Une brève histoire des génocides commis par le patriarcat sur les peuples matriarcaux

Par Pendragon Dendera

Une démarche historique, anthropologique et ethnologique

Les discussions entre tenant du matriarcat et tenant du patriarcat tournent souvent au sophisme philosophique. Par soucis d’égalité, l’idéal devrait être un équilibre entre l’un et l’autre… Et il est vrai que dans l’abstrait toutes les idées se valent, et même plus ; selon la dialectique d’Hegel, chacune génère son contraire. Mais nous ne sommes pas des philosophes ; notre démarche est historique, anthropologique et ethnologique.

De la compréhension du rôle du sperme

Souvent, on voudrait nous faire croire que si le patriarcat est aujourd’hui majoritaire sur le globe, c’est de part sa supériorité « naturelle ». Le matriarcat n’aurait existé que dans le passé parce qu’alors les hommes étaient bêtes et ne connaissaient pas le rôle du « père » dans la reproduction… Cette vision des choses est donc subordonnée au paradigme de l’évolutionnisme : l’homme moderne est tellement plus intelligent ! Nous ne nous aventurerons pas dans un tel débat idéologique ; nous voulons simplement rappeler certains faits… L’argument de l’ignorance de la paternité de résiste pas à l’analyse de terrain, car l’ethnographie rapporte suffisamment de peuples matriarcaux qui la connaissent mais qui l’ignorent par choix socio-culturel. Vous n’apprenez rien à un trobiandais quand vous lui expliquez le rôle du sperme dans la fécondation. Pour le reste…

Le colonialisme, une extermination anti-matriarcale

Le triomphe du patriarcat ne s’est pas fait que par la violence militaire, l’asservissement économique et son corollaire insidieux : l’acculturation libérale. Le premier génocide qu’il faut rappeler aux mémoires est celui des Peaux-Rouges. Ils étaient 60 millions quand les Blancs sont arrivés sur le continent, ils sont 4 millions aujourd’hui. Quand les espagnols arrivent aux Canaries au XVème siècle, c’est bien un peuple matriarcal, les Guanches, que les les catholiques convertissent, esclavagent et exterminent. Un autre génocide est celui beaucoup plus récent commis par les Hutus contre les Tutsis du Rwanda.

La colonisation spirituelle des sauvages immoraux

À ces génocides, il faut rajouter les missionnaires jésuites, ces « bons » apôtres de la chasteté, qui ont détruit les cultures autochtones du monde entier en convertissant leurs peuples de force au christianisme. Rappelons aussi qu’ils n’ont pas attendu la traite des noirs pour faire profession (et fortune) de la mise en esclavage d’autrui puisqu’ils avaient déjà inventé les camps de concentration dès le XVII ème siècle au Paraguay; à la différence qu’ils punissaient sans tuer, car un esclave mort est un esclave qui ne travaille plus… On peut avoir des doutes de la non-violence des pères de l’Arabie-Saoudite pour imposer le patriarcat moderne quand on constate la violence qu’ils usent contre les femmes pour le maintenir…

Du racisme anti-matriarcal

Les Blancs (et les sionistes) n’ont pas réussi à venir à bout de l’Afrique noire, même après 5 siècles de colonisation, mais on en connaît l’histoire, passée, et présente avec la Françafrique. La présomption de supériorité des colons patriarcaux et de leur condescendance vis-à-vis des « races inférieures » s’alimentaient notamment du mépris des mœurs matriarcales de ces peuples, jugés « primitifs ». Ceci a été la source des crimes de masse commis contre la race noire : massacre, esclavage, déportation.

