Les fondations matriarcales de la Grande Bretagne : du peuple des mégalithes aux chevaliers de la table ronde

Les Mythes (pré-)celtiques et christianisés dans la littérature médiévale.

Textes de Françoise Vandenberghe, diplômée en Histoire et Géographie : Licence, Maîtrise, DEA à Paris IV la Sorbonne, DESS d’Ingénierie de la Formation/chef de projet multimédia à Jussieu.

A la recherche de Merlin l’Enchanteur et de sa sœur Niniane ou Viviane ou Diane, en gallois Gwyddyon la voyante, la savante, la Divinité des Forêts et des Sources, des Animaux Sauvages, et la Divinité Solaire.

Partie 1 : les Origines.

Une longue période de bouleversements

Des Romans de la Table Ronde, on connaît des personnages tels que l’enchanteur Merlin, la fée Viviane, le beau Lancelot du Lac, l’imposant roi Arthur et la quête du Graal. En réalité, ces récits mythiques s’étalent sur une très longue période et les bouleversements de mode de vie y sont nombreux. Il s’agit donc de décrypter les mondes féériques qui appartiennent aux Univers Matriarcaux précédant les invasions indo-européennes (celtiques) puis romaines, puis barbares (les Saxons et les Angles). La Christianisation remet ces légendes à l’ordre du jour en quelque sorte, bien qu’apportant des éléments aussi bien cruels que naïfs et surtout dogmatiques. A partir du Xè siècle et jusqu’au XVè siècle, les moines et les clercs recopient et interprètent des textes très anciens, écrivent des traditions orales en les modifiant, y incluent leur société féodale pleine de pères, de chevaliers et de guerres… A nous de trier le bon grain de l’ivraie.

Les terres extrêmes préservées des Saxons

Ainsi, plongeons nous dans le grand Mythe Celtique, qui est aussi important que le Mahabharata indien, la Bible hébraïque, le Gilgamesh assyro-babylonien, l’Odyssée grecque, les Eddas scandinaves, le Kalevala finlandais, etc., pour y décrypter les reliquats bien cachés des civilisations matriarcales (sans père ni mari, seulement des frères et sœurs qui vivent tous ensembles sous le toit de la Grande Mère et de Son Serpent).

Le cœur le plus pur du Mythe vient des traditions orales rapportées des terres bretonnes préservées des invasions saxonnes : le Cornwall, le Devon, le Somerset, le Pays de Galles, (donc les deux pointes extrêmes sud-ouest de l’Ile, à l’opposé des invasions saxonnes), mais aussi plus au Nord, Carlisle et la région de Glasgow. Grâce à Chrétien de Troyes, la Bretagne Armoricaine apporte son lot de légendes.

Une vaste bibliographie ancienne

Historia Regum Britanniae StonehengeÉtudions les Actes de Pilate dit « évangile apocryphe de Nicodème » (écrit en grec au IVè siècle et traduit en latin aux VIè siècle), les récits de Nennius dans son Historia Brittonum (Xè siècle), les Annales de Cambrie du Xè siècle, le barde Aneurin dans son manuscrit du XIè siècle (le Gododin, dont les archaïsmes remontent au VIè siècle), la Vita Merlini et l’Historia Regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth (vers 1135), l’œuvre galloise Kulhwch et Olwen (manuscrit du XIIè siècle, mais transcription d’un original du IXè siècle et peut-être du VIIè siècle, plongeant directement dans le merveilleux de la mythologie celtique), les sculptures de l’an 1100 de la cathédrale de Modène en Italie,

le Chrétien de Troyes du XIIè siècle (Perceval), suivi de Robert de Boron et son mythe du Graal (début XIIIè siècle), Wolfram von Excenbach au XIIIè siècle (Parzival), le « Lancelot en prose » du XIIIè siècle de Gauthier Map ou des moines cisterciens de Glastonbury dévoués aux rois Plantagenêt et particulièrement à Henri II qui se prétendait descendant du roi Arthur pour justifier son pouvoir. Etc. Sans oublier tous les Anonymes français, anglais, allemands, italiens, occitans, castillans, gallois ou même gaéliques d’Irlande. Et toutes les œuvres collectives. Et pour finir, la compilation du XVè siècle de Thomas Malory, qui porte le titre français de « La Mort d’Arthur ».

Sa sœur Viviane, une prêtresse de l’ancien règne

Tous parlent d’un roi Arthur, un roi Celte, un dux bellorum, c’est-à-dire un chef de guerres, l’Ours (« arth » en celte qui représente la caste royale issue de la classe des guerriers), qui a vraiment vécu aux alentours de l’an 500 et a retardé l’invasion Saxonne. Et d’un certain Merlin, son devin, formant avec lui le duo régnant typique des deux castes dominantes indo-européennes, qui a vraiment vécu, mais plutôt 60 ans plus tard… Le duo de l’époque matriarcale antérieure est-il complètement mort dans ces récits ? C’était le duo du frère et de la sœur.

