Jeux Olympiques : origines nazi, prométhéenne, et matriarcale. Des jeux d’Héra aux jeux d’Héraclès

Les prêtresses du feu

La flamme olympique (en grec : Ολυμπιακή Φλόγα / Olympiakí Flóga), encore appelée torche olympique, est un symbole de l’idéal olympique. Elle fait partie du cérémonial des Jeux olympiques. La flamme est allumée au cours d’une cérémonie par des femmes vêtues de tuniques similaires à celles portées par les Grecs de l’Antiquité. La cérémonie se déroule à Olympie, en Grèce, à l’aide de rayons du soleil concentrés par un miroir parabolique. La flamme sacrée est communiquée à une torche qui est portée, si possible à pied, vers la ville organisatrice des jeux. La grande prêtresse remet elle-même le flambeau au premier relayeur.

L’actrice grecque Ino Menegaki incarnait la grande prêtresse des Jeux de l’antiquité, le 10 mai 2012.

A la gloire du National Socialisme Allemand

La flamme olympique a brûlé pour la première fois le 28 juillet 1928 lors des Jeux olympiques d’été de 1928, à Amsterdam. Il n’y avait pas encore de relais pour porter la torche. Sur une idée de Carl Diem, retenue par Joseph Goebbels (responsable de la propagande nazie), le premier relais avec la torche a eu lieu lors des Jeux olympiques d’été de 1936 à Berlin. Ce fait historique entraîne occasionnellement des controverses sur le bien fondé de cette pratique, car elle fut décidée à l’origine pour participer à la glorification du Troisième Reich.

Le drapeau olympique : les cycles de Vénus

Les Jeux Olympiques ont lieu tous les 4 ans car les dates sont calculées selon les cycles de Vénus et de Neptune, mais principalement de Vénus. C’est ce que représente le drapeau Olympien. Au temps de Babylone, Vénus était symbolisée par le pentagramme d’ Ishtar, la déesse de l’amour et de la guerre. Elle était « étoile du matin » et « étoile du soir ». Vénus n’est visible qu’au coucher du soleil devenant à ce moment l’Étoile du Soir, Hespéros, Aphrodite. Ensuite elle est totalement invisible pendant 14 jours avant de réapparaître comme Étoile du Matin ou Phosphoros, Étoile de l’Est ou encore  » Lucifer » (étoile du Messie).

Historiquement, au cours du siècle dernier, chaque année bissextile le soleil et Vénus se réunissent en Juin, en alternance avec le passage de Vénus devant le soleil (conjonction inférieure) et de Vénus passant derrière le soleil (conjonction supérieure), l’origine des étoiles du matin et du soir. Comme le matin et le soir s’alternent dans le cycle, nous avons 5 conjonctions tous les 4 ans le matin et le soir avec les étoiles en alternance dans la même partie du ciel à chaque cycle. Les cinq conjonctions de Vénus, 3 le matin et le soir, 2 étoiles, et vice versa, servirent de modèle pour les 5 anneaux olympiques, les jeux étant tous les 4 ans.

Le culte préhistorique du feu : le foyer de la famille et de la cité

Extrait de « Recherches sur l’origine et l’évolution des idées de justice, du bien, de l’âme et de dieu », 1909, de Paul Lafargue : Le Mythe de Prométhée

Le feu est une des premières inventions de la sauvagerie : son usage, bien mieux que l’emploi du caillou et de la branche d’arbre, comme armes et outils, distingue l’homme du singe. Son utilité impressionne si vivement l’imagination de l’homme primitif que, dès qu’il s’organise en tribus, clans et familles matriarcales et patriarcales, il lui rend un culte, qui, en Grèce et en Italie persiste jusqu’au christianisme et qui suivit dans le catholicisme : les cierges qu’on allume sur les autels et les lumières qu’on entretient jour et nuit devant des images saintes sont les restes de ce culte sauvage.

La conservation du feu, long et pénible à obtenir par frottement, incombe aux femmes des peuplades sauvages ; lorsque la horde change de campement, elles transportent dans des écorces les tisons, enfouis sous la cendre : de nos jours les bergers de Sicile, pour avoir toujours du feu, ont un morceau allumé de férule, plante de la famille des ombellifères, dont la moelle prend feu aisément, et le conserve sous la cendre ; c’est précisément dans une tige de férule, narthex, que Prométhée, d’après Hésiode et Eschyle, cacha le tison dérobé à l’Olympe. Le vestibule des basiliques de l’Église primitive portait le nom de narthex, probablement en souvenir du rôle joué par la plante pour la conservation du feu dans les temps préhistoriques de l’Hellade.

