Patriarcat chinois : confucianisme d’Etat, taoïsme émancipateur, et mœurs barbares plus égalitaires

La reconnaissance du droit du père sur l’enfant nécessite toujours l’esclavage des femmes à travers l’institution du mariage. La Chine ne fait pas exception.

Le roi des masques (film entier) : marché aux filles, un garçon à tout prix (patriarcat chinois)

Dans les idéogrammes chinois

L’amour platonique et l’idéalisation de la femme sont des notions tout à fait étrangères à la tradition chinoise. L’étymologie de certains termes concernant le statut de la femme est significative :

  • Ainsi la graphie du caractère « mariage » (hun 婚) est formé à gauche de la clé de la femme, à droite du caractère « obscurité » car, dans la haute Antiquité chinoise, c’est à la nuit tombée que l’on capturait les femmes pour les marier de force. Ce qui explique que, jusqu’à la fin des Tang, comme une survivance de cette coutume, le mariage se soit encore déroulé au crépuscule.
  • Le caractère « épouse » (qi 妻) figure dans sa graphie ancienne une main s’emparant de la longue chevelure d’une femme,
  • et celui de « concubine » (qie 妾) représente une lame posée sur la tête d’une femme…

Le nom de famille garde cependant des traces du matriarcat

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L’idéogramme chinois 姓 xing qui signifie le nom ou le nom de famille, est composé du pictogramme 女 nü, femme, à gauche du complexe phonique 生 sheng, croître, naître, vie. Contrairement au Nom du père en occident, le nom chinois est le nom de la femme-mère, littéralement : né de la femme… Le nom de famille chinois était donc à l’origine le nom du clan à l’époque matriarcale, un nom féminin. Ainsi, les huit grands noms de la haute antiquité chinoise étaient tous composés avec le pictogramme 女 nü, femme. Le mot 好 est composé de femme et enfant. Et il veut dire tout simplement bien.

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Le grand patricien de la Chine

Le roi est le pilier de l’État. Le père est le pilier de la famille. Le mari est le pilier de la femme. – Confucius (5e siècle av-JC).

A partir du VI siècle avant J.-C., le confucianisme, qui défend l’ordre établi, s’impose comme l’idéologie dominante en Chine et la suprématie paternelle se trouve justifiée. La femme ne peut que se plier à un code de bonne conduite de l’épouse, dont les bases résident dans les « Trois obéissances » : à son père, à son mari et, dans le veuvage, à son fils aîné, ainsi que dans les « Quatre vertus » : vertus de chasteté, de modestie dans les paroles, de décence dans les manières, d’ardeur au travail.

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Les textes fondateurs

Deux grands textes fondateurs exposent les grandes règles du comportement des épouses. Le premier intitulé Biographies de femmes exemplaires (Lienüzhuan) de Liu Xiang, lettré des Han occidentaux, insiste sur la fidélité des épouses et sur leur influence néfaste dans la sphère du politique. L’épouse doit avant tout « obéir en se conformant à l’ordre des choses » (shun). Le second ouvrage, Préceptes des femmes (Nüjie), fut écrit un siècle après la composition de l’ouvrage précédent par Ban Shao (ca. 48-116), historiographe à la cour des Han.  Bien que de la main d’une femme, cette oeuvre prône une éducation stricte de la femme. Inférieure à l’homme, elle lui doit une obéissance absolue.

La résistance taoïste

BaguaPar la suite, divers écrits sur les femmes (Nülun) et recueils bibliographiques viendront se greffer sur ces deux ouvrages. Les lois se conformeront à cette idéologie dominante. Il convient toutefois de souligner que cette femme « confucéenne » n’est qu’un idéal et que, dans les faits, plus d’un exemple est venu démentir ce portrait idyllique. D’autant plus que la pensée confucéenne est contrebalancée par le taoïsme dans lequel la femme est à l’honneur. En effet, le taoïsme souligne avec force l’importance du yin, principe féminin. Plus proche des forces primordiales de la Nature, la femme donne la vie. Les traités alchimiques vénèrent le yin qui permet de revivifier la jeunesse. La femme est l’initiatrice qui facilite l’union avec le Dao. Grâce aux pratiques sexuelles, elle offre la possibilité à l’homme de nourrir sons essence vitale et de prolonger sa vie.

La déesse de la miséricorde

Le bodhisattva Avalokitesvara Guanyin, représentation chinoise au temple Da Ci’en, à Xi’an, d’époque Tang près de la Grande pagode de l’oie sauvage.

Le bouddhisme donne également à la femme une égalité de principe puisque les deux sexes peuvent devenir bouddha et bodhisattva. Les temples bouddhiques ont souvent recueilli les femmes rejetées par leur famille ou tyrannisées par leur mari ou leur belle-mère. Ce n’est pas un pur hasard si Avalokitésvara s’est féminisé en passant de l’Inde en Chine et est devenue la si populaire déesse Guanyin.