Et bien on verra que non, que ce duo est encore bien vivant, car Merlin a une sœur, et pas n’importe laquelle, c’est la Fée Viviane ! Son pouvoir est incommensurable, et Merlin lui-même le dit : sa connaissance et son pouvoir sont supérieurs aux siens. Et Merlin est très libre avec sa « femme officielle » (qui n’est pas citée car il ne vit pas avec), ou plutôt sa maîtresse, qui peut prendre d’autres époux, car elle est une amante libre et fait des enfants avec d’autres.

Des usages très vivaces de matriarcat

Et Merlin ne recherche que la compagnie de sa sœur pour habiter Sa Maison Maternelle. Et suprême relent de matriarcat, Merlin lui-même naît de père inconnu, il n’a pas de père ! En effet, sa mère a été fécondée par un incube, un démon, d’un esprit flottant entre terre et ciel, typique des croyances de la très haute antiquité des Grandes Déesses comme l’Artémis d’Ephèse, née d’un démon incube elle aussi.

Gauvain et son oncle maternel Arthur, vus par Kaamelott

La fée Morgane, prêtresse païenneEt Arthur lui-même a une sœur, la Fée Morgane, qui contrairement à Viviane (qui représente la vie, la clarté de l’astre diurne du Soleil), incarne la force des ténèbres, celle des astres que l’on ne voit que la nuit, le monde inquiétant des morts. Et Arthur ne transmet pas son royaume à son fils, mais à son neveu Gauvain selon la coutume celtique pré-romaine. Car les peuples celtes ont beau être des envahisseurs guerriers, ils sont issus de cultures matriarcales eux aussi, (comme tous les peuples des origines, même si cet aspect primordial universel a fini par être oublié volontairement), où les enfants du père ne comptent pas, seuls les enfants de la sœur sont héritiers. Les Celtes, bien qu’ils soient passés de chasseurs à envahisseurs guerriers, ne se marient pas vraiment, vivent encore avec leur sœur, et pratiquent l’union libre en dehors du cercle familial. Ils élèvent les enfants de leurs sœurs et leurs neveux sont leur compagnie préférée (les devins préfèrent la compagnie de leurs nièces, plus réceptives aux Dieux). Les Romains contraindront les Celtes au mariage où seule la descendance du père compte, où les femmes adultères sont éliminées.

Les 29 sœurs fondatrices d’Albion

D’après l’Historia Regum Britanniae, 29 sœurs arrivèrent en bateau sur une nouvelle terre inhabitée, aux confins des terres de l’Ouest. Leur sœur aînée, prénommée Albine (blancheur, symbole de la mort, divinité de l’au-delà), déclara prendre possession de cette terre qu’elle prénomma « Albion » ou « Albanie ».

D’après les auteurs médiévaux, ces sœurs venaient de Grèce, d’un navire sans gouvernail et sans nourriture, poussées dedans par le roi de Grèce leur père qui voulait les punir et se débarrasser d’elles. Car sinon comment justifier que des femelles prennent seules possession d’une terre ? Les moinillons leur attribuent d’office un père très puissant, un roi, qui les aurait mariées de force, comme de coutume au Moyen Age. Mais celles-ci se seraient rebellées, auraient projeté de tuer les maris auxquels elles ne voulaient pas se soumettre (le mariage est soumission au Moyen Age), auraient été dénoncées par la 30è sœur la plus jeune, et donc auraient été bannies. Les clercs précisent qu’elles n’ont pas été tuées comme la tradition le veut, car étant de trop haut lignage (à l’époque médiévale, les femmes adultères ou qui se rebellent contre l’autorité sont jugées, brûlées ou prostituées de force).

Il est à noter que les auteurs de l’époque savent encore que ces femmes, qui souhaitent commander à leurs époux ou les faire mourir, bénéficiaient auparavant d’un état social gynécocratique antérieur à l’instauration du patriarcat, et qu’elles veulent maintenir coûte que coûte leur primauté absolue sur les hommes. Ce que nos historiens ou scientifiques d’aujourd’hui ont totalement oublié, et la Pré-Histoire enseignée dans les écoles et les Universités ne mentionne absolument jamais un état matriarcal antérieur.

Le clan de la Grande Mère

Les auteurs anciens veulent absolument justifier que les Albines sont forcément nées d’un père, sinon le récit suivant, qu’ils ne peuvent éviter de dévoiler dans son originale splendeur, sans par trop déformer l’origine du Mythe lui-même, serait dangereux pour l’ordre social : car sur l’Ile d’Albion, ces 29 sœurs procréent sans l’aide d’aucun mâle… Pour simplifier le récit, les auteurs précisent qu’elles sont sœurs. Pour une portée de lapins, cela aurait été plausible, mais ce mot sœur veut dire qu’elles proviennent du même clan de la Grande Mère. Et elles ont une reine, la plus âgée, qui donne son glorieux nom à Sa Terre.

