Confucius : une invention des Bons Pères jésuites, la nouvelle religion christique de l’Empire chinois

Un article du Centre de Recherches sur l’Ordre Mondial,

V.I.T.R.I.O.L. n°26, février-mars 2012, page 20 et 23.

Histoire : Fiction ou Science ? d’Anatoli Fomenko : à 4 min 56 « Fomenko balaie d’un revers de main l’Histoire de la Chine, une histoire qui n’est pas si ancienne. La compilation de l’histoire prétendument ancienne de la Chine peut être sérieusement datée des 17e et 18e siècles, pas avant. Il est facile à repérer qu’il s’agit de l’Histoire de l’Europe ancienne, réécrite et notée en hiéroglyphes, à la façon dont se sont réalisées les autres transplantations historiques, et réalisées cette fois-ci sur le sol chinois par la main secourable des Jésuites. »

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Un père fondateur de la civilisation chinoise


Le roi est le pilier de l’État. Le père est le pilier de la famille. Le mari est le pilier de la femme.
 – Confucius (5e siècle av-JC).

Pour beaucoup d’intellectuels occidentaux, Confucius est l’emblème même de la civilisation chinoise et de ses croyances religieuses. Outre les nombreux textes – dont le I-Ching – écrits par lui, il aurait été un érudit, un homme d’Etat et un cavalier accompli. On dit de Confucius qu’il a enseigné à ses disciples la culture des vertus personnelles (ren, habituellement traduit pas « bonté », « humanité »), la vénération des parents, l’amour de l’apprentissage, la loyauté envers ses supérieurs, la gentillesse envers ses subordonnés et le respect pour toutes les habitudes, institutions et rituels liés à la vie civile.

Respect des rites & obéissance au Ciel

L’image de Confucius est tellement séduisante que ses Analectes, une collection de 497 citations, ont été traduits à de multiples reprises, particulièrement durant le 20ème siècle. Si ses écrits trouvent une telle résonance chez les intellectuels modernes, c’est que sa religiosité – ou plutôt son absence de religiosité – s’inscrit parfaitement dans notre temps. Il encourage l’obéissance à la volonté du « Ciel » et l’observance stricte des rites religieux tout en restant évasif sur l’existence supposée d’un monde surnaturel. On apprend ainsi que « le Maître ne parlait jamais de miracles, de violences, de désordre et de fantômes ». Confucius semble avoir eu pour priorité le « juste milieu » : toute chose avec modération, même la modération elle-même. Un autre Analecte relate que « le Seigneur Ji Wen pensait trois fois avant d’agir. En entendant cela, le Maître dit : deux fois est suffisant ».

Un moraliste apprécié par les Lumières de l’Occident

En résumé, depuis l’époque des Lumières, les Occidentaux perçoivent Confucius comme l’incarnation en Chine des principes d’humanité, de tolérance et de justice. Dans Le Siècle de la Raison, Thomas Paine comptait Confucius parmi les plus grands enseignants de la morale aux côtés de Jésus et des philosophes grecs. Un portrait de Confucius orne même la Cour Suprême des Etats-Unis, aux côtés de Moïse, Solon et autres hommes de loi.

Derrière le mythe du vieux sage

Mais qu’arriverait-il si cette image familière du sage chinois s’avérait fausse ? C’est précisément la conclusion de plusieurs études récentes qui ont suscité fébrilité et controverse dans les milieux universitaires. Des études qui mettent à mal notre vision habituelle du confucianisme en remettant en cause deux aspects fondamentaux : le fondateur du confucianisme lui-même et les origines chinoises du mouvement.

Un guerrier et non un philosophe

Bruce Brooks, professeur de chinois à l’Université de Massachusetts, assisté de son épouse et collègue A. Taeko Brooks, aborde le premier aspect [1]. L’une des incohérences relevées par les deux chercheurs est que le Confucius historique, loin d’être un érudit, était avant tout un guerrier. Sa très forte personnalité attira un grand nombre de jeunes guerriers, selon les hypothèses des Brooks. Par contre, ajoutent les deux chercheurs, seules 16 des 497 citations attribuées à Confucius ont été écrites par lui, quelques-unes étant l’œuvre de ses disciples proches.