L’épouse esclave de sa belle-famille

Le mariage changeait le statut de la jeune fille de tout au tout. Elle appartenait alors à sa belle-famille. La personne qu’elle était légitimement en droit de redouter le plus était alors sa belle-mère dont le pouvoir absolu pouvait mettre son couple en danger. Les Chinois ont de tout temps craint le pouvoir maternel, source fréquente de la désunion des couples. L’image d’un fils devenu adulte, mais pourtant resté sous l’emprise de sa mère et à la merci de tous ses caprices, demeure déroutante pour un regard occidental. Plusieurs poèmes de la présente anthologie témoignent de ce phénomène.

Épouses et concubines (film entier) : patriarcat chinois, mariage forcé, pendaison des adultères

Assouplissement sous la dynastie Tang

Les femmes ont été dominées et opprimées tout au long de l’histoire chinoise, mais leur condition connaît toutefois sous les Tang (618-907) une embellie relative. A cette époque, deux facteurs notamment se conjuguent pour créer des conditions qui leur sont favorables. D’abord, l’esprit éclectique des Tang permet souvent la coexistence du confucianisme, du taoïsme et du bouddhisme. L’idéologie confucéenne n’étant plus dominante, les femmes ne sont plus tenues de suivre strictement des préceptes du Livre des rites, tels que « la fidélité, c’est la vertu des femmes » ou « si le mari meurt, la femme ne se remarie pas ». Sous les Tang, sur les deux cent douze princesses impériales, trente d’entre elles se sont remariées deux ou même trois fois sans provoquer de réprobation.

Les barbares sont plus féministes

La tolérance de l’époque vis-à-vis des femmes tient également au fait que la famille Li qui a fondé la dynastie est originaire du Nord-Est de la Chine et n’est pas très attachée aux rites. Les populations non chinoises du Nord-Ouest étant des nomades, les femmes, habituées à une vie nomade, jouissent d’une plus grande indépendance que les Chinoises sédentaires. Nombre de ces femmes s’étant installées en Chine, il en est résulté tout naturellement un brassage du mode de vie des minorités ethniques et des Han. Mais la tolérance a des limites et la société des Tang dans son ensemble est restée largement sous domination paternelle.

Retour au puritanisme confucianiste

A partir des Song (960-1279), le confucianisme redevient l’idéologie dominante. Des néo-confucéens de renom (Zhu Xi, Sima Guang, Cheng Yi, Cheng Hao…) prônent un sévère puritanisme : resserrement des moeurs, exaltation de l’idée de chasteté, de fidélité des veuves envers leur mari défunt… Ils soulignent l’infériorité des femmes et cherchent à limiter les femmes à leur seule fonction de reproduction. Ils vulgarisent des préceptes tels que « mourir de faim est une petite affaire, perdre la chasteté en est une grande » ou encore « une femme remariée est une femme honteuse ». Au début des Ming (1368-1644) on invente l’idée qu’ « une femme sans talent est vertueuse » et on commence à voir se multiplier des portiques d’honneur érigés pour glorifier les veuves qui se sont suicidées après la mort de leur mari. Ce rigorisme moral qui approuve la misogynie restera en vigueur jusqu’au Qing (1644-1911).

Bandage des pieds des jeunes filles

Pour empêcher leur croissance afin qu’elles soient incapables de courir et d’être indépendantes. Les bandes devaient être quotidiennement changées, ainsi que les pieds lavés dans des solutions antiseptiques. Malgré cela, le taux de mortalité des suites de septicémie est estimé à 10 %. Les orteils, privés d’une grande partie de l’irrigation nécessaire, se nécrosaient rapidement. Les voir tomber n’était pas une mauvaise nouvelle, car cela permettait d’obtenir un pied encore plus petit. De manière générale, la circulation sanguine était largement perturbée et rendait les pieds particulièrement douloureux en hiver. En été, le profond pli qui apparaissait entre le talon et la plante du pied était le siège de multiples infections. Zhu Xi (1130-1200), alors magistrat dans la province du Fujian, voyait dans le bandage des pieds, outre un moyen de préserver la chasteté féminine, « un moyen de répandre la culture chinoise et d’enseigner la séparation entre l’homme et la femme. »

Pratiques chinoises actuelles, dites « communistes et égalitaires »

  • Un enfant né hors mariage n’est pas reconnu par l’état.
  • Légaliser l’avortement forcé et sans délais, notamment des petites filles, puisqu’elles ne sont que des bouches inutiles à nourrir et qu’elles n’hériteront pas.
  • Tolérance de la tradition des concubines : des sous-épouses, rémunérées pour leur exclusivité sexuelle.
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