Matricide et sorocide : le sang maternel versé

L’histoire de la progression du patriarcat en Europe est tout aussi sanguinaire. Au niveau symbolique, la mythologie grecque nous montre que tout à commencer par un sacrifice humain : celui d’Iphigénie par son père : Agamemnon. À cette époque, la peine capitale étant de mise, c’est sa mère qui se chargera de mettre à mort le coupable. Mais alors que l’acte de Justice exécuté par Clytemnestre avait été approuvé par l’Agora, le fils du condamné se venge et la tue… ce qui constitue un second meurtre, qui, par l’intercession d’Apollon, ne sera pas puni, inaugurant l’immunité de la violence patriarcale contre les femmes, et dans ce mythe en particulier… contre les mères ! Un autre exemplaire de violence symbolique impunie qui a structuré l’inconscient collectif pendant des millénaires est celui du meurtre de Camille sur ordre du père et exécuté par le frère, dans Horace.

Les nouveaux dieux-pères spoliateurs

On peut avoir des doutes sur la non-violence des peuples qui ont envahi l’Europe au sud comme au nord, quand on étudie les attributs des dieux qu’ils ont importé : les ases scandinaves ou les olympiens méditerranéens, guerriers, rusés, qui se sont imposés face à des dieux et des déesses jamais mariées, dédiés à l’agriculture, à la fécondité et à la magie…

L’usure, l’arme silencieuse du patriarcat

Au niveau historique, la destruction du matriarcat a commencé par celle de la Grèce autochtone par une arme silencieuse pour une guerre sans bruit :
« Le principal moyen d’opprimer la liberté commune fut… l’argent et l’usure. L’économie monétaire se développant, pénétra comme un acide dissolvant dans le mode d’existence traditionnel des communautés rurales gentilices. La créance et l’hypothèque ne respectaient ni gens, ni phratrie. Et la vieille organisation gentilice ne connaissait ni argent, ni avance ni dette. C’est pourquoi la domination financière, toujours plus florissante et plus étendue, élabora aussi un nouveau droit coutumier pour protéger le créancier contre le débiteur, pour consacrer l’exploitation par le possesseur d’argent. En inventant la monnaie, les hommes ne pensaient pas qu’ils créaient une force sociale nouvelle, l’unique force universelle devant laquelle la société toute entière devait s’incliner. » Friedrich Engels « L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat », chapitre 5 ‘Genèse de l’Etat athénien’.

L’inquisition, une épuration des hérétiques matriarcaux

Plus proche de nous et étayer par des preuves historiques, le catholicisme romain a exterminé par la guerre, la torture et le bûcher tous les chrétiens qui voyaient autre chose dans la trinité que le modèle à suivre pour organiser la famille. Les adamites, les anabaptistes, les cathares… Ces derniers pratiquaient un mariage strictement spirituel qui ne pouvait pas avoir l’action destructrice de l’organisation gentilice traditionnelle comme l’aura le mariage catholique qui a toujours été avant tout un contrat économique.

Les sorcières, des femmes libres et connaisseuses

En parallèle, les « sorcières« , ces femmes libres, qui connaissaient les secrets de la contraception naturelle indispensable pour l’épanouissement de la sexualité féminine, trop belles, trop vieilles ou simplement épileptiques, plus susceptible que d’autres d’être la cible de la rumeur publique car seules (puisque refusant le mariage) et sans défense, étaient brûlées, pendues, noyées ; de Jeanne d’Arc à Olympe de Gouge… On s’étonne de ce que la grille de lecture féministe fasse systématiquement l’impasse sur le statut marital de ces femmes pour ne retenir que leur sexe, de même que les antiracistes sont aveugles à la structure tribalo-clanique des races opprimées.

Le bon sauvage matriarcal

Ainsi Diderot, dans Le Neveu de Rameau croit-il que les tahitiens prêtent leurs épouses aux voyageurs et s’émerveille de leur absence de jalousie et de possessivité bourgeoise… en réalité peu leur importait car il s’agissait de leurs sœurs ; et Rousseau fait l’éloge du « bon sauvage » tout en rêvant d’une famille « naturelle » où le contrat de mariage et la reconnaissance de paternité en mairie existent déjà…