Confucius ne commence à s’imposer comme un érudit que lorsque des groupes de disciples s’organisent en écoles afin de perpétuer sa philosophie. Toutefois, selon Bruce Brooks, « ses disciples et successeurs fondèrent rapidement leur propre mouvement, essayant de s’adapter à une période très tumultueuse marquée par des guerres incessantes entre seigneurs locaux. »

Qui donc a inventé le confucianisme ?

Membre de la noblesse, Confucius a probablement reçu une éducation, mais il n’est l’auteur d’aucun des textes qui lui sont attribués et il n’a visiblement accordé aucune importance aux valeurs dont il aurait été, selon certains, le promoteur. Par ren, par exemple, il parle non pas de culture de la vertu morale, comme généralement admis, mais de loyauté envers ses camarades de combat. Ce n’est que beaucoup plus tard que l’on fit de Confucius un civil – érudit et homme d’Etat.

Un culte d’origine chinoise ?

C’est un professeur d’histoire à l’Université du Colorado, Lionel M. Jensen, qui s’attelle au second aspect controversé : le confucianisme est-il chinois ? Jensen affirme que le confucianisme n’existait pas avant l’arrivée en Chine de missionnaires jésuites à la fin du 16ème siècle. Jusqu’alors, il n’existait que les traditions éthiques et spirituelles du ru, c’est-à-dire l’élite intellectuelle de la Chine, qui, grâce au soutien de l’Empereur, bénéficiait du monopole de l’éducation et jouissait des meilleures places au sein de l’administration étatique. Cette élite intellectuelle se réclamait de Confucius, le considérant comme un propagateur important des valeurs du ru. Seulement, et Jensen le prouve dans son essai [2], les Analectes n’étaient qu’une infime partie du corps doctrinal enseigné par le ru.

Un philosophe du 16e siècle ?

Jensen se décida à approfondir le sujet, ayant découvert que le terme chinois Kong-Fuzi /signifiant « Vénérable Maître Kong » et latinisé par ‘Confucius’ par les Jésuites au 16ème siècle) ne figurait nulle part dans les écrits du ru. En revanche, il y est fait référence à Kong-Zi (Maître Kong), dont les disciples ont recueilli les citations. Mais ce personnage était connu en tant que philosophe, et non pas prophète ou fondateur de religion.

Christianiser la pensée chinoise

Tout allait changer lorsqu’en 1583 les Jésuites italiens Matteo Ricci et Michele Ruggieri établirent leur mission à Zhaoqing. Cherchant à pénétrer les cercles fermés de l’élite intellectuelle chinoise, les Jésuites virent en Kong-Zi à la fois une figure rassurante et une opportunité à ne pas manquer. Les enseignements de Kong-Zi avaient alors été obscurcis par des siècles d’interprétation. En mettant l’accent sur certains préceptes attribués à Kong-Zi, les Jésuites commencèrent à refaçonner le personnage selon des critères chrétiens. Après tout, si l’Ancien Testament abondait de prophéties annonçant subtilement l’arrivée du Christ, Kong-Zi ne pourrait-il pas être comparé à Isaïe ? Connaissant parfaitement la langue et les habitudes du ru, les Jésuites furent acceptés comme membres à part entière de cette élite. Puis, assistés d’une demi-douzaine de compagnons, Ricci et Ruggieri commencèrent à interpréter la doctrine du ru comme une sorte de théologie révélée, une lumière divine préfigurant une éventuelle conversion des Chinois au christianisme. Jensen écrit : « Ricci et ses compagnons se firent les apôtres d’un ru christianisé, proclamant avoir ressuscité les véritables enseignements de Kong-Zi. »

