Le matriarcat des veuves de la Renaissance : sans tutelle du père ni du mari, de mère en fille

LA RENAISSANCE DU DROIT ROMAIN

La renaissance du droit romain en Occident fait reculer les droits des femmes dans tous les domaines. Progressivement, mais inéluctablement, les femmes se sont vu exclure de la sphère politique et publique. Même à la Renaissance, lorsque certaines d’entre elles exercent encore un pouvoir réel, quoique de plus en plus contesté. La ré-instauration du droit romain en Europe restreint considérablement les droits des femmes qui redeviennent de véritables mineures. En France, au XVIe siècle, la femme mariée devient juridiquement incapable. Le droit romain s’impose aussi au sein de l’église catholique. La misogynie des traités de théologie morale des XIVe siècle et XVe siècle est féroce ; la persécution contre les « sorcières » fait des dizaines de milliers de victimes. Selon cette théologie, les vierges sont supérieures aux veuves et aux femmes mariées. Les femmes sont interdites de chant dans les églises. Les bains, lieux de « débauche », sont proscrits car l’eau transmettrait des « miasmes » à travers les pores de la peau. La ceinture de chasteté permet de prévenir la fornication et l’adultère, ainsi que la masturbation; car le plaisir féminin est la porte ouverte à la sexualité extra-conjugale.

La courtisane (film), prostituée de luxe, par amour, contre le mariage

Veuves de mère en fille au XVIe siècle : le cas du clan de Guise

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La puissance du clan par les femmes

Je délaisserai ici la famille royale pour m’intéresser aux trois premières générations d’une Maison qu’on appelle depuis longtemps, et avec quelque raison, le clan Guise. On y observe en effet une superbe lignée de veuves de mère en fille, ou de mère en belle-fille, ou de parente en fille « nourrie », qui est vraisemblablement à la base de la puissance non seulement des femmes du clan mais du clan lui-même. Ce sont elles en effet qui en ont assuré la permanence, alors que les hommes étaient fauchés en pleine maturité, comme le montre un simple calcul : les trois premiers ducs de Guise ont vécu en moyenne quarante cinq ans, et leurs épouses quatre-vingt-trois. Ajoutons qu’ à elles seules elles ont mis au monde trente-deux enfants, dont dix-sept se sont mariés, ce qui fait une descendance impressionnante,et qui impressionna les contemporains eux-mêmes, pour lesquels les Guises étaient une famille où les femmes étaient incontournables, voire dominantes.

Couvent et sorcellerie pour les veuves libérées

Les veuves peuvent donc facilement échapper à la tutelle des hommes, surtout quand elles n’ont pas de fils, ou quand celui-ci est sous sa coupe. Une femme riche, émancipée, est donc sexuellement indépendante, et a les moyens de transmettre librement ses biens. Ce matriarcat est une menace pour l’ordre patriarcal. C’est pourquoi tous les prétextes sont bons pour les envoyer sur les bûchers de l’Inquisition, ou les enfermer au couvent. En Inde, elles sont immolées vives sur le bûcher funéraire de leur mari, la Satî, sous la pression de leur belle-famille, y voyant une rivale qui s’accapare les biens du défunt, et prétextant une responsabilité karmique dans ce malheur.