de nouvelles options, telles que des familles étendues comprenant deux ou trois couples qui partagent des valeurs et un style de vie. En partageant les bénéfices et les responsabilités de l’éducation des enfants, de telles familles peuvent fournir un environnement varié et affectueux pour les enfant aussi bien que pour les adultes et réduire la fréquence d’abus d’enfant et de fugues.

La famille communale, tout comme les groupes de familles étendues, peut procurer un environnement plus stimulant et encourageant pour les enfants et les adultes que la famille nucléaire moyenne. La vie communale de doit pas bien sûr être comprise comme équivalent à la sexualité en groupe, qui le plus souvent n’est pas une forme de partage mais un échappatoire à l’intimité et à la vulnérabilité émotionnelle.

La franchise au sujet du corps

Peut importe le type de structure familiale choisie, il est important d’encourager la franchise au sujet du corps et des fonctions corporelles. A ce sujet nous pourrions bénéficier d’une reconfiguration de nos maisons suivant le mode japonais qui sépare la cuvette des équipements pour le bain. Le bain familial devrait être utilisé pour la socialisation et la relaxation, et devrait procurer une situation naturelle où les enfants peuvent apprendre les différences anatomiques entre les hommes et les femmes. La nudité, comme la sexualité, peut être détournée et abusée et la peur de cela nous empêche souvent d’accepter nos corps naturellement.

La stimulation bénéfique que procure le bain tourbillon ne devrait pas être limité aux hôpitaux et aux établissements curatif ou de relaxation mais devraient être disponible au sein du foyer familial. Le bain familial devrait être suffisamment grand pour accommoder parents et enfants et être équipé de tourbillon pour maximiser la relaxation et le plaisir. La nudité, l’ouverture et l’affection au sein de la famille peut enseigner aux enfants et aux adultes que le corps n’est ni honteux ni inférieur mais plutôt une source de beauté et de sensualité à travers lequel nous sommes en relation avec les autres. L’affection physique implique le toucher, l’emprise et la caresse et ne doit pas être compris comme équivalent à la stimulation sexuelle qui est un type spécifique d’affection physique.


L’éthique compétitive qui enseigne aux enfants qu’ils doivent progresser aux dépens des autres devrait être remplacée par les valeurs de la coopération.


Aimer plutôt que rivaliser

L’éthique compétitive, qui enseigne aux enfants qu’ils doivent progresser aux dépens des autres devrait être remplacée par les valeurs de coopération et la poursuite de l’excellence pour son propre bien. Nous devons éduquer nos enfant pour qu’ils soient émotionnellement capables de donner de l’amour et de l’affection plutôt que d’exploiter les autres. Nous devons reconnaître que la sexualité adolescente est non seulement naturelle mais désirable et accepter la sexualité prémaritale comme une chose bonne et morale. Les parents devraient aider les adolescent à se réaliser sexuellement en leur permettant d’user de la maison familiale pour leur satisfaction sexuelle. Une honnêteté semblable encouragerait une attitude plus responsable envers les relations sexuelles et procureraient un environnement d’un beaucoup plus grand soutient que le siège arrière d’une voiture ou tout autre emplacement indésirable hors du foyer. Les expériences sexuelles précoces sont trop souvent un effort pour démontrer son appartenance au monde des adultes, ou pour prouver sa masculinité ou sa féminité, plutôt qu’un partage joyeux d’affection et de plaisir.

D’abord et avant tout, il faut reconnaître l’égalité sexuelle des hommes et des femmes. Le droit traditionnel des hommes à des multiples partenaires sexuels doit être étendu aux femmes. Le plus grande barrière entre les hommes et les femmes est la peur qu’ont les hommes de la profondeur et de l’intensité de la sensualité féminine. Puisque le pouvoir et l’agression sont neutralisés par le plaisir sensuel, la défense première des homme contre la perte de leur domination a été la négation, la répression et le contrôle du plaisir sensuel de femmes. L’usage de la sexualité pour procurer un simple relâchement de la tension physiologique (plaisir apparent) ne doit pas être confondu avec l’état de plaisir sensuel incompatible avec la dominance, l’agression, la violence et la douleur. C’est à travers le partage mutuel du plaisir sensuel que l’égalité sexuelle entre les hommes et les femmes peut être réalisée.