La nouvelle religion christique de l’Empire

S’appuyant sur le modèle de la théologie chrétienne –dont l’incarnation de Jésus-Christ est l’idée centrale-, les Jésuites firent de la tradition du ru une religion à part entière orientée sur la personnalité de son fondateur, Confucius, qui –affirmaient-ils- avait découvert providentiellement le monothéisme (ses références au « Ciel ») et les valeurs chrétiennes (ainsi, cette citation des Analectes : « Je ne ferai pas aux autres ce que je ne veux pas qu’ils me fassent »). L’exaltation des Jésuites pour Confucius eut pour effet secondaire la négation des écrits philosophiques chinois autres que les Analectes, pourtant très nombreux dans la tradition du ru. Une autre conséquence fut que l’on nia l’importance des autres traditions de la Chine, telles que le bouddhisme, le taoïsme et le culte populaires aux dieux et aux ancêtres, des traditions pourtant très largement pratiquées.

Acclamée par l’Elite chinoise

Étrangement, le Confucius des Jésuites fut accueilli avec enthousiasme par les Chinois de toutes les classes, dont une partie des membres du ru. C’est par leurs serments que les Jésuites purent toucher les paysans illettrés, tandis que la classe lettrée, inspirée par les enseignements jésuites, imprima des œuvres dédiées au Maître Céleste.

Plus chinois que les chinois

Apparemment, c’est grâce à leur talent pour l’assimilation culturelle et à leur capacité à s’adapter à la mentalité des autochtones que les Jésuites purent triompher. « Plutôt que d’argumenter sur la différence entre les croyances chinoises et le catholicisme », écrit Jensen, « Ricci présuma de leur complémentarité et oeuvra à les unir par le dialogue. » Seuls quelques membres du ru s’opposèrent à cette entreprise. Ainsi, l’un de ces réfractaires écrit : « Leur poison se répand partout et menace de contaminer des myriades de générations. »

Une vision faussée de l’Orient

Lorsqu’ils retournèrent en Occident, les missionnaires firent la promotion de leur version christianisée du ru. Ce ne fut ensuite plus qu’une question de temps avant que les philosophes des Lumières adoptent Confucius, son rationalisme et son scepticisme envers tout ce qui est surnaturel. Ces philosophes façonnèrent ainsi l’image de Confucius qui aujourd’hui domine tous les esprits et entretinrent la croyance selon laquelle le confucianisme serait le religion chinoise par excellence, tout comme le catholicisme romain est la religion de base en Espagne.

Un culte élitiste minoritaire

En réalité, malgré les premiers succès des Jésuites, le confucianisme n’est pratiqué que par une faible minorité en Chine, tout comme dans les temps reculés où seuls les érudits, les bureaucrates et parfois les empereurs suivaient la tradition du ru. S’il y avait en Chine une religion de base, celle-ci serait plutôt une fusion entre le taoïsme et croyances populaires.

  • [1] The Original Analects : Sayings of Confucius and His Successors
  • [2] Manufacturing Confucianism : Chinese Traditions and Universal Civilisation

Charlotte Allen / Mark Oppenheimer

Commentaire du CROM:

Les Jésuites ne font jamais les choses à moitié ! S’ils veulent prendre le contrôle d’une nation, ils en infiltrent immédiatement l’élite –et deviennent même les farouches défenseurs des traditions de cette nation. Alors, lentement, ils modifient ces traditions selon leur plan, jusqu’à créer une nouvelle religion –religion qui a toujours le même but : assujettir le peuple et éliminer les traditions ‘gênantes’ (telles que le Taoïsme, d’essence gnostique).

Dans un précédent article, nous avons montré comment les Jésuites, à la fin du 19ème siècle, ont mis sous tutelle l’empereur du Japon en créant la religion dite du « Shintô d’Etat. » Mais le cas de la Chine est plus édifiant encore, car la prise de pouvoir remonte à quatre siècles ! Reste-t-il encore une puissance dans le monde qui aurait échappé à la mainmise magique des Jésuites ? Rien ne permet de l’affirmer…