Le Code Napoléon, charia catholique du patriarcat gréco-romain : histoire du droit des femmes

«Pourquoi Zeus nous oblige à passer par les femmes pour avoir des fils?» – Eschyle

Pour garantir le droit des pères, il faut supprimer le droit des mères.

« Mater semper certa est, pater est semper incertus, pater is est quem nuptiæ demonstrant » – La mère est toujours certaine ; le père est toujours incertain, le père est celui que le mariage désigne.

Le mariage est le seul garant de la reconnaissance de paternité, fondement du patriarcat. Toute sexualité en dehors du cadre légal du mariage peut engendrer des enfants non reconnus, des bâtards illégitimes, des enfants sans père. C’est donc un retour potentiel à une société matriarcale (sans père ni mari, mais pas sans oncles). Pour garantir la filiation paternelle et empêcher tout retour au matriarcat, toute sexualité extra-conjugale doit être strictement interdite et violemment réprimée. Pour garantir le droit des pères, il faut supprimer le droit des mères. L’enfant ne peut appartenir qu’à une seule et unique personne, au père. Pour s’approprier les enfants de la mère, il faut contrôler son ventre, et donc son sexe. Pour que la femme ne puisse reprendre le contrôle de la filiation familiale, il faut la réduire au rang d’esclave, lui retirer tout ses droits, et l’empêcher d’accéder à toute autonomie, économique, financière, politique, militaire… ni à aucune instruction. Son existence n’a de sens que par le mariage. Sa seule fonction en tant qu’épouse est de donner des fils légitimes à son époux. Les mères célibataires et les enfants sans pères doivent être bannis de la société, esclavagés, ou mis à mort.

«La femme est le fléau installé au milieu de hommes mortels, en punition du péché originel» – Hésiode, poète grec

LE DROIT GRÉCO-ROMAIN

FAMILLE : Du latin familia (ensemble des habitants de la maison), dont le sens premier était « réunion d’esclaves sous l’autorité d’un maître ». Il dérive en effet de famulus ou famul désignant le « serviteur, l’esclave ». Chez les romains, seuls l’élite des patriciens a le droit de se marier, et donc d’avoir une filiation paternelle. Chez les patriciens, seul le père a accès à l’au-delà après la mort, et seul le père peut accorder le mariage à son fils, afin qu’il puisse lui aussi devenir père. Cette passation de pouvoir paternel se fait par la transmission du feu du foyer, nécessaire pour en bâtir un nouveau. Le feu du foyer, symbole du pouvoir familial, était autrefois détenu par les mères durant l’ère matriarcale.

Lire Le mythe de Prométhée – le culte du feu – extraits de Paul Lafargue

Le père a droit de vie ou de mort

Le « pater familias » (père de famille), dispose de la « patria potestas » (puissance paternelle). Il a droit de vie ou de mort sur toute sa maisonnée (épouse, enfants, esclaves…). Ils sont, selon la dure formule romaine,  »dans sa main, in manu ». Caton l’Ancien (homme d’état romain, 2e Siècle av-JC.) formule ainsi le code conjugal  : « Le mari est juge de la femme ; son pouvoir n’a pas de limites ; il peut ce qu’il veut. Si elle a commis quelque faute, il la punit ; si elle a bu du vin, il la condamne ; si elle a eu commerce avec un autre homme, il la tue. » Ce n’est que vers l’an 390, à la fin du IVe siècle, que la loi civile retire au père de famille le droit de vie et de mort sur ses enfants (voir Robert Étienne, La conscience médicale antique et la vie des enfants, dans Annales de démographie historique, 1973, numéro consacré à Enfant et Société).

Virginité pour la pureté de la lignée des ancêtres

Le contrôle de la virginité est un point essentiel. Elle importe plus à Rome qu’ailleurs parce qu’on croyait que toute relation sexuelle marquait, d’une manière indélébile, le sang de la femme et qu’elle transmettait à sa progéniture les particularités de son premier amant. Une épouse non vierge aurait introduit dans la famille de son mari un élément impur qui eut gravement perturbé le culte des ancêtres. Les Romains inventent donc le contrat des fiançailles entre les deux pères de famille visant la sauvegarde de la virginité de la fille. Dans ce cadre, marier sa fille le plus jeune possible permet de transférer la responsabilité de cette surveillance à la famille du mari, ne reste plus en attendant qu’à garder la petite fille à la maison ou ne la laisser sortir que chaperonnée par un pédagogue, esclave ou affranchi. Dans le monde hellénique, la virginité des filles a la plus grande importance. Avec le passage des tribus aux cités, la cellule familiale l’emporte et la virginité de la fille n’appartient plus à la cité mais à son père : il s’agit non plus de perpétuer la tribu, mais la lignée.

Répression sexuelle

  • La femme est une éternelle mineure, sans aucune capacité juridique. Elle est d’abord sous la tutelle de son père, puis de son mari, qui a droit de vie ou de mort sur elle. Quand elle est veuve, elle est sous la tutelle de son fils ou d’un proche parent.
  • Infanticide des cadettes : À Rome, on ne conservait en général que la fille aînée. La mention de deux filles dans une famille romaine est exceptionnelle. Tous les juristes ont relevé ce qu’on appelle la disparition forcée des cadettes. La caste des patriciens comptait 80% d’hommes.
  • Il est significatif que chaque garçon reçoive un praenomen (prénom), marque de personnalité qui le distingue de ses frères, tandis que la fille, l’aînée généralement, ne porte qu’un nom, celui de la famille paternelle; ainsi, dans la gens Cornelia, la fille s’appelle Cornelia, ses frères sont Publius Cornelius, Gaius Cornelius, etc. Pas de nom personnel donc pour la fille, mais seulement celui du père.
  • Les femmes sont enfermées au gynécée pour les préserver du regard, et donc de l’adultère et de la fornication.
  • Quand la femme sort du gynécée, elle doit être voilée et accompagnée d’une esclave.
  • Tous les lieux publics (stades, banquets, théâtres…) sont interdits aux femmes, sauf aux prostituées.
  • La prostitution est le seul travail salarié accessible aux femmes.
  • La seule sexualité hors mariage accessible aux hommes sont : les prostituées, les esclaves, les hommes, les enfants, les animaux…
  • L’état instaure des bordels d’état à bas prix pour endiguer la fornication et l’adultère source d’enfants illégitimes.