L’environnement sensoriel dans lequel un individu grandi a une influence majeure sur le développement et l’organisation fonctionnelle de son cerveau. Les stimulations sensorielles constituent un nutriment dont le cerveau a besoin pour se développer et fonctionner normalement. Le fonctionnent du cerveau détermine le comportement de la personne. Le cerveau humain à la naissance est extrêmement immature et de nouvelles cellules cérébrales se développent jusqu’à l’âge de deux ans. La complexité du développement des cellules cérébrales se poursuit jusqu’à l’âge de 16 ans environs. Herman Epstein de Brandeis University a montré que des jaillissement de croissance dans le cerveau humain se produise à peu près aux âge de 3, 7, 11 et 15 ans.


p. 20, Novembre 1975, Bulletin of the Atomic Scientists

Comment une carence précoce peut affecter ces jaillissement de croissance reste à déterminer; des données suggèrent cependant que le jaillissement final peut être annulé par une carence précoce.

W. T. Greenough, psychologue à l’University of Illinois, a démontré qu’un environnement sensoriel enrichi produit des cellules plus complexes dans le cerveau des rats qu’un environnement ordinaire ou appauvri (voir l’image). Ses études montre que la carence sensorielle n’a pas à être extrême pour induire des changements structurels dans un cerveau en développement. Plusieurs autres chercheurs ont montré que l’éducation des rats en isolement introduit des changements significations dans la biochimie du fonctionnement de leur cellules cervicales. D’autres chercheurs ont montré une activité électrique anormale dans le cerveau de singe élevé dans l’isolement. J’ai avancé l’idée que le cervelet, une structure du cerveau impliqué dans la régulation de nombreux processus cérébraux, devient dysfonctionnel quand un animal est élevé dans l’isolement et est impliqué dans les comportements violents et agressifs du à la carence somatosensorielle. Il a été démontré qu’une neurochirurgie du cervelet peut transformer le comportement agressif du singe élevé en isolation en un comportement pacifique. Les comportement prédatoire chez le chat peuvent être provoqué en stimulant le nucleus fastifial du cervelet, une des nucléi les plus profond du cervelet.

Des niveaux anormalement faibles de sérotonine platelet ont été détectés chez des singes élevés dans l’isolement ainsi que chez les enfants fortement agressifs et institutionnalisés. Ces découvertes laissent croire que la carence somato-sensorielle des périodes formatrice du développement altère de façon significative ce système biochimique du corps associé à des comportement hautement agressifs. Plusieurs autres chercheurs ont documenté des anormalités dans le système de réponse corticale adrénale parmi des rongeurs élevés en isolement et qui avaient développés des comportement hyperagressif, hyperactif et hyperréactif. Donc on peut affirmer qu’un autre important système biochimique associé à l’agressivité est altéré par une carence somatosensorielle précoce.

Il faut souligner que je propose des stimulations somatosensorielles plaisantes comme procédure thérapeutique pour corriger les anormalités causées par une carence en plaisir somatosensoriel. De semblables stimulations sensorielles peuvent influencer le fonctionnement du cerveau et il ne semble pas nécessaire, à l’exception de rares circonstances, d’avoir recours à la chirurgie ou aux stimulations électriques pour modifier des comportements violents et pathologiques. Hélas, des programmes thérapeutiques fondés sur le plaisir somatosensoriel n’ont pas encore été établis afin de déterminer leur efficacité thérapeutique. Le succès de le thérapie somatosensorielle auprès des singes élevés en isolations rapporté par Harry F. Harlow et Stephen Suomi [8] après que d’autres formes de thérapies aient échoué chez ces animaux, fournit des encouragements supplémentaires et soutient l’utilisation du toucher et des mouvements corporels dans le traitement des désordres émotionnels.

Inversement, nos prisons ont été configurées pour maximiser les conditions précisément responsable de la violence et de l’emprisonnement du délinquant social. Il n’est pas surprenant que la violence physique dans de tels environnements soit un problème de taille. L’acceptation du plaisir somatosensoriel comme forme de thérapie somatique sera difficilement acceptable pour notre société comme l’indique l’opposition aux salons de massage.

Manifestement si nous considérons les comportements agressifs et violents indésirables, nous devons alors développer un environnement somatosensoriel qui permette au cerveau de se développer et de fonctionner d’une telle façon qu’il en résultera des comportements plaisant et pacifiques. La solution à la violence est le plaisir physique expérimenté dans le contexte de relations humaines significatives.

Pour beaucoup de gens, un principe moral fondamental est le rejet de tout credo ou politique qui inflige de la douleur, de la souffrance et de la privation pour nos frères humains. Ce principe doit être élargi: nous devons viser non seulement l’absence de douleur et de souffrance mais aussi l’amélioration du plaisir, la promotion de relations humaines affectueuse et l’enrichissement de l’expérience humaine.