Et si l’on regarde une carte des peuples mégalithes d’Europe auxquels elles appartiennent, comme nous le verrons plus loin, l’on se rend compte qu’en effet, des peuples venus de la mer ont essaimé cette culture sur des zones bordées par la mer, de la Méditerranée à l’Europe du Nord, et aussi dans le monde entier, voici plus de 8000 ans, et donc l’invasion des peuples mégalithes s’est bien faite par voie maritime.

Quand la Grande Bretagne était une île déserte

Le récit précise que l’Ile d’Albion était inhabitée… Est-ce vrai ? Si l’on en croit les nombreuses statuettes féminines du continent eurasiatique remontant à l’Aurignacien pour certaines, et notamment la Vénus de Hohle Fels, découverte en 2008 et datée au carbone à 35000 ans : et bien aucune figurine de Vénus ne provient de Grande Bretagne. Ainsi, la légende dit vrai ! Cependant, concernant la provenance du navire du “grand royaume de Grèce”, le doute est plus que permis. D’abord parce qu’en Grèce, il n’y avait pas de royaume, mais des cités autonomes. Ensuite, parce que les siècles médiévaux sont fascinés par la Grèce dont toute leur culture provient (et notamment la plupart des Évangiles). Nous avons bien notre opinion sur cette réelle provenance des peuples mégalithes, mais nous la développerons un autre jour peut-être… Si vous êtes bien sages et que j’ai des compliments sur mon travail !

La première reine de Bretagne

Enfin le voyage prend fin et Albine saute la première du bateau et prononce ces paroles dignes d’une Déesse de toutes choses : « En tant que votre aînée, je prends possession de ce pays, quel qu’il soit, et je m’en déclare la dame et la maîtresse ! Que les dieux qui nous protègent soient témoins de cet acte sacré par lequel cette terre et tous ceux qui y vivent m’appartiennent ! ». Et toutes les princesses débarquèrent, errèrent sur le rivage, puis au milieu d’une forêt sombre et profonde où elles s’abreuvèrent à un ruisseau. Puis elles cueillirent des fruits sauvages et déterrèrent des racines. Manquant d’arcs, de flèches, de faucons ou de chiens, elles fabriquèrent des pièges et eurent bientôt un abondant gibier. Pour le faire cuire, elles inventèrent la viande bouillie, et la méthode suivante est authentique (attestée par de nombreuses études archéologiques), alors que nous les français, avons préféré la viande rôtie, qui est plus savoureuse, et prenons la viande bouillie pour un crime culinaire…

La cuisine matriarcale

Voyons cette recette rustique d’un peuple matriarcal (pour le moins !) de chasseurs-cueilleurs, maintenue pendant tout le néolithique et même durant l’âge du fer des Celtes : les Albines creusaient une fosse qu’elles remplissaient d’eau, et elles y mettaient la bête une fois vidée, et entourée de grandes herbes. Puis elles faisaient un feu et chauffaient des galets qu’elles plongeaient dans la fosse au moyen de grosses branches afin de chauffer l’eau et de la maintenir à une bonne température de cuisson. Une fois repues et rassasiées, les princesses s’aperçurent qu’il leur manquait quelque chose. L’impérieux désir de se trouver en compagnie d’un homme afin de satisfaire leur volupté. Mais l’Ile était déserte.

Visites furtives des incubes

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Et comme leur sommeil était troublé par des râles et des plaintes, les démons incubes s’intéressèrent à elles. Ces démons sont des esprits qui rodent entre le ciel et la terre. Ils vinrent les visiter et s’unirent à elles. Toutes furent ainsi contentées mais elles ne virent jamais ceux qui avaient couché avec elles. Chacune d’elles fut possédée par un démon incube et s’en porta fort bien. Les auteurs médiévaux précisent que les incubes ne revinrent jamais, ce qui est faux, car ces démons, ces anges de lumière, accompagnent en permanence ces civilisations matriarcales, pour qui la « nature » est justement « surnaturelle ». Et leurs rites et leurs sanctuaires de plein air font revenir au contact plusieurs fois par an ces divinités si pures qui survolent la Sainte Terre constamment, et ne se voient que la nuit et surtout l’hiver… Les princesses s’aperçurent qu’elles étaient toutes enceintes. Elles donnèrent bientôt naissance à des garçons de haute stature, hideux à voir. C’étaient les GÉANTS qui dominèrent pendant si longtemps la terre d’Albion.

