Dossier de presse – Qu’est-ce que le Mouvement Matricien ?

Comment sauver nos familles ?

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La famille est le socle essentiel de toutes sociétés. De l’Amazonie à l’Océanie, du paléolithique à l’époque contemporaine, de la société primitive à la civilisation, la famille a toujours été la principale force fédératrice des groupes humains. Ses fonctions sont autant multiples que cruciales : créer des liens sociaux entre individus, permettre la transmission des héritages (nom, biens…) et constituer le cadre nécessaire à l’éducation et l’épanouissement des enfants.

Notre société moderne a connu depuis ces dernières décennies un déclin progressif et significatif de son entité familiale (multiplication des divorces, émergence et pérennisation de la monoparentalité, croissance de l’isolement…). Le Mouvement Matricien est née de la volonté de fournir des clés de compréhensions au démembrement familial actuel et d’y apporter des solutions viables et durables.

Nous proposons dans ce dossier, de découvrir les fondements idéologiques de la pensée matricienne, de suivre les différentes étapes ayant forgées son raisonnement. Puis, nous terminerons par une présentation de notre projet et de ses objectifs.

I/ L’Occident et sa faillite familiale : un constat alarmant

  • Ce qu’il reste de nos familles

Le drame de notre civilisation est qu’on assiste à une atomisation des familles. De la famille autrefois élargie, on est passé à la famille nucléaire (papa/maman), aujourd’hui, le modèle émergeant est la famille monoparentale. En France, le taux de divorce qui était de 5.5% en 1920, flirte dorénavant avec les 50%. Concrètement, près d’une famille sur 2 se fissure.

Ce chiffre est représentatif de l’instabilité caractéristique de notre époque. De cette dissolution du lien familial, découle une pluralité de problèmes sociaux et économiques :

  • Une fragilisation de la paternité : Aujourd’hui, 8% des enfants de moins de 3 ans vivent sans leur père, et 25% des adolescents de plus de 15 ans. La garde partagée ne fonctionne pas toujours, et en cas de conflit parental, se sont le plus souvent les pères qui se retrouvent lésés par le système. Cet effacement de la figure paternelle est également rendu responsable de bien des troubles sociaux et du mal-être des enfants.
  • Une précarisation familiale : les familles monoparentales (généralement des mères et leur enfants) sont plus touchées par la pauvreté que les couples, et ce, malgré les diverses prestations sociales et les pensions alimentaires.
  • Un isolement de plus en plus marqué: Désormais, lorsqu’un homme et une femme se mettent en couple et décident de fonder une famille, plus rien ne leur garantit de pouvoir vieillir dans un cadre stable, en étant entourés et épargnés par la solitude.

  • Quand la liberté amoureuse détruit la famille conjugale

Comprendre les mécaniques de cette décadence n’est pas chose aisée. Cela nécessite au préalable d’éviter de tomber dans le piège du réflexe nostalgique, qui consiste à opposer une société moderne devenue subitement irresponsable, à un passé idéalisé, ou les couples tenaient par la vertu de leur abnégation et de leur sens des valeurs familiales. Pour les matriciens, il n’y a pas de compréhension du phénomène sans prise en compte du contexte d’époque : comment fonctionnaient les familles française d’autrefois (première moitié du 20ème siècle), quelles étaient les ingrédients qui leur permettaient de tenir, et surtout, qu’est ce qui a changé aujourd’hui ?

  • Un assouplissement de la juridiction du divorce : Ces 130 dernières années ont été marquées par une tolérance progressive et significative concernant le droit au divorce. Rétablit en 1884 sous conditions restrictives, il ne cesse de se simplifier jusqu’en 1975 : les mariés peuvent désormais divorcer rapidement, et par simple consentement mutuel.
  • L’invention du mariage d’amour : Traditionnellement en Occident, le mariage est arrangé. Il s’agissait d’un contrat passé entre 2 familles, avec échange de biens (la dot) et dans lequel le choix du conjoint passait par l’aval du père et se faisait principalement sur des critères pratiques et économiques (possibilité d’alliance, richesses…). Le mariage d’amour est une invention du capitalisme moderne qui ne se diffuse en Occident qu’à partir des années 1930-1940. Avec lui, va naître attentes et frustrations nouvelles : recherche du grand amour, d’une passion forte et durable, espoir, mais également déception et désillusion.
  • La libéralisation sexuelle et l’évolution du statut des enfants : Comme tout système patriarcal, la société française s’articulait sur une juridiction stricte destinée à réguler la sexualité (surtout des femmes) à l’intérieur du cadre légal du mariage. Virginité garante de l’honneur familial, pénalisation de l’adultère (3 mois à 2 ans de prison dans le code Napoléon), les femmes (sauf prostituées) ne connaissait que peu d’hommes dans leur vie. Toute sexualité hors mariage risquait d’engendrer des enfants illégitimes, sans pères, des « bâtards », extrêmement difficiles à prendre en charge dans une société fondée sur la seule puissance paternelle. Le desserrement de cette juridiction a permis à la sexualité de s’exprimer plus librement, mais s’accommode mal avec le principe de fidélité requis par la conjugalité.

