Paris, ville-bordel. L’Etat, proxénète pour l’Elysée des mères-célibataires. La prostitution, soupape de sécurité de l’institution patriarcale du mariage.

Un endroit de détente ordinaire et naturel

En 1870, la police estime à 400 000 clients par jour la fréquentation des diverses maisons, ce qui équivaudrait à dire que le quart des hommes parisiens avait des relations avec les prostituées. La maison close du XIXème siècle « était un endroit de détente aussi ordinaire et naturel qu’un autre ». Elle est partie intégrante de la vie sociale, les hommes d’affaires respectables ou les jeunes gens s’y rencontrent habituellement et sans devoir se cacher. Les étudiants et lycéens ont pris l’habitude de s’y rendre, et ils les monopolisent les jeudis après-midi et pendant les vacances scolaires. Les hommes mariés formaient la majorité de la clientèle. Cette sexualité hors mariage était tolérée parce qu’elle permettait d’éviter l’adultère et la fornication, et donc, des enfants illégitimes. Les enfants de prostituées, n’ayant pas de père, n’existaient pas aux yeux de la société.

Enterrement de vie de jeune garçon

Il était courant de voir un papa emmener son fiston pour la première fois visiter les dames, un peu avant son mariage, pour savoir comment dépuceler sa vierge promise. La maquerelle comprenant la situation, désignait une jeune femme douce, qui saura prendre en main le jeune homme afin de le « guider », pendant que papa attends au rez-de-chaussée en buvant un verre.

Une ville-bordel

Paris à la Libération, ne comptait pas moins de 195 Maisons Closes. À Paris, ils sont environ 177 établissements officiels, sous le contrôle de la police et des médecins, au milieu du siècle, mais seulement une soixantaine à la fin, par suite de la multiplication des bordels clandestins qui comptent alors 15 000 prostituées. De 1870 à 1900 environ, il y a 155 000 femmes officiellement déclarées comme prostituées, mais la police en a arrêté pendant la même période 725 000 autres pour prostitution clandestine. C’est-à-dire 880 000 prostituées recensées à Paris en 30 ans, soit environ 30 000 par an. Il y aurait seulement entre 18 000 et 20 000 prostituées aujourd’hui… dans toute la France, et seulement 1050 à Paris ! À côté de ces maisons existent des brasseries qui sont des cafés à serveuses « montantes » : 115 à Paris dans les mêmes années. Sans compter les parfumeries, ou les instituts de bains et de massage.

Une palette de services pour tous les goûts

Il faut bien dire qu’aux grandes heures des Maisons Closes, c’est à dire la période des années 1870 à 1946, le marché est important et que ces lieux de plaisirs proposent une palette de services correspondant à tous les goûts, de l’établissement raffiné « haut de gamme », ciblant les riches touristes et la bourgeoisie, aux tôles les plus crasseuses. Certaines maisons closes étaient très prestigieuses et presque dangereuses comme le Moulin Galant à Paris, ou encore le Panier fleuri, où les passes étaient minutées. Il y avait aussi des claques de seconde catégorie comme la Maison Tellier et ses clients notables et ecclésiastiques et enfin des établissements de luxe, le Chabanais ou le One Two Two, où filles et consommateurs étaient triés sur le volet. Rue Saint Sulpice, dans le VI ème arrondissement, il existait deux maisons qui attiraient une clientèle cléricale.

Les recruteurs, des charmeurs de filles perdues

Les placeurs (ou placeuses) s’occupaient du recrutement des maisons closes. Ils parcouraient les petites pensions de province et les hôpitaux (notamment le service des maladies vénériennes) et charmaient des femmes en leur promettant une bonne place et de l’argent. Les femmes ainsi placées dans des pensions parisiennes ou de grandes villes (Rouen, Bordeaux, Reims, etc.), les placeurs recevaient un dû assez conséquent (cinquante francs) au début du XXe siècle.

La prostitution des mères célibataires

Les filles sont recrutées parmi les jeunes femmes venues travailler en ville, et marginalisées par le chômage ou les grossesses hors mariage (filles-mères). Elles y entraient par besoin (notamment les filles mères) ou parce que ne sachant rien faire d’autre. En effet, à cette époque peu de femmes pouvaient occuper un réel emploi contrairement aux hommes. Les filles mères connaissaient une double peine car elles étaient aussi le plus souvent rejetées de la société. La prostitution forcée des mères célibataires existent encore dans de nombreuses régions du globe comme en Inde, au Cambodge ou en Thaïlande.

Des maisons d’esclavage : plus de 70 passes par jour

Les femmes de ces maisons de plaisir pour les hommes, mais souvent des maisons d’esclavage de ses femmes parfois entrées contre leur gré et avec un très maigre salaire, n’ont pas droit aux pourboires, sauf exception, avec les clients « habitués ». Les filles étaient contraintes à pratiquer plus de 70 passes par jour au minimum, sans hygiène et sans intimité. Certains bordels de luxe limitent les passes à 3 par jour, et 2 le dimanche.

