La fin de l’Histoire et de l’Etat (Engels) : barbarie et libre association pour sauver la civilisation

Nation & État, droit du sang & droit du sol,  droit privé & droit public, propriété individuelle & propriété collective.

Sur la base des travaux des compères de Karl Marx :

La structure gentilice

Gente : groupement d’ordre familial, division familiale :

  • individu, famille, clan, tribu, phratrie, nation…

Gentil : individu qui se positionne dans une confédération familiale, dans une gente.

Société gentilice ou Société Confédérale Segmentaire :

  • Les premières organisations humaines sont organiques.
  • Plusieurs familles se confédèrent en un clan, plusieurs clans en une tribu… etc.
  • Chaque gente étant régie par : le devoir de solidarité entre ses membres, et le droit de jouir de la communauté de biens de la gente.

La famille naturelle est matriarcale

Lafargue expose les origines matriarcales de la famille (seul le lien maternel définissait les gentes), et les conséquences de l’avènement de la reconnaissance de paternité (désormais les gentes sont définies par le lien paternel) : mariage/prostitution, culte de la virginité & de la fidélité, violences conjugales & sexuelles, soumission des femmes, pédérastie, marché du sexe, infanticides…

Lire Définition du Matriarcat : une société sans père ni mari, mais pas sans oncles

Société gentilice contre société de classes

Engels expose l’opposition historique entre :

Société gentilice primitive : confédérations familiales, sans État et sans Banque

  • pacifique, égalitaire, sociale, collectiviste, autogestionnaire, démocratique…
  • mais rigide, et donc incompatible avec les progrès technologiques des moyens de production.

Société de classes : qui suppose la naissance de l’État et de la Banque

  • adaptée aux progrès technologiques des moyens de production,
  • mais belliqueuse, inégalitaire, esclavagiste, individualiste, ploutocratique, et dictatoriale (forces de l’ordre).

Droit du sol contre droit du sang

Droit du sol : toute notion juridique fondée sur le sol.

  • Ne pas confondre avec le code de la nationalité.

Droit du sang : toute notion juridique fondée sur le sang.

  • Ne pas confondre avec le code de la nationalité.

La Nation gentilice se fonde sur le droit du sang :

  • la Nation en tant que confédération familiale,
  • découpage du territoire en propriétés foncières des confédérations familiales,
  • position du gentil par son appartenance dans la confédération familiale.

L’État se fonde sur le droit du sol :

  • l’État en tant qu’administration d’un territoire, et de ses résidents.
  • découpage du territoire en zones administratives géographiques,
  • position du citoyen par sa domiciliation, sa circonscription.

La naissance de l’État sur les décombres des gentils

« Dans l’ensemble, les tribus germaniques fédérées en peuples ont donc la même organisation qui s’était développée chez les Grecs des temps héroïques et les Romains de la période dite des rois: assemblée du peuple, conseil des chefs gentilices, commandant militaire qui aspire déjà à un véritable pouvoir royal. C’était l’organisation la plus perfectionnée que pût produire l’ordre gentilice; c’était la constitution modèle du stade supérieur de la barbarie. Quand la société dépassa les limites à l’intérieur desquelles cette organisation suffisait, ç’en fut fait de l’ordre gentilice, il fut détruit. L’État prit sa place. » – L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat – Friedrich Engels → La Gens chez les celtes et les germains

La barbarie pour sauver la civilisation

L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État – Friedrich Engels → La formation de l’État chez les germains

Une nouvelle force vitale pour l’Europe

Mais quel était donc le mystérieux sortilège grâce auquel les Germains insufflèrent à l’Europe agonisante une nouvelle force vitale ? Serait-ce une vertu miraculeuse, inhérente à la peuplade germanique, comme nous le content nos historiens chauvins ? Point du tout. Les Germains étaient, surtout à cette époque, une souche aryenne fort douée et en pleine évolution vivante. Mais ce ne sont pas leurs qualités nationales spécifiques qui ont rajeuni l’Europe, mais simplement … leur barbarie, leur organisation gentilice.

Les qualités civilisatrices du barbare

Leur valeur et leur bravoure personnelles, leur esprit de liberté et leur instinct démocratique qui voyait dans toutes les affaires publiques une affaire personnelle, bref, toutes les qualités qu’avaient perdues les Romains et qui seules étaient capables de modeler, avec le limon du monde romain, des États nouveaux et de faire grandir des nationalités nouvelles – qu’était-ce donc, sinon les traits caractéristiques du Barbare du stade supérieur fruits de l’organisation gentilice ?

Un héritage vivace du matriarcat

S’ils révolutionnèrent la forme antique de la monogamie, s’ils adoucirent la domination de l’homme dans la famille, s’ils donnèrent à la femme une situation plus élevée que n’en avait jamais connu le monde classique, qu’est-ce qui les rendait capables de le faire, sinon leur barbarie, leurs coutumes gentilices, les legs encore vivants de l’époque du droit maternel ?