L’acte hétérosexuel hors mariage est toujours sanctionné, qu’il soit par viol ou par consentement :

  • La juridiction gréco-romaine ne fait aucune différence entre le viol et la séduction. Le mot raptus peut faire référence à la fois à une séduction réussie et à un enlèvement ou un viol : dans tous les cas c’est au paterfamilias de donner ou non son consentement au mariage de sa fille qui a été violée.
  • Le consentement est très rarement un problème en cas de viol. Si l’accusé soutient que la femme était consentante, il peut malgré tout être poursuivi pour le crime sexuel plus général de stuprum contre une citoyenne puisque la liberté sexuelle des hommes est limitée aux prostitués et aux esclaves.
  • Si la femme était consentante, l’empereur Constantin ordonne qu’elle soit punit avec l’homme ravisseur en étant brûlée vivante. Si elle n’était pas consentante, elle est toutefois considérée comme complice « sur le fondement qu’elle aurait pu se sauver en criant à l’aide. » En tant que participante au viol, elle est punit par la loi en étant déshéritée, indépendamment de la volonté de sa famille.
  • En cas d’adultère, le mari bafoué a le devoir de mettre à mort l’amant.

La reconnaissance de paternité romaine : condamnation à mort des bâtards illégitimes

À leur naissance, les enfants étaient déposés sur le sol. Le seul lien reconnu à ce stade est celui qui unit l’enfant à la grande Déesse-Mère : seule la maternité est naturelle, la paternité relève du code civil. La deuxième étape concerne le “pater familias”, le père de famille, car c’est à lui qu’incombe le choix d’accepter ou non le nouveau-né dans la famille. Si le père ramassait l’enfant et le prenait dans ses bras, il le reconnaissait comme membre de sa famille et de sa lignée de sang paternel. S’il ne le ramassait pas, le nouveau-né était alors abandonné, exposé dans une décharge publique, et condamné à être dévoré par les chiens errants. Dans ce cas, l’abandon était encadré par certaines lois comme celle des XII tables qui chercha à limiter les pouvoirs du pater familias.

Au bout de 8 jours, comme chez les juifs

Après avoir pris dans ses bras le bébé, la reconnaissance au sein de la famille était établie, mais elle ne sera confirmée que 9 jours plus tard pour les garçons, et 8 jours plus tard pour les filles. Le 9 est dans la symbolique ancienne l’expression d’un cycle nouveau. Cette idée de nouveau cycle s’est conservé dans une grande partie des langues européennes où le 9 est linguistiquement très proche de “nouveau”: en français Neuf (9) – Neuf (nouveau), en allemand Neun (9) – Neu (nouveau), en anglais Nine (9) – New (nouveau), en espagnol Nueve (9) – Nuevo (nouveau), etc… Le chiffre 8 quant-à lui symbolise la nuit et un cycle accompli. On retrouve la même proximité linguistique entre 8 et la nuit: en français Huit – Nuit, en allemand Acht – Nacht, en espagnol Ocho – Noche, etc… Dans le rite de naissance, le garçon est donc lié à un cycle nouveau de la vie, tandis que la fille est liée au bon accomplissement de ce cycle. À la fin de cette période d’attente de 8 ou 9 jours, l’enfant était purifié rituellement et consacré à la Déesse Junon Lucina. Ce n’est qu’alors que le bébé recevait officiellement son nom, les “tria nomina” qui définissaient l’identité de l’individu et sa place au sein du clan paternel.

Le mariage romain, un devoir civique

L’âge légal du mariage était fixé à 12 ans pour les filles et 14 ans pour les garçons ; en pratique des mariages de filles de moins de 12 ans ont eu lieu, et les jeunes hommes se mariaient vers vingt ans. Des lois ont été créées contre le célibat. Se marier est un devoir civique et les célibataires sont défavorisés (par exemple, ils sont frappés de taxes spéciales). Seuls les soldats en sont exclus pour ne pas regretter une autre situation. Cependant ils obtiennent ce droit sous l’Empire de Septime Sévère.  Il convient de souligner toutefois que cette idée de mariage ne s’applique qu’aux citoyens, les esclaves et autres individus non affranchis ne peuvent, tout au plus, que vivre en concubinage.

Lire Qui sont les matriciens ? La plèbe sans père de Rome, révoltés contre les dieux du patriciat usurier

Toujours honorer les dieux du foyer

Sortir du cadre religieux du mariage, comme par exemple commettre un adultère, c’était se révolter contre les dieux du foyer. Une fois veuve ou divorcée, la femme rentrait au domicile du père toujours pour honorer les dieux du foyer. Dans l’hypothèse où la femme devait ou choisissait de rester seule, elle ne dépendait plus des dieux du foyer et par conséquent pouvait faire les mêmes choses qu’un homme libre.

Un enlèvement rituel

Cérémonie préalable : les fiançailles. À l’époque impériale, elles consistent en un engagement réciproque des fiancés devant témoins. Le fiancé passe un anneau à l’annulaire gauche de la jeune fille et lui offre des cadeaux : souvenir des arrhes qui scellaient le contrat des fiançailles à l’époque de la coemptio. Le mariage coemptio est un enlèvement symbolique de la femme (enlèvement des Sabines), et il y a validation du mariage au bout d’un an de cohabitation avec le mari. À l’apparition de l’étoile Vesper, un simulacre d’enlèvement de la mariée met fin au festin de noces. La femme est intégrée dans la famille du mari si celui-ci meurt.

Le christianisme romain

La Bible dit: Que le mariage soit honoré de tous, et le lit conjugal exempt de souillure, car Dieu jugera les impudiques et les adultères. (Hébreux 13:4). L’activité sexuelle et le plaisir sont des choses normales, attendues et même encouragées dans le mariage. L’union sexuelle est un moment divin entre un mari et une femme. C’est une représentation de l’image de Dieu. Dieu a établi des protections autour de l’activité sexuelle. Une de ces protections est l’interdiction d’avoir des relations sexuelles en dehors du mariage.

AU MOYEN AGE

La loi Salique est l’abolition des derniers vestiges du droit barbare matriarcal. Clovis (fin du Ve siècle) l’instaure peut après sa conversion au christianisme romain. Inspiré du droit romain, c’est une réforme juridique franque mérovingienne instaurée sous Clovis qui va véritablement marquer la victoire du droit paternel sur du droit maternel dans le royaume franc en Europe, et qui lui a permis de se maintenir durant plusieurs siècles.

L’amour n’est pas un fondement de l’union

Saint Augustin a exprimé en trois mots le but du mariage: progéniture, fidélité, sacrement. Au Moyen Âge, la maternité est l’un des devoirs principal de la femme mariée. Comme les femmes sont mariées très tôt, cela amène de nombreuses naissances, en moyenne de 8 à 10. L’épouse, stérile ou ne donnant naissance qu’à des filles, peut aussi être répudiée par son mari, ce dernier voulant s’assurer une descendance. En 757, le capitulaire de Compiègne dispose (article 10) : « Si quelqu’un s’étant marié, trouve que son épouse n’est pas vierge, il a le droit de la renvoyer et de prendre une autre femme, mais si celle-ci n’est pas vierge, il ne pourra la renvoyer car lui non plus ne l’est pas ayant connu sa première femme ». Selon une légende vivace, des évêques auraient discuté fort sérieusement de l’existence de l’âme des femmes lors d’un concile. Pour les uns, la question aurait été évoquée lors du concile de Trente (1545), pour d’autres versions de cette légende, au VIe siècle lors du second concile de Mâcon. Le concile en question n’aurait reconnu l’existence de l’âme des femmes qu’à une majorité de trois voix (ou d’une seule suivant d’autres sources).