Une déesse, Hestia, dont le nom signifie foyer et par extension, maison, demeure, et qui correspond à la Vesta des Romains, axait chez les Grecs la garde du feu sacré de chaque famille et de chaque cité : elle recevait les prémices de tous les sacrifices et dans les festins la première libation était faite en son honneur. Son autel à Delphes était l’objet d’une singulière vénération ; il était le « foyer commun » de la Grèce, on y venait chercher un tison pour rallumer le feu des temples quand il venait à s’éteindre. Dans les sanctuaires qu’elle partageait avec Zeus et d’autres dieux, c’était toujours à elle qu’on faisait d’abord hommage des offrandes et des holocaustes, comme à la divinité la plus antique et la plus vénérée ; et à Olympie, lors des jeux, le premier sacrifice qu’offrait la Grèce assemblée était pour Hestia, le second pour Zeus (Pausanias, V. 14). Hestia resta vierge ; il est vrai, avec la permission de Zeus, devenu le chef de la famille Olympienne. Callimaque, dans l’Hymne à Artémis, dit que cette déesse obtint semblable autorisation, ainsi que les nymphes qui l’accompagnaient. Rester vierge, dans les temps préhistoriques, ne signifie pas faire vœu de virginité et de chasteté, mais refuser de se soumettre au joug du mariage patriarcal, que Zeus avait intronisé dans l’Olympe. Les femmes qui, sur terre, n’acceptaient pas la coutume patriarcale conservaient le nom de vierges, quoique mère de nombreux enfants. Eschyle appelle les Amazones des vierges (Prom., v. 418) ; la langue grecque reproduit cette idée pré-patriarcale, quand elle dit que l’enfant d’une jeune fille non mariée est fils de vierge, Παρθενίας.

Les sauvages errants se groupent autour du feu pour manger et dormir ; quand ils cessent d’être nomades et qu’ils construisent des demeures, celles-ci sont communes et logent tout le clan : le foyer, situé au milieu de la maison, devient le centre du clan, qui n’a qu’une demeure et qu’un foyer, tant que durent les mœurs communistes.

Les Grecs plaçaient le foyer commun de la cité, c’est-à-dire l’autel de Hestia dans le Prytanée, qui en souvenir des demeures primitives, était circulaire, ainsi que le temple de Vesta à Rome. Le Prytanée devint par la suite le siège des pouvoirs publics et des tribunaux, le lieu de réception des hôtes et des ambassadeurs. Il était situé à Athènes près de l’Agora, au pied de l’Acropole ; primitivement, il était à son sommet, sur lequel campait la tribu sauvage.

Un feu perpétuel était entretenu sur son autel ; il était le foyer de la cité, έστία πολεως, disaient les Grecs, focus ou penetrale urbis, disaient les Latins : d’après Tite-Live ils croyaient que le destin de Rome était attaché à ce foyer. Le soir on couvrait de cendres le feu, que l’on ravivait le matin avec des branchages d’espèces spéciales, car il ne devait pas être alimenté avec toutes sortes de bois : s’il venait à s’éteindre, il ne pouvait être rallumé que par le procédé sauvage, par le frottement de deux morceaux de bois. Nul, s’il n’était citoyen, ne pouvait assister aux sacrifices faits sur l’autel du foyer de la cité ; le seul regard de l’étranger souillait l’acte religieux : si l’ennemi s’était emparé d’une ville et que les citoyens vinssent à la reprendre, il fallait avant toute chose purifier les temples : tous les foyers des familles et de la cité étaient éteints et rallumés ; le contact de l’étranger les avait profanés. Quand le clan cesse de vivre en communauté et qu’il se segmente en familles privées, chaque famille se construit une maison et allume un foyer avec un tison pris au foyer de la maison commune ; ce feu était religieusement entretenu ; lorsqu’il cessait de brûler, c’est que la famille avait péri tout entière : foyer teint et famille teinte étaient synonymes chez les Grecs.

Dans les temps historiques, les émigrants, qui s’en allaient fonder une colonie, emportaient un tison du prytanée de la cité qu’ils abandonnaient afin d’allumer le foyer de la ville qu’ils devaient créer ; si le feu de ce nouveau prytanée s’éteignait, il n’était pas permis de le rallumer ; il fallait retourner chercher un tison au foyer de la métropole, qui était la source du feu sacré des familles et des colonies. Une armée entrant en campagne prenait un tison du feu sacré que le pyrophore portait à sa tête : sa fonction lui donnait un caractère sacré ; le vainqueur l’épargnait.

Le feu sacré du prytanée était la source de l’autorité ; prytane est synonyme de chef, magistrat, roi : à Milet, à Corinthe et dans tous les États grecs, les prytanes étaient les premiers magistrats de la cité ; à Athènes, ils étaient les cinquante sénateurs, élus par les dix tribus, qui, à tour de rôle présidaient le sénat et les assemblées populaires et veillaient à l’exécution des décrets.

La famille olympienne, ainsi que les cités et les familles humaines, avait son foyer, qui était « la source du feu ». Pindare appelle Zeus « le prytane du tonnerre et des éclairs » et Eschyle « le prytane des bienheureux » (Prom., v. 173). Le feu que Prométhée ravit à « la source du feu » (ib., v. 109-110) n’est pas le feu ordinaire que connaissaient les mortels, mais un tison de ce feu sacré que Zeus refusait de communiquer aux « hommes mortels » (Théog., v. 564), sans lequel on n’avait pas le droit d’allumer un foyer familial.

