Inceste et consanguinité favorisés par le mariage : des normes institutionnelles du patriarcat

Différencier inceste consanguinité

  • L’inceste, c’est d’avoir des rapports sexuels avec un membre de son propre foyer, de sa propre maison, de son propre nom… le mariage une forme d’inceste.
  • La consanguinité, c’est d’avoir des rapports sexuels avec un individu jugé génétiquement trop proche : cousins, fratrie, parents…

Le tabou de l’inceste

L’ethnologie n’a jamais pu observer de peuplades, aussi primitives fussent-elles, où l’inceste soit pratiquée. Dans le matriarcat, l’inceste entre frères et soeurs est puni de mort (voir les Moso du Sichuan). Toute sexualité, ou évocation même du sexe, est interdite entre membres d’une même maison, d’un même clan (famille/totem), considérés comme frères et sœurs ou parents.

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De nombreuses mythologies antiques présentent des frères qui semblent épouser leur sœur. Il s’agit en réalité de sociétés matriarcales où le frère élève les enfants de sa sœur sans en être le géniteur : le roi règne avec sa mère et sa sœur, et transmet le trône à ses neveux maternels et non pas à ses fils.

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L’instinct naturel exogamique

Article 43 de la constitution iroquoise :  » les membres d’un clan devront reconnaître comme leurs parents tous les autres membres de ce clan quelle que soit leur nationalité. Les hommes et les femmes d’un même clan ne pourront jamais s’unir  ».

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Dans les sociétés patriarcales traditionnelles, où le mariage est arrangé avant même la naissance des époux, il arrive que ces derniers soient élevés ensemble durant toute leur enfance. Arrivés à l’âge du mariage, il est fréquent qu’ils refusent cette union. Puisque vivant ensemble depuis toujours, ils se ressentent instinctivement comme frère et sœur. La nature humaine est exogamique. D’instinct, le désir sexuel entre deux membres d’un même foyer est contre-nature, et est une forme d’inceste.

L’effet Westermarck est le nom donné au phénomène de l’évitement naturel de l’inceste étudié par Edward Westermarck (1862-1939) dans plusieurs de ses œuvres, et en particulier dans Histoire du mariage.

Pour éviter les tares génétiques dues à la consanguinité

Westermarck explique que la promiscuité des enfants avant leur 30 mois développe en eux un système instinctif de rejet des sentiments amoureux et des pulsions sexuelles. Westermarck s’oppose à la conception que développe Freud du tabou de l’inceste. L’homme n’évite pas l’inceste du fait d’une condamnation morale ou sociale, mais par un mouvement biologique inné. L’enfant, instinctivement, ne sera pas attiré par sa famille, car la nature l’incite à diversifier son patrimoine génétique pour éviter les tares génétiques dues à la consanguinité.

La vie à deux : des sentiments fraternels

L’effet Westermarck a pu être observé lors d’études sur les mariages en Asie du Sud. On constate que lorsque les futurs époux sont élevés ensemble depuis la naissance — coutume qui persiste dans certaines campagnes chinoises ou thaïlandaises —, ils s’opposent à leur union lorsqu’il est temps pour eux de se marier, ayant développé des sentiments « fraternels » qui inhibent leur attirance sexuelle l’un pour l’autre. Le taux de divorce est beaucoup plus importants chez ces couples lorsqu’on les force à se marier malgré tout.

Le mythe du tabou de l’inceste

Le phénomène de tabou de l’inceste peut se surajouter à l’effet Westermarck, mais il n’est pas l’explication fondamentale de l’évitement de l’inceste.

Sociobiologie : tendances épigénétique des phénomènes comportementaux humain

L’effet Westermarck est représentatif du type d’explication que cherche à produire la sociobiologie. Ainsi, Edward Osborne Wilson affirme que tous les phénomènes comportementaux humains que la sociologie et la psychologie ont tenté d’expliquer jusqu’à présent peuvent se ramener à des tendances épigénétiques.