L’Etat proxénète

Au XIVème – XVème siècle, l’église prend en charge ces âmes perdues (encadrées généralement par une abbesse). L’Église a dès lors besoin des prostituées. Les affaires de ces commerces étaient florissantes. L’Etat, et notamment le fisc profitait de ce commerce en prélevant 50 à 60 pour cent sur les bénéfices. Tout au long du XIXe siècle, les préfets délivrent des « certificats de tolérance » aux tenancières de ces maisons (les mères maquerelles, les hommes n’ayant pas le droit d’être patron de ce type d’établissements), les maisons closes prennent alors le nom de « maison de tolérance ».

Un protocole de l’Élysée

Hitler ayant fermé les bordels du Reich, l’occupant trouvait en Paris un havre de sensualité. A Paris, les maisons respectaient l’ordre social: la plus huppée de toutes, le Chabanais, fondé en 1878, était située dans la rue du même nom, près de la Bibliothèque nationale. Réservée au gotha international, elle faisait partie des rendez-vous du Paris by night qu’organisait le service protocole de l’Élysée pour les chefs d’Etat en visite officielle. Le protocole préservait tout de même les apparences et la discrétion sur les visites de ces établissements par les grands de ce monde, en utilisant un nom de code dans les agendas officiels des ambassadeurs et hommes politiques : il était inscrit officiellement « Visite au président du Senat ».

Les ballets roses et bleus, bordels pédophiles pour hauts fonctionnaires

Cette expression de « ballets roses » est inventée par le journaliste Georges Gherra de France Soir à l’occasion de l’affaire française pour désigner des orgies sexuelles organisées par des adultes aux dépens de jeunes filles. Elle a pour origine les danseuses qui étaient « protégées » par des personnalités qui parfois les regroupaient en ballets intimes pour des fêtes sexuelles. Par extension, l’expression de « ballets bleus » désigne ces réunions clandestines aux dépens de jeunes garçons.

L’affaire dite des « ballets roses » est une affaire de mœurs qui défraya la chronique en France en 1959. L’affaire débuta avec la parution dans le quotidien Le Monde daté du 10 janvier 1959, d’une brève informant de la mise sous mandat de dépôt, quelques semaines auparavant, d’un policier accusé de détournement de mineures. Le 23 janvier, l’hebdomadaire politique Aux écoutes du monde étoffa l’information avec un écho intitulé « la “petite folie” du Butard » : le policier aurait avoué avoir organisé des parties fines entre des personnalités et des mineures en divers endroits de la région parisienne, dont le Pavillon du Butard. Or, ce pavillon de chasse situé tout près de Paris, dans la forêt de Fausses-Reposes, était alors mis à la disposition du président de l’Assemblée nationale.

Pendant trois ans, des jeunes filles auraient été piégées en leur proposant de rencontrer des hommes qui pourraient, grâce à leurs relations, favoriser leur carrière artistique. La plus jeune aurait eu 14 ans et les plus âgées 20 ans selon certaines sources, 12 et 18 ans selon d’autres, alors que la majorité civile était à 21 ans et la majorité sexuelle à 15 ans. Fournies en alcool et en marijuana, elles exécutaient pour un public d’amateurs des spectacles érotiques. Persuadées de favoriser la carrière de leurs filles, certaines mères auraient été consentantes. De nombreuses rumeurs entourèrent cette affaire, qui allèrent d’une participation plus active des notables aux chorégraphies jusqu’à des orgies sado-masochistes organisées dans le Palais Bourbon. Aujourd’hui encore, l’expression « ballets roses » renvoie communément à des pratiques encore plus criminelles et mettant en scène des viols (dans le sens commun du terme), voire des meurtres.

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En Belgique, l’affaire des ballets roses, aussi connue sous le nom d’affaire Pinon, est une rumeur qui circule depuis le début des années 1980. Cette rumeur veut que des hauts fonctionnaires, des ministres, des gendarmes et même le roi Albert II aient participé à des partouzes dans lesquelles des mineures auraient été impliquées. Lors de l’affaire Dutroux, le procureur Michel Bourlet a envisagé l’existence de ce complot pédophile, mais, faute d’éléments probants, il a abandonné cette piste. Depuis cette époque, l’affaire des ballets roses est systématiquement liée à l’affaire Dutroux.

Un pan de civilisation occidentale qui s’écroule

Mais le 13 avril 1946, Marthe Richard, ayant elle même exercé la prostitution (plus de 50 passes par jour) jusqu’à ce qu’elle se fasse épouser par un client (elle avait 16 ans), obtenait la fermeture de toutes les « maisons de tolérance ». Et d’un coup, 1150 filles, dites « de joie », mises sur le trottoir. Tout un pan de la civilisation occidentale s’écroulait. Cette loi abolissait en France, le bordel légal, encadré par la police et soumis aux contrôles sanitaires. Un an auparavant, 1 500 maisons closes étaient encore répertoriées en France dont 177 à Paris. Elle met fin à un système datant de 1804 qui donnait une existence légale aux maisons de débauche, cachant les prostituées derrière des portes closes pour préserver la morale, à l’ère de la bourgeoisie triomphante.

Origine de la prostitution : L’origine de la prostitution est l’instauration du mariage, “morale et débauche sont la face et le revers de la même médaille”. Le patriarcat est avant tout la chosification du corps de la femme. La raréfaction de la sexualité est propice au développement d’une contrebande du sexe.

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