Pour conclure, nos familles explosent car toutes les barrières liberticides qui avaient été mises en place pour les faire tenir ont été effacées. Les couples sont libres et ne tiennent souvent plus qu’à l’entente et la durée des sentiments des personnes qui les composent.

  • Une cruelle désillusion

La situation actuelle révèle en réalité la fragilité de la famille conjugale. Quand les hommes et les femmes ne sont pas restreints par des barrières, quand leur est offerte la possibilité de s’épanouir, ils chercheront à en jouir, et ce parfois au détriment de leur responsabilité familiale. Routine et lassitude font des ravages auprès de populations construites dans un conditionnement psychologique de recherche d’épanouissement amoureux et sexuel. Or, peut-on vraiment confier une institution aussi vitale que la famille, à des critères aussi changeants et instables que la passion et les sentiments amoureux d’un couple ?

Notre situation pose également la douloureuse question de la légitimité de nos acquis sociaux. Nombreuses sont les sociétés ayant jugés nécessaires d’encadrer la famille et la sexualité par un minimum de contraintes et de mesures répressives. La lecture du Droit Romain, Athénien, du Code Napoléon, de la Charia islamique, ou encore du code d’Hammourabi sont autant d’exemples allant dans ce sens. L’effondrement de nos familles serait-elle la contrepartie pour avoir aboli ce que d’autres avaient jugés nécessaire d’ériger ?

Quoi qu’il en soit, nous vivons aujourd’hui dans une société étant incapable d’apporter la moindre solution à son marasme. Toutes les statistiques du démembrement familial sont en constante augmentation (taux de divorce, monoparentalité, isolement…) et il n’y aucune raison pour que cela s’arrange à l’avenir. Devons-nous nous résoudre à voir l’institution familiale mourir progressivement ? Devons-nous renoncer à nos acquis sociaux pour retrouver l’harmonie familiale d’antan ? Ou… n’y aurais-t-il pas une alternative possible ?

II/ S’ouvrir au monde, vers d’autres systèmes familiaux

  • Jouir d’une famille stable et d’une liberté sentimentale, oui c’est possible…

Si notre liberté amoureuse et sexuelle est le fruit d’un abandon de nos traditions, il existe de nombreuses sociétés dans lesquelles elles en sont au contraire des éléments fondateurs. A partir du XVème siècle, au moment où les puissances monarchiques occidentales commencent à explorer le monde, de nombreuses sociétés vont être révélées, des populations parfois bâties sur des structures familiales, juridiques et morales très différents de leur homologue occidentales d’époque.

Les témoignages d’explorateurs ne manquent pas : Vasco de Gama décrivant son séjour au sein de la très raffinée société Nayar (Côte Sud-Ouest de l’Inde), le navigateur Jean François Sylvestre Denis , en contact avec les population des îles Trobriand (Océanie), ou encore le Jésuite Joseph François Lafitau et l’anthropologue Lewis Henry Morgan, ayant vécus parmi les indiens Iroquois (Amérique du Nord)…

Des témoignages décrivant des sociétés sans mariage arrangés, sans distinction entre enfants légitimes et naturels, évoluant en quasi parfaite liberté amoureuse et sexuelle, et pourtant, dotés de structures familles stables, solides et statiques. Des sociétés ignorant le principe de conjugalité, des sociétés « matriarcales ».

  • il faut pour cela déconnecter les affaires amoureuses des affaires familiales

Rien à voir avec une quelconque domination des femmes sur les hommes, le matriarcat est un système de parenté plaçant la mère au centre du lignage. Les sociétés matriarcales s’organisent en famille élargies, dont les noyaux ne sont pas des couples mais des fratries :

L’ensemble des frères et sœurs maternels de plusieurs générations vivent ensemble dans un même foyer. Lorsqu’un homme et une femme se « marient », c’est-à-dire lorsqu’ils se mettent en union libre, ils ne fondent pas une famille, mais restent affilés à leur famille (fratrie) respectives qui leur fournit à vie : sécurité, foyer et héritage. Il n’y a donc pas de conjugalité, pas de mise en commun des biens après union, les enfants ne sont pas élevés par des couples, mais par la fratrie maternelle, les hommes et les femmes qui la composent. Les enfants vont donc reconnaître comme parent l’ensemble des membres de leur fratrie (la mère, les oncles/tantes maternels, la grand-mère, les grands oncles/tantes maternels… ainsi que les hommes et femmes adoptés par la fratrie). Une telle structure implique de nombreux avantages :

