Méduse, déesse-mère de Libye, déchue par Athéna, la vierge sans mère, fille de Zeus

« Les premières gorgones grecques ne sont pas des symboles terrifiants… elles sont représentées avec des ailes d’abeilles et des serpents en guise d’antennes et sont décorées d’un motif en nid-d’abeilles, autant de symboles manifestes de la régénération. » Marija Gimbutas, op.cit.

Une divinité pré-olympienne le l’ère matriarcale

L’appartenance de Méduse aux divinités pré-olympiennes semble indiquer que ce mythe a un substrat très ancien. Selon Joseph Campbell, les lieux de culte à la déesse mère et aux divinités féminines auraient été remplacés par un nouveau panthéon lors de l’arrivée en Grèce des envahisseurs. Les divers états du mythe reflèteraient ainsi le passage d’une société matriarcale à une société patriarcale.

Synopsis

Méduse est une figure assimilable à la déesse-mère de Libye (berbères matriarcaux) qui a été transformée en créature monstrueuse dans la mythologie grecque. Hésiode raconte, dans sa Théogonie, qu’au départ, c’est une très belle jeune fille convoitée par Poséidon. Un beau jour, Athéna spolie son temple en l’accusant d’avoir forniqué dans le sien. Elle la transforme en femme-serpent. Ensuite, Athéna charge le prince Persée de lui ramener sa tête, qu’elle exhibera désormais en trophée de guerre sur son bouclier.

Interprétation

Méduse était une très belle déesse de Libye (nom de l’Afrique du nord par les grecs). Elle faisait partie du peuple des Gorgones. Elles étaient au nombre de trois, et elles étaient les filles des divinités marines Phorcys et Céto. Il paraît certain que ces divinités marines furent, à l’origine, les divinités tutélaires des diverses tribus matriarcales qui vivaient autour ou au cœur des îles de la Méditerranée.

Athéna spolia son temple, et la calomnia afin de donner un prétexte à son bannissement et à sa mise à mort.  »séduite » (violée) par Poséidon, elle aurait été surprise par Athéna qui la changea en femme serpent, dont la laideur pétrifiait quiconque croisait son regard. Athéna envoya ensuite le prince Persée la décapiter afin de lui apporter sa tête, qu’elle accrocha ensuite à son bouclier comme trophée de victoire.

Une version historique

Pausanias livre une version historicisante du mythe. Pour lui, Méduse est une reine qui, après la mort de son père, a repris elle-même le sceptre, gouvernant ses sujets, près du lac Tritonide, en Libye. Elle a été tuée pendant la nuit au cours d’une campagne contre Persée, un prince péloponnésien. Sur les premières représentations (VIIème siècle avant JC), Méduse apparaît comme un centaure femelle. Les centaures, qui toujours s’opposèrent aux mariages (forcés) des anciennes déesses, furent probablement un peuple matriarcal de cavaliers, dont l’animal totémique était le cheval.

Le visage de l’autorité est féminin

Se basant sur une analyse du texte homérique et des données archéologiques, Thalia Feldman fait l’hypothèse que la quête de Persée et la décapitation de Méduse seraient d’origine post-homérique. En revanche, le thème d’une tête sans corps, le gorgonéion, serait très ancien, comme le montre notamment une terre cuite d’époque archaïque trouvée sous le Parthénon (voir galerie). Ce motif aurait sa source dans la nécessité pour l’être humain d’exorciser ses peurs, notamment en les représentant sous la forme d’un masque grimaçant, d’une figure de terreur. Le gorgonéion serait donc à l’origine un croquemitaine. Le fait que le gorgonéion soit une tête de femme semble indiquer qu’il est le résidu d’un état de société matriarcal, les figures terrorisantes étant naturellement associées au genre qui détient l’autorité.

Du masque au corps, le changement du statut des femmes

Le mythe de Méduse s’est donc construit sur le thème d’un visage hirsute et animal, doué d’un regard qui avait le pouvoir de transformer l’homme en pierre, de le castrer. À la suite de changements de société et de structure familiale, entre le VIIIe siècle et le VIe siècle, le mythe a évolué, donnant à ce masque un corps de femme et imaginant un héros capable de la décapiter. Une image complète de Méduse apparaît pour la première fois sur le fronton du temple d’Artémis à Corcyre, érigé en -580. Elle y est représentée avec tous ses attributs : serpents entrelacés sur la poitrine, bouche grimaçante, langue pendante, yeux protubérants, ailes dans le dos.

L’interdit de contempler le divin

Pour Susan Bowers (1990), le mythe de Méduse présente une image pervertie d’une déesse qui était honorée dans la culture matriarcale. S’appuyant sur les pages que Sartre a consacrées au thème du regard et à la façon dont celui-ci détermine le rapport à autrui, Bowers suggère que la culture patriarcale a fait de Méduse – et par extension de toutes les femmes – l’objet du regard masculin afin d’éviter que les hommes ne soient eux-mêmes objectifiés par le regard de Méduse. L’interdit de regarder Méduse serait lié à l’interdit de contempler le divin. Quant au masque de Méduse, il serait une expression symbolique de la rage des femmes ou de la femme en situation de pouvoir.