Le choix des parents dicte les liens matrimoniaux

Le modèle du mariage chrétien, basé sur une relation monogamique indissoluble, est une invention qui date du treizième siècle. Il s’agit en théorie d’un mariage unique, avec consentement des deux personnes et sans possibilité de divorce. Cependant, la théorie fut bien différente de la réalité. Ainsi, ce sont les familles (parents) qui unissent les enfants. Les jeunes couples se mariant sans le consentement des parents courent le risque d’être déshérités. Autant du côté des classes « inférieures » que du côté des classes « élevées », le choix des parents dicte les liens matrimoniaux.

Le mariage, un instrument du capitalisme

Il faut cependant faire une distinction entre les différentes classes sociales, le mariage est un moyen de renforcer des alliances pour la noblesse, un moyen d’assurer et renforcer le capital pour la bourgeoisie, et dans ces milieux le mariage est un arrangement entre famille. Chez le peuple le mariage d’amour y est un peu plus fréquent. Chez les classes élevées, le mariage des filles est un instrument d’alliance et d’implantation, si bien qu’il se négocie ou pire, qu’il s’impose par le rapt, forçant ainsi la famille de la jeune femme à accepter l’union.

Les jeunes filles sont mariées à de vieux riches

Vers la fin du Moyen Âge, l’âge minimum des fiançailles est fixé à 7 ans et l’âge du mariage à 12 ans par le droit ecclésiastique. Les garçons ne peuvent pas se marier avant 14 ans. L’Église a pourtant la possibilité de faire des exceptions lorsque l’union peut rétablir la paix entre deux familles. Pendant l’Ancien Régime, il n’y a plus que 4% de femmes qui se marient avant 17 ans. Les femmes les plus jeunes sont majoritairement issues de classes élevées, et se marient avec des hommes souvent beaucoup plus âgés. Dans les familles plus modestes, les mariés ont des âges plus proches.

L’épouse est obligée d’aimer son mari

La femme est considérée comme une mineure tout le long de sa vie, passant de l’autorité de son père à celle de son mari. Son épouse lui doit obéissance et soumission. L’époux a le pouvoir sur la famille. Les châtiments physiques sont acceptés, ce qui explique une grande tolérance de la société d’alors pour la violence conjugale. Le mari est même autorisé à tuer sa femme en cas d’adultère. L’épouse est obligée d’aimer son mari. Cela résume en quelque sorte les devoirs de la femme à son époux. L’amour de la femme devant être parfait, l’homme ne doit quant à lui qu’aimer avec retenue, plus avec jugement qu’avec passion, ce qui entraînerait la jalousie et même la folie. Par ailleurs, le port des vêtements d’hommes est interdit aux femmes, et passible de la peine capitale, facteur aggravant du procès de Jeanne d’Arc pour hérésie peu avant son bûcher.

La prostitution des mères célibataires, un business de l’Église

Pendant un certain temps, au Moyen Âge, l’Église contrôle la prostitution qui est chose légale. Habituellement, les prostituées sont des servantes, des filles rejetées par leur famille après un viol ou une grossesse clandestine (hors mariage) et celles qui n’ont pu se trouver du travail. Au 19e siècle, l’état prélèvera 50 à 60% des bénéfices des bordels.

LA RENAISSANCE DU DROIT ROMAIN

La renaissance du droit romain en Occident fait reculer les droits des femmes dans tous les domaines. Progressivement, mais inéluctablement, les femmes se sont vu exclure de la sphère politique et publique. Même à la Renaissance, lorsque certaines d’entre elles exercent encore un pouvoir réel, quoique de plus en plus contesté. La ré-instauration du droit romain en Europe restreint considérablement les droits des femmes qui redeviennent de véritables mineures. En France, au XVIe siècle, la femme mariée devient juridiquement incapable. Le droit romain s’impose aussi au sein de l’église catholique. La misogynie des traités de théologie morale des XIVe siècle et XVe siècle est féroce ; la persécution contre les « sorcières » fait des dizaines de milliers de victimes. Selon cette théologie, les vierges sont supérieures aux veuves et aux femmes mariées. Les femmes sont interdites de chant dans les églises. Les bains, lieux de « débauche », sont proscrits car l’eau transmettrait des « miasmes » à travers les pores de la peau. La ceinture de chasteté permet de prévenir la fornication et l’adultère, ainsi que la masturbation; car le plaisir féminin est la porte ouverte à la sexualité extra-conjugale.

SOUS L’ANCIEN RÉGIME

Dans l’ancien dictionnaire de Furetière (XVIIe siècle) :

MARI. subst. masc. Celui qui est joint à une femme par un contrat civil pour la procréation des enfants légitimes. Les femmes en France sont sous la tutelle perpétuelle du mari, ne peuvent faire aucun acte non autorisé par leur mari. Le mari est maître de la communauté. Le mari est obligé de donner un douaire à sa femme.

La femme est, elle, définie comme l’évolution de fille, et passe de la tutelle de son père à la tutelle de son mari. Cette définition tient à peu de choses près jusqu’au début du XXème siècle. A ceci près que l’amour vient progressivement devancer le mariage alors qu’il le suivait auparavant. On distingue le mari de l’époux, le premier étant le maître et le second l’être aimé.

  • Les fils seuls ont le droit à l’héritage. Les filles sont seulement « dotées », selon le bon vouloir des parents.
  • Le mariage, acte religieux, est soumis à l’autorisation du père, quel que soit l’âge des futurs époux.
  • Le mariage est indissoluble; le divorce et même la séparation de corps sont impossibles.
  • Le mari seul a le droit de gérer les biens du couple et les biens de sa femme (mais il n’a pas le droit de dilapider la dot de sa femme).
  • 1639 En France, une ordonnance de Louis XIII ordonne que tous les enfants nés hors mariage soient frappés d’indignité, d’incapacité totale de succession, ce qui revient à les exclure de la famille.
  • 1724 Création de la Bourse de Paris. La présence des femmes y est proscrite, et ce jusqu’en 1967
  • Le terme « viol » n’apparaît qu’au XVIII° siècle. Avant on parle d’efforcement ou de défloration si le viol a lieu sur une femme vierge.

LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

En 1789, les femmes revendiquaient

  • Le droit à l’instruction primaire,
  • Le droit au travail,
  • La protection de la loi pour les femmes abandonnées et les filles mères,
  • Le droit à la santé (le droit à des sages-femmes expérimentées)
  • La réforme du mariage et le droit au divorce,
  • L’accès à la citoyenneté.

Les lois de la révolution

  • 1790 le droit d’aînesse masculin est supprimé par la loi. Tous les enfants sont désormais égaux devant la succession, quel que soit leur rang de naissance et leur sexe. La femme a le même droit à l’héritage que les enfants de sexe masculin.
  • Le mariage, acte civil, n’est plus soumis à l’autorisation parentale.
  • 1792 Le divorce est institué par la loi qui reconnaît par ailleurs l’égalité des époux. Le divorce est autorisé dans les cas suivants : par simple consentement mutuel des deux époux ; sur la demande de l’un des époux : pour incompatibilité d’humeur, démence, fureur, condamnation infamante, crime, sévices, injures graves, abandon du domicile conjugal pendant deux ans, dérèglement des moeurs notoires.
  • La femme a le droit d’accomplir certains actes juridiques, mais le mari garde  » la suprématie » dans l’administration des biens.
  • 1791 Instauration du suffrage « universel » ; les femmes sont toujours exclues de la citoyenneté au même titre que les mineurs, les domestiques, les aliénés et les religieux cloîtrés.
  • À partir d’octobre 1793, toute autonomie des femmes est bannie de la vie politique.
  • À partir de 1795, les hommes mettent un terme à ce qui restait de liberté aux femmes, leur interdisant par exemple des réunions dans les rues, cherchant à limiter les effets du divorce légalisé. Les femmes sont exclues de la vie politique. Tenaces, elles s’installent alors dans les travées réservées au public dans les différentes assemblées et ne manquent jamais une occasion pour émettre des avis en pleine délibération des législateurs. Ces femmes qui occupent littéralement les bancs du public sont vite taxées du nom de « tricoteuses », car nombre d’entre elles pratiquent effectivement le tricot en séance ou entre deux débats.

 » J’ai tort de dire que la femme est catholique. En dehors de celles qui ne sont point liées, même nominalement, aux dégoûtantes superstitions romaines, il y a en France un certain nombre de femmes intelligentes et courageuses qui rejettent les enseignements de l’Église et ont pour le prêtre tout le mépris qu’il mérite. Ces femmes s’efforcent de se soustraire à l’affreuse domination que l’homme, à la voix du scélérat en soutane, leur a imposée ; elles cherchent à conquérir les libertés qui leur sont nécessaires, ou plutôt à les reconquérir ; car la Française des dernières années du XIXe siècle est fort loin de jouir des franchises que possédait son aïeule du XVIIIe siècle, par exemple. La déclaration des Droits de l’Homme a été une pierre tombale posée sur l’existence de la femme. […] «  – George Darien, anarchiste, 1900

LE CODE NAPOLÉON

« L’enfant appartient au mari de la femme comme la pomme au propriétaire du pommier. »

« La femme est donnée à l’homme pour qu’elle lui fasse des enfants ; elle est sa propriété comme l’arbre à fruits est celle du jardinier » [Napoléon, Mémorial de Sainte-Hélène]

« La femme et ses entrailles sont la propriété de l’homme. »

« Les personnes privées de droits juridiques sont les mineurs, les femmes mariées, les criminels et les débiles mentaux. »

Après avoir restauré l’esclavage des noirs (1802), il restaure l’esclavage des femmes (1804). Le Code Napoléon affirme l’incapacité juridique totale de la femme mariée. La femme est d’abord sous la tutelle de son père, puis de son mari. En revanche, la veuve jouit, en théorie, de la plénitude de ses capacités juridiques, droit de vote exclu. En effet, la veuve ayant eu des enfants reste surveillée par un Conseil de famille composé de membres de la famille de son mari. L’Empire limite le divorce, et restaure l’autorité du père de famille avec le Code civil français de 1804.

  • Interdiction de signer un contrat, de gérer ses biens,
  • Exclusion totale des droits politiques. « Je n’aime pas les femmes qui se mêlent de politique » – Napoléon
  • Interdiction d’accès aux lycées et aux Universités,
  • Interdiction de travailler sans l’autorisation du mari,
  • Interdiction de toucher elle-même son salaire,
  • Contrôle du mari sur la correspondance et les relations,
  • Interdiction de voyager à l’étranger sans autorisation,
  • Répression très dure de l’adultère pour les femmes,
  • Les filles-mères et les enfants naturels n’ont aucun droit.
  • La prostitution de rue est interdite. Les maisons closes sont légalisées pour cacher les prostituées.

Le mariage sous l’empire napoléonien

  • Art. 312 : L’enfant conçu pendant le mariage a pour père le mari.
  • Le mari doit protection à la femme, la femme doit obéissance à son mari
  • le mariage est soumis au consentement du père : pour le fils, jusqu’à 25 ans ; pour la fille, toujours.
  • Le divorce n’est autorisé que dans trois cas : (jusqu’en 1975) adultère ; condamnation à une peine infamante; sévices et injure grave.
  • La femme passe par son mariage de la tutelle de ses parents à celle de son mari.
  1. Elle doit suivre son mari à son domicile (jusqu’en 1975).
  2. Elle n’a aucun droit sur l’administration des bien communs (jusqu’en 1965).
  3. Elle ne peut disposer de ses biens personnels, ni les gérer sans l’autorisation de son époux, même en cas de séparation de corps (jusqu’en 1965).
  4. Elle ne peut sans autorisation de son mari exercer une profession (jusqu’en 1965).
  5. Elle ne peut accomplir aucun acte juridique (abrogé partiellement en 1938, définitivement en 1965).
  • Les époux se doivent fidélité, mais pas au même degré (jusqu’en 1975).
  1. La femme adultère est passible d’un emprisonnement de 3 mois à 2 ans.
  2. L’homme adultère est passible d’une simple amende, et seulement s’il amène sa concubine au domicile conjugal.

