Patriarcat babylonien : le code Hammurabi – noyade, immolation, empalement pour encadrer le mariage

Le Code de Hammurabi est un texte juridique babylonien (akkadiens sémites) daté d’environ 1750 av. J.-C., à ce jour le plus complet des codes de lois connus de la Mésopotamie antique. Il a été redécouvert en 1901-1902 à Suse en Iran, gravé sur une stèle de 2,25 mètres de haut comportant la quasi-totalité du texte en écriture cunéiforme et en langue babylonienne, exposée de nos jours au Musée du Louvre à Paris. Plus qu’un code juridique, il s’agit en fait d’une longue inscription royale, comportant un prologue et un épilogue glorifiant le souverain Hammurabi, qui a régné sur Babylone d’environ 1792 à 1750 av. J.-C., dont la majeure partie est constituée de décisions de justice.

La première loi patriarcale écrite

Les lois babyloniennes, réunies pour la première fois en 1750 avant J.-C. dans le Code d’Hammourabi, précisent que le chef de famille (évidemment un homme) est propriétaire de son épouse et de ses enfants. La femme ne peut pas disposer de sa dot librement. La dot est transmise aux enfants mâles après son décès. Pour l’épouse, un divorce relève d’un véritable « parcours du combattant ». Les lois, écrites en Mésopotamie, proclamaient la supériorité de l’homme.

Prostitution sacrée obligatoire

L’Historien Hérodote a écrit à propos d’une loi de Babylone : « la plus honteuse des lois de Babylone est celle qui oblige toutes les femmes du pays à se rendre une fois dans leur vie au temple d’Aphrodite pour s’y livrer à un inconnu …Celles qui sont belles et bien faites sont vite de retour chez elles, les laides attendent longtemps sans pouvoir satisfaire à la loi ; certaines restent dans le temple pendant trois ou quatre ans ».

Source : LA FEMME MÉSOPOTAMIENNE par René-Louis Parfait Etilé (historien-égyptologue)

Rappel : le mariage est le seul garant de la reconnaissance de paternité pilier du patriarcat. L’honneur d’une femme se trouve seulement et uniquement dans le mariage. Tout écart au mariage (fornication, adultère, mère célibataire, enfant naturel…) sera sévèrement puni.

Droit de la famille pour régler de nombreux litiges familiaux

La plus longue partie du Code (§ 126 à 194) concerne les affaires familiales, qui étaient donc une priorité des législateurs babyloniens qui avaient à régler de nombreux litiges familiaux, portant sur les relations entre époux, les questions de transmission du patrimoine, d’adoption, les délits sexuels ainsi que les cas concernant des femmes à statut particulier, notamment les religieuses. Les statuts normaux sont réglés par le droit coutumier, et ne sont donc pas présentés dans le Code, qui s’intéresse avant tout à des cas particuliers. L’apport des textes de la pratique (contrats de mariage, d’adoption, testaments, compte-rendus de procès liés à des affaires familiale) est donc particulièrement important ici pour mieux comprendre les dispositions du Code.

Mariage et relations entre époux

La fiancée n’a aucun mot à dire dans son mariage

Le mariage découle en règle générale de l’accord entre le marié et sa famille et les parents de la mariée, même si cela n’est pas explicité dans le Code de Hammurabi (à la différence des Lois d’Eshnunna qui disent qu’un mariage n’est pas valide si l’époux n’a pas l’accord du père et de la mère). Le marié doit apporter un cadeau (terhatum, généralement en argent) symbolisant l’accord prénuptial. Mais même après cela le mariage peut encore être rompu : si c’est à l’instigation du fiancé, le père de la mariée peut garder le présent ; en revanche si c’est à l’instigation du second il doit le restituer au double à l’ex-fiancé (§ 159-160). Le mariage a lieu lors d’une cérémonie qui n’est pas évoquée dans le Code mais connue par des nombreux documents de cette période. La mariée apporte de son côté une dot (šeriktum, nudunnum).

Épouses et concubines

La famille babylonienne classique est monogame. L’époux peut cependant prendre des concubines (qui n’ont jamais le statut d’épouse) et si son épouse ne peut pas lui donner d’enfant (parce qu’elle est stérile ou une religieuse qui n’a pas la droit d’enfanter, voir plus bas), est atteinte d’une maladie mal comprise (§ 148-149) ou a une conduite inappropriée (§ 141), il peut prendre une épouse secondaire : certaines familles peuvent donc être bigames. La situation entre le marié et la mariée est donc profondément dissymétrique, ce que confirment les articles sur la répudiation pour mésentente :

«  § 141 : Si l’épouse de quelqu’un, qui demeure dans la maison de ce dernier, s’avisant de traîner dehors se constitue une réserve, dilapide sa maison et néglige son mari, on la confondra et si son mari a déclaré qu’il voulait la répudier, il pourra la répudier ; rien ne lui sera donné, ni pour (frais de) déplacement ni comme indemnité de répudiation. […] § 142 : Si une femme a pris son mari en aversion et a déclaré : « Tu ne me saisiras plus », son cas sera examiné par son quartier et si elle est circonspecte et irréprochable et si son mari traîne dehors et la néglige beaucoup, cette femme n’est pas coupable ; elle pourra reprendre sa dot et s’en aller à la maison de son père. § 143 : Si elle n’est pas circonspecte et traîne dehors, dilapide sa maison, néglige son mari, on la jettera à l’eau. »

La femme toujours coupable en cas de stérilité

On sait par les textes de la pratique qu’un mari peut répudier son épouse en la laissant repartir avec sa dot ; le cas est envisagé dans le Code seulement pour les épouses n’ayant pas donné d’enfant (§ 138 – la responsabilité d’un mariage non fertile incombant toujours à l’épouse dans la mentalité babylonienne). Mais si l’épouse a une conduite inconvenante comme dans les cas cités, il peut la répudier sans rien lui donner en retour.