LES PREMIERS AGES DES JEUX OLYMPIQUES

Des jeux d’Héra aux jeux d’Héraclès – par Sisto Favre

Les Jeux Olympiques, croit-on, existèrent pendant des millénaires, sous un autre nom et sans doute sous une forme barbare. Dans les premiers âges historiques, nous savons que la cérémonie d’ouverture était précédée, la veille, par des Jeux offerts à Héra, épouse de Zeus et tyran de l’époque matriarcale. Les Jeux d’Héra étaient organisés par les prêtresses de la déesse de la maternité. Les vierges du temple y participaient. Ce concours se déroulait entre jeunes filles d’âges différents, selon un « handicap » qui accordait le maximum d’avantages à la plus âgée et ainsi de suite decrescendo jusqu’à la plus jeune, qui partait au start.

On suppose que ce concours, dont la lauréate obtenait la charge enviée de prêtresse du temple de la déesse, exigeait un régime et un entraînement spécifiquement athlétiques, ce d’autant plus que les vierges concurrentes faisaient partie d’un corps de ballet sacré et de la garnison des Amazones. La parfaite statuaire de l’Age d’Or nous transmet l’image de la morphologie déjà superbement épanouie aux millénaires néolithiques et qui fut continuée au cours des générations de lignée matriarcale grâce à l’éducation physique étudiée pratiquée dans tous les centres religieux majeurs ou mineurs.

Par la suite, les Jeux d’Héra furent disputés quinze jours avant et quinze jours après la célébration des Jeux Olympiques proprement dits. Les concurrents des deux sexes étaient séparés.

HISTOIRE

Ainsi apparut la véritable révolution qui devait marquer peu à peu, dans la région asio-hellénique, la fin du régime matriarcal et l’aube du temps patriarcal, c’est-à-dire l’accès de l’homme au despotisme sur la famille, le clan, la tribu, la cité-état, son ascension de victime sacrifiée à la position de roi sacré, de condottiere et de guerrier.

Les Jeux Olympiques, dont Héraclès fut proclamé patron, ont une date de fondation officielle, 776 avant J.-C., mais nous avons vu que des Jeux identiques étaient célébrés aux âges les plus reculés.

Sous le sceptre de Zeus, qui mit fin au matriarcat absolu d’Héra, demeurée cependant sa querelleuse épouse, les Jeux consacrèrent, par la législation d’lphitos, la supériorité virile héracléenne. Dès lors, ils furent exclusivement réservés aux hommes — si l’on excepte les joutes préalables consacrées à Héra. Leurs programmes s’amplifièrent, leurs récompenses ne furent plus des trônes, mais des prix.

II est extrêmement important d’étudier la raison pour laquelle les Jeux Olympiques se disputèrent tous les quatre ans. La cause en est lointaine et profonde. On sait que la période matriarcale et amazonienne vit la maîtresse souveraine du clan, c’est-à-dire la reine et grande-prêtresse, changer d’époux-roi toutes les 49 ou 50 lunes. Elle-même avait accès à cette charge souveraine en tant que vainqueur de la rituelle course féminine et même parfois de la lutte. Elle se choisissait donc pour compagnon (pàredro) le vainqueur des compétitions masculines. Elle demeurait souveraine jusqu’à sa mort naturelle. Cependant, tous les quatre ans, c’est-à-dire toutes les 49 ou 50 lunes, les hommes disputaient une course dont le vainqueur prenait la place du roi sortant. Le monarque évincé, au fond des âges, était immolé sur l’autel de la grande déesse ; par la suite, une chance lui fut laissée : du haut d’un rocher, on
le précipitait dans la mer, en le dotant d’une sorte de parachute. Plus tard encore, son immolation ne fut plus que symbolique.

Mais pourquoi donc ce roi ne régnait-il que 49 à 50 mois, c’est-à-dire pendant quatre ans ? II est à supposer que l’on retenait — non sans raison — que l’apogée de la parabole virile et athlétique ne dépassait pas cette période, qui d’ailleurs était prorogée pour autant que le roi sortant fût capable de triompher dans une nouvelle épreuve.

Le cas d’Héraclès reste typique. Lorsqu’il eut chassé le lion de Némée, il courtisa les 50 filles de Thespios. II en reçut 51 enfants et, prudemment, dans la force de ses dix-huit printemps, après avoir étouffé le terrible fauve, il se changea en oiseau des bois, libre d’épuisantes besognes, non sans avoir apporté toutefois la démonstration de la vertu génératrice du mâle. Par la suite, les Jeux Olympiques prouvèrent que bien souvent l’apogée athlético-agonistique, et vraisemblablement viril, pouvait se maintenir pendant plusieurs olympiades. Les palmarès des Jeux, jusqu’à la vingtième olympiade (700 av. J.-C.) sont incomplets et nous ne trouvons pas
de répétitions nominatives. Seul le nom de Sparte revient trois fois. Cependant, à la vingt et unième (696 av. J.-C.) et vingt-deuxième olympiade (692 av. J.-C.), on retrouve le nom de Pantaclès, vainqueur de la course des 280 mètres, qui constituait le tour entier du stade.

Ainsi s’instaura le temps des champions aux victoires répétées, en même temps que s’estompait le souvenir de l’origine des Jeux Olympiques et de leur quadriennal intervalle.