LA LUTTE POUR L’ÉMANCIPATION

  • Jusqu’en 1810, très peu de sociétés civiles semblent avoir criminalisé l’adultère masculin, la femme étant traditionnellement considérée comme une ressource et le mariage, un échange de propriété contracté entre hommes (cf. Claude Lévi-Strauss).
  • 1816 Restauration monarchique. Abolition totale du divorce.
  • 1832 Jusque là délit, le viol est désormais un crime, mais c’est le père ou le mari qui est considéré comme lésé.
  • 1838 Création de la première école normale d’institutrices.
  • 1850, la loi Falloux fait obligation pour les communes de plus de huit cents habitants d’ouvrir et d’entretenir une école publique de garçons comme de filles. La scolarité n’est cependant pas encore ni gratuite ni obligatoire.
  • 1863 Victor Duruy, ministre de l’Instruction publique,  crée les cours secondaires pour jeunes filles, jusque-là interdits.
  • 1865 – 1870 – Suisse : les universités suisses de Zurich, puis de Berne sont les premières à s’ouvrir progressivement aux femmes. Des jeunes filles viennent de toute l’Europe pour y étudier.
  • 1873 – États-Unis : ouverture de la première université qui ouvre toutes ses sections aux femmes, à Boston
  • 1874 Première loi tentant de protéger les femmes au travail : le travail des femmes est interdit dans les mines et les carrières, ni travailler le dimanche. Le travail de nuit des femmes non majeures est interdit.
  • 1879 Obligation d’ouvrir une école normale d’institutrices dans tous les départements.
  • 1880 – Accès des femmes aux universités
    • France : la Sorbonne s’ouvre aux jeunes filles. La loi Camille Sée institue un enseignement secondaire féminin d’État.
    • Belgique : admission d’une première étudiante à l’université libre de Bruxelles (Liège : 1881, Gand : 1882, Louvain : 1920)
  • 1881  Loi autorisant les femmes à ouvrir un livret de Caisse d’épargne sans l’autorisation de leur époux. Création de l’école normale supérieure de Sèvres formant les professeurs femmes de l’enseignement secondaire féminin.
  • 1882 L’enseignement primaire est désormais obligatoire, public et laïque pour tous les enfants : filles et garçons (loi Jules Ferry).
  • 1884 La loi Naquet rétablit le divorce, pour faute seulement, pas par consentement mutuel.
  • Au mois de janvier 1886, le tribunal civil de la Seine déboutait une femme de sa demande en séparation et reconnaissait que le mari a droit de battre sa femme « quand la correction est motivée par des écarts de conduite qui ont excité sa légitime indignation ».
  • 1885 L’internat des hôpitaux est ouvert aux femmes (grâce à Eugène Poubelle et contre l’ensemble du corps médical).
  • 1892 Loi limitant la journée de travail à 11 heures pour les femmes. Le travail de nuit est interdit à toutes les femmes, quel que soit leur âge (loi mal appliquée). Le repos hebdomadaire devient obligatoire.
  • 1892 Le port du pantalon interdit pour les femmes depuis le Directoire, est désormais possible à condition qu’elles tiennent à la main une bicyclette ou un cheval (cette loi n’a jamais été abrogée mais est tombée en désuétude).
  • 1893 La femme séparée de corps a la pleine capacité civile.
  • 1897 La femme peut être témoin dans les actes civils et notariés.
  • 1900
    • Les femmes peuvent désormais plaider comme avocates.
    • Ouverture aux femmes de l’École nationale supérieure des beaux-arts.
    • Journée de travail de 10 heures pour les femmes et les enfants contre 12 pour les hommes.

  • 1900 – Belgique : premières libertés économiques des femmes établies légalement, droit à l’épargne personnelle de la femme mariée, droit de signer un contrat de travail et d’encaisser un salaire.
  • 1901 – France : première proposition de loi accordant le droit de vote aux femmes majeures, célibataires, veuves ou divorcées, mais pas aux femmes mariées (dont on ne pourrait être sûr qu’elle vote comme le voudrait leur mari).
  • 1903 – France : Marie Curie reçoit le prix Nobel de physique pour la découverte de la radioactivité. C’est le premier prix Nobel (créé en 1900) décerné à une femme.
  • 1905 Les femmes mariées peuvent ester en justice sans le consentement de leur mari.
  • 1907 La femme mariée qui travaille a le droit de disposer de son salaire (mais pas de gérer ses autres biens)
  • 1907 Les femmes sont électrices et éligibles aux conseils de prudhommes,
  • 1908 Libéralisation du droit au divorce : il est autorisé, à la demande des deux époux, après 3 ans de séparation de corps.
  • 1909 Création du congé maternité (8 semaines), mais il n’est pas rémunéré.
  • 1909 Rappel de la circulaire de 1892. Le port du pantalon n’est plus un délit si la femme tient un guidon de bicyclette ou les rênes d’un cheval. Dans les faits, l’usage se répand dès les années 1920 pour devenir courant dans les années 1960.
  • 1910 le « devoir conjugal » est une obligation, il n’existe pas de viol entre époux. Les institutrices obtiennent la rémunération de leur congé de maternité.
  • 1911 Les employées des PTT obtiennent la rémunération de leur congé maternité. Marie Curie reçoit le prix Nobel de chimie pour ses travaux sur le radium. Marie Curie est la première scientifique, hommes et femmes confondus, à obtenir deux prix Nobel.
  • 1912 Sanctions contre l’abandon de paternité.
  • 1913 La loi Strauss rend obligatoire le repos après l’accouchement avec une allocation très faible. L’application reste limitée.
  • 1915  Les femmes disposent de l’autorité paternelle en l’absence du mari, et pour la durée de la guerre.
  • 1917 La femme peut être tutrice et siéger au conseil de famille.
  • 1918 L’École Centrale est ouverte aux femmes.
  • 1919 Les filles ont accès aux universités. L’École supérieure de chimie de Paris et l’École supérieure d’électricité s’ouvrent aux jeunes filles.
  • 1920  Loi faisant de la contraception et de l’avortement un délit pénal. La vente de contraceptifs est interdite par la loi. La femme peut adhérer à un syndicat sans l’autorisation de son mari. Les institutrices obtiennent l’égalité de rémunération avec les hommes.
  • 1923 L’avortement est un délit passible de la Cour d’assises.