Mise à mort de la femme si elle répudie son mari

Le cas où la femme demande la répudiation du mariage est également révélateur de l’inégalité entre les deux parties : elle peut certes obtenir gain de cause si on juge sa requête justifiée, mais sinon elle risque la mort là où le mauvais mari ne voit que la dissolution de son mariage.

Noyade des adultères

Cette situation inégale se retrouve dans les articles sur l’adultère :

«  § 129 : Si l’épouse de quelqu’un a été prise à coucher avec un autre homme, on les liera et on les jettera à l’eau. Si le maître de l’épouse (le mari) laisse vivre son épouse, le roi aussi laissera vivre son serviteur (l’amant). […] § 131 : Si l’épouse de quelqu’un n’a pas été prise à coucher avec un autre homme alors que son mari l’en accusait, elle jurera par la vie du dieu et pourra retourner à sa maison. § 132 : Si l’épouse de quelqu’un qu’on a montré du doigt à cause d’un autre homme n’a pas été prise à coucher avec l’autre homme, eu égard au mari elle plongera dans le dieu-fleuve. »

Une remise en cause de la paternité du mari

La culpabilité n’est envisagée que du point de vue de l’épouse car son inconduite jette la suspicion sur les enfants qu’elle pourrait mettre au monde (d’où le « eu égard au mari » du § 132). Si elle est prise sur le fait, son mari décide s’il la laisse vivre ou si elle doit être exécutée, la même sentence s’appliquant à son amant ; mais c’est alors le roi qui le gracie car l’époux n’en est pas le maître et n’a aucun droit sur lui.

L’innocence par l’épreuve de l’eau

Si l’épouse est calomniée, elle doit laver les soupçons pesant sur elle-même s’il n’y a aucune preuve de sa faute : si c’est son mari qui l’accuse elle prête serment par le dieu (qui est censé la punir si elle utilise son nom pour un mensonge) et si c’est une autre personne elle doit se soumettre à l’ordalie fluviale (le dieu-fleuve confirme sa culpabilité par sa noyade ou alors il la disculpe en l’épargnant).

Relations entre parents et enfants

La patria potesta du pater familias

La famille est dominée par le père, dont le Code met en avant l’autorité sur ses enfants de la même manière qu’il assure sa supériorité sur son épouse. Ainsi, un fils ayant frappé son père est susceptible de voir sa main tranchée (§ 195). Un père ayant contracté une dette peut donner en gage son fils ou sa fille (ainsi que son épouse) pour qu’il ou elle travaille pour rembourser sa dette (§ 117).

Mutilation des enfants adoptés renégats

L’enfant adopté ne peut pas renier ses parents adoptifs, sous peine de mutilation s’il s’agit d’un fonctionnaire de palais ou d’une nadītum (§ 192-193), mais il est protégé : il peut retourner à sa famille de naissance s’il n’a pas été traité comme un fils normal (§ 190), et il dispose d’un droit d’héritage dans sa famille adoptive même si son père adoptif choisit de le renvoyer (§ 191).

Noyade et immolation des incestes

Le Code s’intéresse enfin aux relations sexuelles incestueuses, qui font l’objet de quatre articles :

«  § 154 : Si quelqu’un a « connu » sa fille, on le chassera de la ville. § 155 : Si quelqu’un s’est choisi une bru pour son fils, si son fils l’a « connue », si lui-même, par la suite, a couché dans son sein et si on l’a pris, on liera cet homme et on le jettera à l’eau. § 156 : Si quelqu’un s’est choisi une bru pour son fils, si son fils ne l’a pas « connue » et si lui-même a couché dans son sein, il lui payera une demi-mine d’argent et il lui restituera intégralement tout ce qu’elle avait apporté de la maison de son père et l’époux qui lui plaira elle prendra. § 157 : Si quelqu’un, après la mort de son père, a couché dans le sein de sa mère, on les brûlera tous les deux. § 158 : Si quelqu’un, après (la mort de) son père, a été pris dans le sein de la « grande » qui avait engendré des enfants (manifestement sa belle-mère), cet homme sera expulsé de la maison paternelle. »

Seul le viol des épouses vierges est pris en compte

On notera que le Code de Hammurabi ne prend en considération qu’un seul cas de viol, celui d’une femme mariée à un homme mais sans avoir encore eu de relations sexuelles avec lui, l’offenseur étant exécuté et la femme « tenue pour quitte ». Les autres textes législatifs du Proche-Orient ancien punissent également de mort le viol de femmes mariées, mais pas celui d’esclaves (qui donne lieu à une indemnité pour le maître de celle-ci), le cas du viol d’une femme non mariée ou promise à un autre étant généralement vu comme moins grave et pouvant conduire à un mariage contraint.

Types de peines : noyade, supplice du pal, immolation…

La modalité de la mise à mort est prescrite dans certains cas jugés les plus scandaleux : la noyade pour les cas de non-respect d’une union matrimoniale (une femme négligeant son mari § 143, un couple adultérin § 29, un homme couchant avec la femme de son fils § 155), une femme ayant fait tuer son mari pour être avec son amant serait empalée (§ 153), on brûlait une femme et son fils ayant des relations sexuelles après la mort du père de famille (§ 157). Le bannissement est également employé : un père ayant couché avec sa fille est chassé de la ville (§ 154, voir aussi § 158).