  • La séparation, le divorce ne posent aucunement problème : Ils ne sont dommageables qu’en cas de conjugalité, puisqu’ils impliquent une fissuration de l’unité familiale. Ici, divorcer se réduit à rompre le lien entre 2 membres de 2 familles distinctes qui resteront elles intactes. Les enfants étant situés non pas au milieu du couple mais à l’abri dans le clan maternel, leur cadre social ne sera nullement altéré. En déconnectant les affaires amoureuses des affaires familiales, l’instabilité des premières n’affecte pas les secondes.
  • Il n’y a pas problème de paternité : Les familles ne sont pas à construire, elles sont déjà acquises de naissance. De ce fait, la sécurité d’une femme et de ses enfants ne va pas dépendre du conjoint qu’elle sera capable de trouver et surtout, de garder.
  • Le modèle s’adapte au mode de vie de ses membres : si certaines sociétés matriarcales se fondent sur l’amour libre (multiplicité des partenaires, refus d’engagement sur le long terme), d’autres privilégient des unions monogames avec contrat de fidélité (ces unions sont cependant envisagées d’un point de vue temporaire et peuvent êtres dissoutes facilement). Quoi qu’il en soit, ces 2 comportements antinomiques sont parfaitement compatibles avec une telle structure familiale. La sexualité d’un homme avec des femmes d’autres clans et d’une femme avec des hommes d’autres clans n’interfère en rien avec leur rôle interne de mère et d’oncle. Seul l’inceste (sexualité entre les membres d’une même famille) reste interdit.

Ce schéma présente l'organisation de la famille matriarcale

  • La paternité, par-delà les liens du sang

Comme les enfants sont rattachés au clan de la mère, et que les amants appartiennent à 2 familles différentes, un enfant ne se situera jamais dans le même groupe familial que son père. En réalité, ces sociétés dissocient le concept de « père » avec celui de « géniteur ». Le géniteur est l’homme qui féconde, qui intervient avant la naissance. Le père est l’homme qui assure la paternité, incarne l’autorité, transmet (éducation, héritage), l’homme qui intervient après la naissance. Si nos sociétés sont bâties sur la réunion de ces 2 termes, de nombreuses autres prennent bien soin de les séparer.

En Matriarcat, un homme est lié aux enfants de sa fratrie, qu’il considère comme sien. Son attention, son autorité et son héritage sera porté en faveur de ces derniers. Il peut également développer un lien affectif vis-à-vis de ses enfants biologiques, mais ceux-ci auront déjà pour pères « principaux » les hommes de leur fratrie respective. Les liens de parenté dominent les liens de sang.

L’intérêt d’un tel système réside dans le fait de pouvoir construire des familles stables sans devoir passer par une mécanique de régulation sexuelle. L’éducation de l’enfant par les 2 parents biologiques implique l’institutionnalisation de la famille conjugale. Cette famille conjugale implique la mise en place d’une armature de mesures répressives pour se stabiliser (patriarcat), la suppression de ces contraintes implique l’effondrement de la famille conjugale (contexte actuel).

III/ Une solution viable et durable pour l’avenir : la famille choisie associative (FCA)

  • Qu’est-ce qu’une famille choisie associative ?

Il s’agit d’une structure familiale inspirée du modèle matriarcal, mais plus flexible, modulable, et compatible avec notre société moderne. Ces familles, crées sous forme d’associations libres (loi 1901), constitueront une sorte de contrat de solidarité entre individus, similaire au PACS, mais ouvert à des groupes étendus.

Concrètement, la FCA sera une famille élargie de cœur et/ou de sang, réunissant un groupe d’individus ayant choisi librement de vivre de manière collective. Ses membres seront liés par un contrat impliquant droits et devoirs : droit de jouir de la communauté de biens indivisible de l’association et devoir de solidarité mutuelle. La famille ainsi formée pourra s’élargir par l’adoption de nouveaux membres, décidée démocratiquement par l’association. Tout membre qui ne respecte pas la clause de solidarité peut être expulsé et pourra tenter de se faire adopter par une autre FCA.

Elle sera financée par les apports de ses adhérents (un pourcentage de leurs revenus). Cela peut être de l’argent, mais aussi des meubles (matériel, véhicules…) et des immeubles (terrains, maisons, bâtiments…). Ces biens constitueront le patrimoine commun indivisible de la collectivité, dont pourront jouir tous ses membres. La communauté indivisible de biens est le garant de cohésion de toute communauté.