Les géants des mégalithes

Les Géants étaient non seulement puissants par eux-mêmes, mais ils connaissaient les secrets des pierres et des métaux, et ils pouvaient construire de grands bâtiments. Ainsi creusaient-ils des cavernes fabuleuses dans le sol, assorties de sources d’eau pure, les entourant de grandes murailles, et creusant, à l’avant de celles-ci, des fossés infranchissables. On trouve des Géants chez tous les peuples des Mégalithes, ces mystérieuses constructions de pierres énormes assemblées savamment par un procédé et une force encore inexpliqués, ces fameuses constructions cyclopéennes ou pharaoniques, qui se ressemblent tant d’un continent à l’autre…

Ces géants semblent liés aux antiques croyances de la Déesse Mère qui enfante sans le besoin d’un père, mais avec des démons incubes, qui ressemblent à des serpents de lumières, et flottent entre le ciel et la terre, à la recherche des femmes humaines, pour leur apprendre tous les secrets de l’univers visible et invisible, et créer la race des géants avec elles. La Bible, Genèse, VI, 1-4, parle de mystérieux « Fils des Elohîm » (les anges serpentins qui volent et brillent de lumière), qui tombent amoureux des « Filles du Glébeux », descendent sur terre, s’unissent à elles et engendrent des géants qui infestent le monde.

Les dragons, pères mystérieux des géants

Les géants sont toujours accompagnés de leurs géniteurs, les dragons cracheurs de feu, que les envahisseurs celtes puis romains et chrétiens ont combattu avec tant d’ardeur, car le règne du père terrestre avait commencé. Ces géniteurs-dragons, messagers des étoiles géantes créatrices de vie, sont donc un principe féminin de fécondation qui se rapproche de la parthénogenèse.

Ils vivent de préférence dans les grottes de montagnes, avec l’arbre le plus vieux (l’arbre antique étant exposé en permanence à la lumière des étoiles, son énergie est la plus pure sur terre) et la source sacrée trouvée par le serpent ailé.

Pierre à cuvette destinée à recevoir l'eau de pluie sacrée.Ainsi ils vivent au plus près des incubes qui lévitent dans les hauts cieux, et au plus près des étoiles géantes et ternaires, leurs Mères Primordiales, qui les regardent et dont ils interprètent tous les signes. Mais ils organisent aussi de Joyeuses Fêtes Solaires dans leurs clairières sacrées, bardées de cercles de pierre géantes, avec des processions aux flambeaux pour attirer les incubes durant les nuits de solstices d’hiver et d’été, ainsi qu’aux équinoxes.

Ils disposent également, sur le sol sacré et béni des Dieux, de grosses pierres creusées afin de recueillir l’eau de pluie miraculeuse, donnée par l’évaporation du Divin SOLEIL (Sol – œil).

Calomnier l’ordre ancien

Bien sûr les auteurs médiévaux en ont fait des êtres monstrueux, une race maudite, à la méchanceté, l’orgueil et la bêtise démesurés, s’accouplant soi-disant avec leurs mères, puis leurs sœurs (alors que l’inceste est le pire tabou des civilisations matriarcales), se livrant à de sanglantes batailles, tant et si bien qu’ils finirent par s’exterminer mutuellement.

Et le héros celte Brutus, parvenant sur cette île en 1136 BC, tua les 24 géants restants, sauf un qu’il épargna. Il conquit ainsi cette terre qu’il rebaptisa par son nom: Britannia (Ile de Bretagne). De même, plus tard, quand les tribus des Angles conquirent cette terre, ils leur donnèrent également leur nom : Angleterre.

La suite dans un prochain article…

Bibliographie :

  • La légende arthurienne, le Graal et la Table Ronde. Collection Bouquins, Edition Robert Laffont, 1989. (Chrétien de Troye, Robert de Boron, Païen de Maisières, Raoul de Houdenc, Jean Froissart et auteurs Anonymes). Robert de Boron : « Merlin et Arthur : le Graal et le Royaume ».
  • Mircea Eliade, Aspects du mythe, Collection Folio Essais, Editions Gallimard, 1963.
  • Jean Markale, Merlin l’Enchanteur, Collection Espaces Libres, Editeur Albin Michel 1992 (Edition originale Retz, Paris, 1981).
  • Jean Markale, La naissance du roi Arthur, Le cycle du Graal, Editions Pygmalion/Gérard Watelet à Paris, 1992, ISBN 2-7242-7585-3
  • Jean Markale, la femme Celte, Editions Payot, nouvel. Edit. 1992.
  • Philippe Walter, Merlin ou le savoir du monde, Essai, Broché, Editeur Imago, 2000.
  • Marija Gimbutas, La langage de la Déesse, Editeur Des Femmes – Antoinette Fouque, 2005, ISBN : 2-7210-0520-0. Titre original « The language of the Goddess », HarperCollins Publishers, 1989.
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