  • 1924 Le décret Bérard institue des horaires et des programmes d’études identiques dans les établissements secondaires de garçons et de filles, ce qui créé l’équivalence entre les baccalauréats masculin et féminin.
  • 1927 Les employés des deux sexes des PTT, de la Caisse des Dépôts et Consignations, et les professeurs du secondaire à niveau de diplôme égal ont désormais le même traitement.
  • 1928 Le congé de maternité de huit semaines, avec maintien du traitement, est étendu à toute la fonction publique.
  • 1931 Les femmes peuvent être élues juges.
  • 1937 Les femmes mariées peuvent obtenir un passeport sans l’autorisation de leur mari. Les femmes sont autorisées à enseigner le latin, le grec et la philosophie.
  • 1938 L’article 213 du Code Civil de 1804 est réformé et supprime l’incapacité juridique des femmes. La femme mariée n’est plus incapable civile, elle peut avoir une carte d’identité et un passeport. La puissance maritale est supprimée : l’épouse n’est plus tenue au devoir d’obéissance à son mari. Les femmes peuvent s’inscrire à l’université sans l’autorisation de leur mari. Subsistent pour le mari, l’imposition de la résidence, la possibilité d’interdire l’exercice d’une profession, et l’exercice de l’autorité paternelle.
  • 1939 Création de brigades policières chargées de traquer les « faiseuse d’anges ». La répression contre l’avortement et la contraception s’accroît. L’une des premières militantes pro-IVG, Madeleine Pelletier, est arrêtée et menée à l’asile, où elle meurt six mois plus tard.
  • 1941 Vichy – Le divorce est interdit pendant les trois première années suivant le mariage; ensuite aussi, sauf en cas de sévices graves et répétés.
  • 1942 Vichy – L’avortement, qui était un délit devient un crime contre la sûreté de l’État ; il est puni de la peine de mort.
  • 1942 Vichy – L’épouse peut gérer ses biens propres. Fin des interdictions concernant le travail des femmes mariées.
  • 1943 – Vichy. Marie-Louise Giraud, une « avorteuse », est guillotinée.
  • 1944 Création de l’ENA mixte.
  • 1944 – France Libre. Après un vote de l’Assemblée réunie à Alger, De Gaulle signe l’ordonnance donnant le droit de vote et l’éligibilité aux femmes.
  • 1945 Les militaires de carrière, hommes ou femmes obtiennent le droit de vote.
  • 1945 Rétablissement du divorce aux conditions de 1908. Loi instituant le congé de maternité obligatoire et indemnisé à 50%.
  • 1945 La notion de « salaire féminin » est supprimée. « À travail égal, salaire égal » s’inscrit dans la législation française. Plusieurs lois rappellent ce principe en 1972, 1983 et 2005, notamment.
  • 1945 Loi instaurant le congé de maternité obligatoire et rémunéré de 8 semaines (2 semaines avant et 6 semaines après l’accouchement). Ce congé est rémunéré à hauteur de 50 % du salaire, 100 % pour les fonctionnaires.
  • 1952 Convention n°103 de l’Organisation internationale du travail sur la maternité (congé maternité minimum de 12 semaines, pause allaitement, etc.) mais tous les pays ne la signent pas, entre autres les États-Unis, l’Australie et la Suisse notamment.
  • 1959 Ouverture de l’École des ponts et chaussées aux femmes.
  • 1959 Mise en place progressive de la mixité dans l’enseignement secondaire.

La révolution sexuelle prénuptiale

Virginité garant de la paternité

Faire l’amour avant le mariage était un apanage masculin et la visite des bordels un passage presque obligé pour les jeunes hommes (au moment de leur service militaire par exemple). La virginité féminine, en revanche, était une « valeur » farouchement défendue par les familles, la doxa. Les choses changent alors…

Contraception et avortement :

Du sexe hors mariage à la libération des femmes, vers la fin de la famille conjugale.

En outre dans les années 1970 et 1980 les grossesses s’interrompent plus facilement, car l’avortement est accessible. Ceci entraîne une appréciation par certains de cette époque comme un « âge de promiscuité », de décadence et d’hédonisme, provoquant même une réaction en Amérique, où certains cherchent à retourner aux « valeurs de la famille ».

Le SIDA, fléau de Dieu, stoppe la libération sexuelle

La crainte du VIH remplace la crainte de Dieu désuète pour nous éloigner du péché de la chair. Moralité pour se prémunir du SIDA : mariage, virginité, chasteté, fidélité, abstinence, circoncision…

Dès les milieux des années 1960 à San Francisco, une nouvelle culture hippie de l’amour libre surgit. Au début des années 1970, il devient acceptable que les universités permettent le logement coéducationnel où les étudiants masculins et féminins se mélangent librement. Le sexe prénuptial ouvert est adopté par les adeptes de la contre-culture, puis par la majorité de jeunes des années 1970. L’amour libre continue sous différentes formes tout au long des années 1970, mais finit brutalement quand le public découvre le SIDA à San Fransisco également (mais qui viendrait d’Afrique), maladie prétendue sexuellement transmise et prétendue mortelle, au début des années 1980.

  • 1960 : Les mères célibataires peuvent avoir un livret de famille,

  • 1965 La femme peut gérer ses biens, ouvrir un compte en banque, exercer une profession sans l’autorisation de son mari.

  • 1965  L’enseignement technique est ouvert aux filles.
  • 1966  La loi interdit de licencier une femme enceinte et pendant les 12 semaines suivant l’accouchement.
  • 1967 La contraception est autorisée par la loi Neuwirth. Les femmes sont autorisées à pénétrer dans la Bourse de Paris.
    • D’abord réservé aux seules femmes mariées, puis étendu aux femmes célibataires, son usage se généralise en dépit de résistances légales.
  • 1968 – Vatican : Le pape Paul VI condamne le recours aux méthodes de contraception dans son encyclique Humanae Vitae.
  • 1970 La loi dispose que désormais « les deux époux assurent ensemble la direction morale et matérielle de la famille » : c’est la fin de la notion de « chef de famille ». L’autorité parentale remplace la puissance paternelle (patria potestas du droit romain). Toutefois, l’autorité parentale est exercée par la mère d’un enfant naturel (conçu hors mariage) même si les deux parents l’ont reconnu.

  • 1970 Le congé maternité est indemnisé à 90 % du salaire brut par la sécurité sociale (ou assurance maladie-CPAM) soit, grosso modo, le salaire net. Ouverture de l’École polytechnique aux femmes.
  • 1971  Reconnaissance du principe « à travail égal, salaire égal ». Loi rendant obligatoire l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes pour un même travail.
  • 1972 – France :
    • Huit femmes sont reçues à Polytechnique ; le major de la promotion est Anne Chopinet.
    • Égalité des droits des enfants légitimes et naturels.
    • Possibilité pour les femmes mariées de contester la paternité du mari et de reconnaître un enfant sous son nom de naissance.

Il faut noter également que jusqu’à loi du 3 janvier 1972, le droit français faisait une discrimination vis-à-vis des enfants nés d’une relation adultérine : ces enfants (considérés jusqu’ici comme « enfants naturels » au même titre que ceux conçus hors mariage) n’avaient pas les mêmes droits que les enfants nés d’une liaison légitime (dits « enfants légitimes »). Ainsi les droits de l’enfant étant considérés comme n’ayant pas à tenir compte de la situation légale de ses parents géniteurs, le législateur français a donné les mêmes droits à tous les enfants, et supprimé depuis toute notion d’« enfant adultérin » dans le Code Civil, après l’ordonnance du 4 juillet 2005. Les droits de l’autre parent légitime se trouvent ainsi diminués à la succession du parent adultère.

  • Jusqu’en 1973 en Suisse, la collocation (concubinage : vivre dans le péché) est strictement interdite dans le canton de Zurich.