Si nous nous efforçons d’augmenter le plaisir dans nos vies, cela va aussi affecter la manière dont nous exprimons l’agression et l’hostilité. La relation réciproque entre le plaisir et la violence est tel que l’un inhibe l’autre: quant le plaisir est élevé, la violence est faible; quant la violence est forte, le plaisir est faible. Ces prémisses fondamentale de la théorie de la carence en plaisir somatosensoriel nous fournit les outils nécessaires pour modeler un monde d’individus pacifiques, affectueux et coopératifs. .

La planète cependant dispose d’un temps limité pour corriger les conditions qui nous incitent à la confrontation violente. Les technologies modernes de la guerre ont rendu possible pour un individu ou une nation d’en arriver à la destruction totale de larges segments de population. Le plus grand péril provient des nations qui offrent à leurs enfants l’environnement le plus appauvri et qui sont les plus répressifs de l’affection sexuelle et de la sexualité féminine. Nous aurons le plus à craindre quand ces nations vont acquérir les armes de guerres modernes. Tragiquement ce processus est déjà entrepris.


Notes

1. R. B. Textor, A Cross-Cultural Summary (New Haven, Conn.: Human Relations Area Files (HRAF) Press, 1967).

2. J. W. Prescott, « Early Somatosensory Deprivation as an Ontogenetic Process in Abnormal Development of the Brain and Behavior, » Medical Primatology, édité par I. E. Goldsmith and Moor-Jankowski (Basel: Karger, 1971), 357-375; et Prescott, « Cross-Cultural Sludies of Violence, » in Aggressive Behavior: Current Progress in Pre-Clinical and Clinical Research, Brain Information Report No. 37 (Los Angeles, Ca.: University of California, Aug. 1974), pp. 33-35.

3. M. K. Bacon, I. L. Child et H. A. Barry, III, « Cross-Cultural Study of Correlates of Crime, » Journal of Abnormal and Social Psychology, 66 (1963), 291-300; et Barry, Bacon and Child, « Definitions, Ratings, et Bibliographic Sources for Child-Training Practices of 110 Cultures, » in Cross-Cultural Approaches: Readings in Cooperative Research, édité par C. S. Ford (New Haven: HRAF Press, 1967).

4. J. T. Westbrook, Ford, et Beach, in A Cross-Cultural Summary, édité par Textor (New Haven: HRAF Press, 1967).

5. P. E. Slater, « Killing, Torturing or Mutilating the Enemy, » in A Cross-Cultural Summary, édité par Textor.

6. Michael Harner, Jivaro Souls.

7. Vietnam Veterans Against the War, statement by Michael McClusker in The Winter Soldier Investigation: An Inquiry into American War Crimes (Boston: Beacon Press, 1972).

8. S. J. Suomi, et H. F. Harlow, « Social Rehabilitation of Isolate-Reared Monkeys, » Developmental Psychology, 6 (1972), 487-496.

9. F. R. Volkmar et W. T. Greenough, « Rearing Complexity Affects Branching of Dendrites in the Visual Cortex of the Rat, » Science, 176 (Juin 1972), 1445-1447; et M. Coleman, « Platelet Serotonin in Disturbed Monkeys, » Clinical Proceedings of the Childrens Hospital, 27 (1971). 187-194.

NdT1: Il faut conserver à l’esprit dans toutes les affirmations qui suivent concernant l’alcool que le contexte de consommation américain est fondamentalement différent du contexte français où l’alcool est le plus souvent consommé sous forme de vin et fait partie intégrante du repas particulièrement en présence de convives. Aux États-Unis, l’alcool, le plus souvent sous forme de drinks à base d’alcool fort (vodka, gin…) est surtout consommé hors des repas et est davantage perçu et utilisé comme une boisson intoxicante, que l’on consomme souvent seul, que comme un aliment. Le contexte étant différent la signification et l’effet de l’alcool le sont tout autant.


Texte republié avec l’aimable permission de James W. Prescott. Parution originale dans THE FUTURIST magazine (Avril 1975). Reproduit avec la permission de la World Future Society, 7910 Woodmont Avenue, Suite 450, Bethesda, MD 20817 USA. WFS est une association éducationnelle et scientifique à but non lucratif comptant 30,000 membres dans 80 pays. Elle agit comme forum neutre et comme banque d’informations et d’idées sur les tendances actuelles et les développements futurs possibles.Traduit par Eric Maheu. Les citations de la bible sont reproduites de la traduction de l’école de Jérusalem et celles d’Aristote de la traduction de J. Barthélemy Saint-Hilaire revue par Alfredo Gomez-Muler. Svp me signaler toute erreur.Reconnaissance de caractères et édition HTML originale par Erik Möller. Si vous connaissez une autre traduction de cet article en une langue différente du français et de l’allemand ou si vous voulez en produire une, svp le contacter. Il est aussi intéressé à obtenir du matériel supplémentaire sur le sujet.
Publicités