Pour rajeunir une civilisation moribonde

Tout ce que les Germains inoculèrent au monde romain de force vitale et de ferment vivifiant était barbarie. En fait, seuls des barbares sont capables de rajeunir un monde qui souffre de civilisation agonisante. Et le stade supérieur de la barbarie, vers lequel et dans lequel avaient évolué les Germains avant les grandes invasions, était justement le plus favorable à ce processus. Cela explique tout.

La souveraineté populaire par la libre association

« La production se mouvait dans les limites les plus étroites; mais … les producteurs étaient maîtres de leur propre produit. Tel était l’immense avantage de la production barbare; il se perdit avec l’avènement de la civilisation; la tâche des générations prochaines sera de le reconquérir, mais sur la base de la puissante maîtrise obtenue aujourd’hui par l’homme sur la nature et de la libre association, possible de nos jours. » Friedrich Engels – L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État – Genèse de l’État athénien

La propriété associative, pouvoir réel du peuple

« La société, qui réorganisera la production sur la base d’une association libre et égalitaire des producteurs, reléguera toute la machine de l’État là où sera dorénavant sa place: au musée des antiquités, à côté du rouet et de la hache de bronze. » – Friedrich Engels – L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État – Barbarie & Civilisation

Le droit associatif ou la fin de l’Histoire

Famille = association = parenté = adoption = mariage

Les membres de l’association familiale :

Rappel : le mariage est une association à caractère sexuel qui se limite à 2.

  • Se doivent solidarité mutuelle, comme dans le mariage.
  • Sans clauses sexuelles qui relèvent du domaine privé, contrairement au mariage. Mais en respectant l’interdit du viol, de la pédophilie pré-pubère et de l’inceste. Inceste : degré de parenté sanguine (et non pas associative) à partir de laquelle toute relation sexuelle est prohibée.
  • Ont le droit de jouir de la communauté de biens de l’association, comme dans le mariage.

Si Engels oppose société de classes (disparition juridique de la famille pour l’avènement de l’État) et société gentilice (confédérations familiales & absence d’État), la libre famille associative permet de réconcilier les deux :

Une société structurée à la fois en classes, et à la fois en gentes :

  • la position de l’individu n’étant définie ni par le sang, ni par le sol, mais par son association,

Réunissant les avantages des deux sans leurs inconvénients :

  • Égalitaire, sociale, collectiviste, autogestionnaire, démocratique…
  • Sans Etat : les institutions démocratiques auto-gestionnaires et confédérales de chaque gente permettent de se passer d’État.
  • Sans Banque : chaque niveau associatif confédéral (gente mère), par sa propriété collective, constitue en soi une banque sans taux d’intérêt pour ses membres (gentes filles), qui mettent en gage leurs biens propres, sous risque de passer sous la propriété collective de la gente mère, en cas de défaut de paiement.
  • Pacifique : une société confédérale segmentaire confronte des organisations confédérales de tailles comparables (gentes : familles, clans, tribus…), qui sont donc obligées de négocier plutôt que d’entrer en conflit.
  • Adaptée aux progrès technologiques des moyens de production par sa flexibilité (famille choisie).

La Nation gentilice se fonde désormais sur le droit associatif :

  • la position de l’individu par son appartenance dans la confédération associative nationale (chaque niveau associatif étant domicilié sur le territoire national).

L’État simple instrument de la Nation, pour la Nation, et par la Nation :

  • administration non séparée du peuple, incarnée par le peuple,
  • les circonscriptions de l’État coïncident avec avec les propriétés foncières gentilices,
  • la confédération gentilice comme contre-pouvoir effectif face à l’État.

Ni droit privé, ni droit public : le confédéralisme

Lire Confédéralisme associatif libertaire : l’anarchie ordonnée

  • Le droit local primant sur le droit confédéral, mais en accord avec ce dernier : la souveraineté locale, en accord avec la souveraineté de la collectivité, toutes les questions sont traitées au niveau le plus local possible (individu), puis sont reléguées à un échelon supérieur (famille, clan, tribu, nation…) seulement si nécessaire.
  • Sécession : un échelon peut récupérer à tout moment sa souveraineté.
  • Harmonisation de la propriété individuelle à la propriété collective : restauration de toutes les formes de propriétés collectives (famille, clan, tribu…) entre l’individu et la Nation, et même au-delà… sous forme associative. Harmonisées par le principe du confédéralisme.

Une constitution tribale exemplaire qui a fait ses preuves

Toute structure associative (famille, clan, tribu, nation…) nécessitant statuts, règlement et charte (constitution, juridiction, et valeurs), Toutes les sociétés gentilices présentant à peu près les mêmes institutions : proto-grecs, proto-romains, bédouins, nuers du Soudan, germains, vikings, iroquois… Inspirons-nous des institutions de celle qui nous a laissé la documentation la plus complète, et qui a fait preuve de la plus grande efficacité : la constitution de la Confédération des 6 Nations Iroquoises, source d’inspiration de la déclaration d’indépendance des USA, de sa constitution, et de certains fondements de l’ONU.

Lire La confédération des 6 nations iroquoises (USA) : inspiration démocratique des Pères Fondateurs