  • 1973  La mère peut, comme le père transmettre sa nationalité à son enfant légitime ou naturel.
  • 1974 – France :
    • La pilule est remboursée par la sécurité sociale. Les mineures peuvent l’obtenir gratuitement au centre de planification.
    • 20 décembre. Après de très houleux débats, vote par l’Assemblée de la loi Veil sur l’IVG par 277 voix contre 192.
  • 1975, 17 janvier : promulgation de la loi Veil autorisant l’interruption volontaire de grossesse  – IVG sous certaines conditions.

Loi de 1975 sur le divorce

  1. La loi soumet à un accord commun entre les époux le choix du domicile conjugal. La femme n’est plus obligée de vivre au domicile de son mari.
  2. La loi supprime également la possibilité laissée au mari de contrôler les correspondances de son épouse.
  3. L’adultère est dépénalisé.
    • Jusqu’à juillet 1975, l’adultère était considéré comme un délit en France, seul l’adultère de l’épouse était répréhensible, avec une punition pouvant aller jusqu’à deux ans de prison. Le mari avait le pouvoir de stopper cette condamnation en consentant à reprendre sa femme, à pardonner à la fautive sa faute.
  4. Réintroduction dans la loi du divorce par simple consentement mutuel.
  5. La rupture de la vie commune devient un cas de divorce, même sans le consentement de l’un des époux.
  • 1976 La mixité devient obligatoire pour tous les établissements scolaires publics
  • 1977 Création du congé parental d’éducation pour les femmes des entreprises de plus de 200 salariés.
  • 1980 Interdiction de licencier une femme enceinte,
  • 1980 Le congé maternité est porté à 16 semaines minimum (6 semaines avant et 10 semaines après l’accouchement) avec versement complet du salaire. À partir du troisième enfant, le congé maternité minimum est de 24 semaines.
  • Juridiquement parlant, en France, l’épouse ne sera l’égale du mari qu’en 1983 avec la suppression, dans le Code civil de toute mention au « bon père de la famille » et l’acquisition de droits égaux entre les époux en ce qui concerne la gestion de la communauté de biens (jusqu’alors une prérogative du mari).
  • 1984 Désormais, les parents ont la possibilité d’ajouter au nom patronymique de l’enfant le nom de son autre parent (en général celui de la mère).
  • 1985 Égalité des époux dans la gestion des biens de la famille et des enfants,
  • 1989 Loi du 10 juillet sur l’enfance maltraitée qui permet aux victimes de viols incestueux de porter plainte pendant dix ans à partir de la majorité.
  • 1990 Loi du 18 janvier autorisant, sous certaines conditions, la publicité pour les contraceptifs.
  • 1990 Arrêt de la Cour de cassation condamnant le viol entre époux.

  • 1994 Le nouveau code pénal reconnaît comme circonstances aggravantes les violences commises par un conjoint ou un concubin.
  • 1996 Les derniers couvents (de la Madeleine) pour mères célibataires ferment en Irlande.

  • 1999 Création du PACS (pacte civil de solidarité)
  • 2000 la pilule du lendemain en vente libre dans les pharmacies.
  • 2001 Loi concernant le choix du « patronyme » de son enfant : la matronymie est légalisée.

Légalisation de l’adultère : la fin du mariage, et donc du patriarcat

Dans sa substance, le mariage d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui du XIXe siècle. En 2002, il y a eu une vrai révolution: la notion de ”faute” (l’adultère) a été aboli comme motif dans le divorce. Ce qui veut dire qu’avant, celui (ou celle) qui commettait l’adultère perdait tous ses droits lors du divorce (pas de pension alimentaire). Aujourd’hui l’adultère n’est plus un motif de faute. L’état n’a plus à légiférer sur les pénétrations sexuelles licites et illicites. En contre-parti, le divorce peut être unilatéral : « je divorce de toi, même si toi tu ne veux pas, sans avoir à m’en justifier auprès du juge. ». Seul petit détail qui gênant: c’est celui qui demande le divorce qui paye les frais de Justice.

Une évolution globale du droit familial

En faisant ainsi, la France s’est alignée sur les pays de culture germano-scandinave (protestante) qui étaient sous ce régime depuis au moins une vingtaine d’années. En effet, en Allemagne, il y a bien une élue du parti CDU qui a proposé le mariage temporaire en CDD de 7 ans. Imagine-t-on chose semblable d’un élu UMP ?

  • 2004 – Janvier – Australie : Le Parlement australien se propose d’examiner une loi accordant un congé – maternité payé aux Australiennes salariées. Jusqu’à ce jour, il n’existait pas de congé – maternité en Australie.
  • 2006 Vote à l’unanimité d’une loi qui porte l’âge légal du mariage des femmes à 18 ans (au lieu de 15 ans) afin de lutter contre les mariages forcés. Cet âge est le même pour les 2 sexes. Les circonstances aggravantes en cas de violences s’appliquent également pour l’ex conjoint, concubin ou pacsé.

Evolution du droit des femmes dans le monde

  • 1829 – Inde : Le Sati Prevention Regulation Act interdit la pratique de la satî, le sacrifice des veuves qui se jettent dans le bûcher crématoire de leur époux. La satî (« vertueuse », fidèle jusque dans la mort), symbole du dévouement total de l’épouse à son mari, qui consiste pour la veuve à monter sur le bûcher du défunt et mourir brûlée vive. Cette réforme qui prétend mettre un terme à une pratique vieille de plus de 2000 ans provoque inévitablement de farouches résistances parmi les traditionalistes, même de nos jours.
  • 1870 – Inde : Rappel de l’interdiction d’infanticide des filles et obligation de déclarer chaque naissance.
  • 1891 – Inde : l’âge du mariage est porté à un minimum de 12 ans pour les filles.
  • 1929 – Inde : L’âge du mariage est porté à un minimum de 14 ans pour les filles.
  • 1900 – Égypte : les filles accèdent à l’école secondaire.
  • 1949 – Chine : Mao interdit la pratique traditionnelle des « petits pieds » qui mutilait les pieds des femmes. Cette tradition datait du xe siècle et était en nette perte de vitesse depuis le début du xxe siècle.
  • 1965 – Tunisie : Nouvelles réformes de la condition féminine en Tunisie : égalité des salaires, scolarisation obligatoire pour les filles et les garçons de 6 à 12 puis à 16 ans, interventions contre le port du voile. Ces réformes voulues par le président Habib Bourguiba malgré de fortes résistances des milieux traditionnalistes sont expliquées par un discours : « Il faut rendre la femme tunisienne à sa société pour qu’elle puisse jouer convenablement son rôle d’épouse, de mère et de citoyenne ; elle doit rattraper des siècles de retard pour vivre en femme du xxe siècle. ».
  • 1976 – Inde : La loi établit l’égalité des salaires entre hommes et femmes pour un travail égal.
  • 1979 – Iran : La Révolution islamique iranienne impose le port du voile aux femmes.
  • 1979 – Algérie : Les femmes algériennes sont interdites de sortie du territoire national si elles ne sont pas accompagnées d’un « tuteur » (père ou mari).
  • 1981 – Algérie 8 mars. Manifestation des femmes algériennes contre l’interdiction de sortie du territoire valable depuis 1979. Elles obtiennent gain de cause et cette mesure discriminatoire est levée. Septembre. Le gouvernement soumet au parlement un Code de la famille rédigé dans le plus grand secret. Texte et méthode sont rejetés par les femmes algériennes qui manifestent jusqu’au retrait du projet de loi en janvier 1982.
  • 1984 – Algérie : Adoption en force d’un Code de la famille insatisfaisant pour les femmes algériennes : maintien de la polygamie, répudiation possible et mariage avec tuteur matrimonial obligatoire pour la femme majeure.
  • 1993 – Tunisie : Réforme du Code du statut personnel : Le devoir d’obéissance au mari disparaît tandis que les époux divorcés sont parfaitement égaux en droit. L’adultère n’est plus considéré pour une circonstance atténuante en cas de tentative d’assassinat.