  • Renouer avec nos familles élargies traditionnelles : solidarité, prévention d’isolement et économies d’échelles…

L’arrivée de la famille nucléaire a engendré de profonds bouleversements dans notre société occidentale. Parents et enfants qui vivaient et vieillissaient autrefois ensemble, vont progressivement se séparer et vivre sous des toits différents, parfois même, dans des zones géographiques très différentes. Par ce processus de dissociation des générations, de nouveaux besoins vont alors faire leur apparition : Comment prendre en charge les personnes âgées se retrouvant seul, isolées, éloignées de leurs enfants ? Comment prendre en charge les enfants en bas âge dans des familles ou les 2 parents travaillent et sont absents ? Par la création de structures destinées à répondre aux attentes nouvelles : ainsi se développe maisons de retraite et garderies…

En société traditionnelle, ce genre de structure n’existe pas, elles ne sont pas nécessaires. Les familles sont conçues de manière à prendre en charge tous leurs membres. Chaque maison abrite plusieurs générations qui vivent ensemble et prennent soin les uns des autres : anciens, actifs et enfants. Le travail des hommes et des femmes ne remet pas en cause les taches liées à l’entretien de la maisonnée (jardinage, cuisine, garde d’enfants…), généralement effectuées par les anciens.

Vivre seul implique également de devoir payer de lourdes charges individuelles : loyer, eau, chauffage, électricité, nourriture… Les personnes isolées sont de ce fait, plus fréquemment touchées par la précarité (plus des 2 tiers des demandeurs aux restos du cœur sont des personnes seules ou des familles monoparentales). La famille élargie offre l’avantage de réduire le cout de la vie en rendant les dépenses collectives.

  • tout en profitant des avantages du matriarcat : cohésion, stabilité familiale et libertés individuelles

Une famille élargie présente de nombreux avantages mais se révélera insuffisante pour lutter contre l’instabilité caractéristique de notre époque. En effet, se contenter de regrouper plusieurs couples sous un même foyer ne l’épargnera pas des séparations et problèmes que cela risquerait d’engendrer (conflits internes, départ de certains membres…).

Notre société moderne nous montre la difficile conciliation entre conjugalité et libertés individuelles. Si cela fonctionne pour certains (il existe des couples stables), cela ne fonctionne pas pour d’autres (la moitié d’entre eux est vouée à l’échec). Face à ce constat, les sociétés matriarcales nous montrent qu’il est tout à fait possible de s’organiser autrement, de bâtir la famille sur des bases différentes, des bases stables et parfaitement adaptées à l’épanouissement individuel. La FCA aura donc tendance à s’approprier certains de ses codes :

  • Elle sera de préférence sans couple : pour conserver paix et stabilité au sein de la famille, il est nécessaire que celle-ci demeure un espace de solidarité, d’éducation pour les enfants, et non d’échanges amoureux et sexuels. De ce fait, nous recommandons d’éviter les relations entre membres d’une même famille. Chacun disposera d’un espace privé (chambre) dans lequel il pourra accueillir son/ses partenaires (extérieurs à l’association). Ainsi, en cas de rupture, la famille sera épargnée des risques de conflits internes… De plus, en dissociant la famille de la sexualité, nous laissons libre choix aux membres d’adopter le comportement qu’ils désirent concernant cette dernière. La liberté sexuelle ou l’exclusivité sexuelle relèveront du choix personnel de chacun et n’interféreront en rien avec leur rôle familial interne.
  • Elle sera matrilinéaire par défaut : les enfants seront de préférence rattachés à la FCA de leur mère (la maternité est le lien social le plus sacré, le seul qui soit universel à l’ensemble des sociétés humaines). Cependant, rien n’empêchera aux hommes de jouer un rôle dans l’éducation de leurs enfants biologiques, en plus de la paternité des enfants de leur propre FCA (devoir de solidarité mutuel). Le plus important est de pouvoir fournir une base sécuritaire en cas séparation. En FCA, l’homme divorcé disposera toujours de sa famille élargie et de son rôle de père social. Quant aux enfants, ils bénéficieront toujours de leur cadre familial et de leurs référents masculins et féminins.

Ces 2 dernières mesures ne seront toutefois pas imposées. Il s’agit simplement de conseils, s’appuyant sur une réflexion anthropologique et des exemples de sociétés réelles. L’idée maitresse du projet réside dans la libre composition familiale, aussi chaque FCA décidera elle-même de l’attitude qu’elle adoptera vis à vis du couple et de la paternité.