Le mariage brise le tabou de l’inceste parce que c’est un inceste

Le tabou de l’inceste consiste à exclure toute sexualité entre membres d’une même maison, entre individus de même nom, de même totem. Le mariage consiste pour un époux à adopter dans sa famille une femme d’une autre famille, l’épouse, qui dès lors portera le nom de son mari. Ainsi, elle change de maison, et elle change de totem, pour ceux de son mari. Hors, le mariage se caractérise entre autres par 2 clauses : le devoir conjugal et le devoir de fidélité. Le mariage permet donc des relations sexuelles entre 2 membres d’une même maison, d’un même totem, d’un même nom. D’un point de vue structurel, le mariage brise le tabou de l’inceste, c’est un inceste légalisé.

Le père ne peut éduquer son fils à la sexualité

Un père ne peut enseigner à son fils comment draguer, car ce serait lui expliquer comment il a réussi à coucher avec sa mère, vision incestueuse et insupportable pour un garçon. Ainsi le patriarcat produit des hommes dévirilisés, dont les années de jeunesse, qui auraient dû être les plus belles, deviennent les pires. Seul l’oncle maternel peut jouer ce rôle d’initiateur.

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La vie conjugale favorise l’inceste père-fille

Quelle limite alors à avoir des relations sexuelles avec d’autres membres de la même maison, du même totem, du même nom ? Quand la sexualité extra-conjugale est prohibée, ou est soumise à de lourdes contraintes économiques (prostitution, entretien de la maîtresse, location d’une chambre d’hôtel…), la fille est pour le père, qui de plus a autorité sur elle, la proie sexuelle la plus accessible. Quand bien même l’inceste est interdit, il est largement favorisé par la structure familiale patriarcale.

Une norme sociale française

Le terme d’« inceste » n’était explicitement mentionné, jusqu’en 2010, dans aucun des deux principaux codes (pénal et civil) du droit français, ayant disparu du code pénal après la révolution de 1789. La loi lui a substitué la reconnaissance, comme circonstance aggravante, du fait qu’une agression sexuelle, une atteinte sexuelle ou un viol sur un mineur, soit commis par un parent ou tuteur (« ascendant légitime naturel ou adoptif ou toute personne ayant autorité sur la victime »), l’inceste étant ainsi pris en compte de façon spécifique, au-delà du seul cas de la contrainte qui servait auparavant à punir celui-ci.

Mariages consanguins pour préserver l’héritage familial

La nature fait bien les choses, notre instinct nous attire vers ce qui nous ressemble le moins, afin d’éviter au maximum la consanguinité génétique (exemple : les bruns aiment les blondes, et vice versa). Le patriarcat engendre bien plus de consanguinité, et donc de maladies génétiques, puisque pour garder la propriété dans la famille (héritage de la propriété individuelle), les mariages entre cousins, ou entre oncles et nièces, sont favorisés. Exemple : chez les aristocrates, au Maghreb (40% des couples), au Pakistan (75% des mariages) ou chez les gens du voyage… Hors chez les matriarcaux, plus l’amant vient de loin, et plus le prestige de la femme est grand.

Patriarcat consanguin islamique (Maghreb) : Xeroderma, maladie génétique des « enfants de la lune »

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La reconnaissance du père ne prévient pas la consanguinité en lignée paternelle

Dans les sociétés matriarcales, c’est la filiation paternelle qui n’est pas connue ou reconnue. Et c’est donc en filiation paternelle que peut avoir lieu des relations sexuelles consanguines (exemple : demi-frère et demi-sœur par le père). Mais paradoxalement, c’est justement en lignée paternelle qu’on lieu les mariages consanguins (cousin-cousine, ou oncle et nièce) dans les sociétés patriarcales traditionnelles (exemple : l’islam). Or, les maladies génétiques typiques de la consanguinité se retrouvent fréquemment dans les sociétés patriarcales, mais rarement dans les sociétés matriarcales, supposées souffrir des mêmes tares, par ignorance du géniteur. Ce qui prouve que les sociétés sacralisant la filiation paternelle sont bien plus consanguines que celles ne la reconnaissant pas.

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