La situation actuelle des femmes et des enfants dans le monde

- La pauvreté : 70% des pauvres de la planète sont des femmes.
- L’éducation : 2/3 des 875 millions des cas d’analphabétisme dans le monde sont des femmes. Toutefois, dans certaines régions (Europe, Caraïbes, Amérique du Nord, Asie Orientale, Océanie), les taux d’alphabétisation sont quasiment équivalents entre hommes et femmes.
- La santé : Une femme meurt chaque minute dans le monde de complications liées à la grossesse ou à l’accouchement.
- Les conflits : Aujourd’hui, 90% des victimes dans les conflits sont des civils contre 10% il y a cent ans. Parmi ces civils, 75% sont des femmes et des enfants.
- Mutilations sexuelles et trafic de femmes et d’enfants :

  • Entre 85 et 114 millions de femmes et de fillettes sont victimes de mutilations par an (excision, infibulation, etc.).
  • 8 milliards de dollars seraient générés chaque année par le trafic de femmes et d’enfants.

Les 10 pires pays pour la condition des femmes et des enfants

  1. Afghanistan : La jeune fille afghane moyenne vivra à seulement 45 ans, un an de moins qu’un homme afghan. Après trois décennies de guerre, et la répression fondée sur la religion, un nombre impressionnant de femmes sont analphabètes. Plus de la moitié de toutes les épouses ont moins de 16 ans, et une femme meurt en couches chaque demi-heure. La violence domestique est si courante que 87 pour cent des femmes avouent faire l’expérience. Mais plus d’un million de veuves sont dans les rues, souvent forcées à se prostituer. L’Afghanistan est le seul pays dans lequel le taux de suicide des femmes est plus élevé que celui des hommes.
  2. République démocratique du Congo : Dans l’Est du Congo, une guerre qui a coûté plus de 3 millions de vies a éclaté à nouveau, avec les femmes sur la ligne de front. Les viols sont brutaux et systématiques. Beaucoup de victimes meurent, d’autres sont infectées par des MST, et d’autres sont seules pour s’occuper des enfants. La recherche de nourriture et d’eau expose les femmes à la violence encore plus. Sans argent, transports ou communications, elles n’ont aucun moyen d’évasion.
  3. Irak : L’invasion américaine pour «libérer» l’Irak de Saddam Hussein a emprisonné les femmes dans l’enfer de la violence islamiste qui vise les femmes et les jeunes filles. Le taux d’alphabétisation, autrefois le plus élevé dans le monde arabe, est maintenant parmi les plus bas, tandis que les familles craignent le risque d’enlèvement et de viol par l’envoi des filles à l’école. Les femmes restent alors à la maison pour travailler. Pendant ce temps, plus d’1 million de femmes ont été déplacées de leurs foyers, et des millions d’autres sont incapables de gagner assez à manger.
  4. Népal : Le mariage précoce et l’accouchement des femmes souffrant de malnutrition n’échappent pas au pays, et une femme sur 24 mourra durant sa grossesse ou l’accouchement. Les filles qui ne sont pas mariées peuvent être vendues à des trafiquants avant qu’elles n’atteignent l’adolescence. Les veuves font face à une violence extrême, et de la discrimination si elles sont étiquetés bokshi, ce qui signifie sorcières. Une guerre civile de faible niveau entre le gouvernement et les rebelles maoïstes a forcé les femmes paysannes dans les groupes de guérilla.
  5. Soudan : Alors que les femmes soudanaises ont fait des progrès en vertu des lois réformées, le sort de celle du Darfour, dans l’ouest du Soudan, s’est aggravé. L’enlèvement, le viol ou le déplacement forcé ont détruit plus de 1 million de vies de femmes depuis 2003. Les milices janjawids ont utilisé le viol systématique comme arme démographique, mais l’accès à la justice est presque impossible pour les femmes victimes de violence.
  6. Guatemala : Les femmes pauvres au milieu du Guatemala font face à la violence domestique, et le viol. Une épidémie macabres de meurtres non élucidés a laissé des centaines de femmes mortes, certaines de leurs corps laissés avec des messages de haine.
  7. Mali : Un des pays les plus pauvres du monde, peu de femmes échappent à la torture de la mutilation génitale (excision), beaucoup sont contraintes à des mariages précoces et forcés, et 1 femme sur 10 meurt pendant la grossesse ou l’accouchement.
  8. Pakistan : Dans les zones tribales frontalières, des femmes pakistanaises sont victimes de viols collectifs comme une punition pour les crimes des hommes. Mais les crimes d’honneur sont plus répandus (attaques à l’acide), et une nouvelle vague d’islamisme cible des femmes politiques, des défenseurs des droits humains et des avocats.
  9. Arabie Saoudite : Les femmes en Arabie saoudite sont traitées comme des personnes à charge à vie, sous la tutelle d’un parent de sexe masculin. Privés du droit de conduire une voiture, ou de croiser d’autres hommes en public, elles sont contraintes à la ségrégation sexuelle, sous peine de sanctions sévères.
  10. Somalie : Dans la capitale somalienne, Mogadiscio, une guerre civile brutale a exposé les femmes, qui étaient les piliers traditionnels de la famille, comme objet d’attaques. Dans une société qui est en faillite, les femmes sont exposées quotidiennement aux viols, à la pauvreté des soins de santé pour la grossesse, et à l’attaque par des bandes armées.

Les 10 meilleurs pays pour être une femme

Les mesures de bien-être comprennent l’espérance de vie, l’éducation, le pouvoir d’achat et le niveau de vie. Sans surprise, les 10 premiers pays sont parmi les plus riches du monde.

  1. Islande
  2. Norvège
  3. Australie
  4. Canada
  5. Irlande
  6. Suède
  7. Suisse
  8. Japon
  9. Pays-Bas
  10. France