Archéologie – 5 tsunamis à Constantinople au 6e siècle. La cause de la fin de l’empire romain ?

1000 ans de séismes et tsunamis ?

Le phare d’Alexandrie est considéré comme la septième des sept merveilles du monde antique ; il a servi de guide aux marins pendant près de dix-sept siècles (du iiie siècle av. J.-C. auxive siècle). Les nombreux tremblements de terre qui ont eu lieu dans la région entre le ive siècle et le xive siècle ont peu à peu endommagé le célèbre monument qui a été presque entièrement détruit en 1303. En effet, en 1349, Ibn Battûta, le célèbre voyageur marocain, raconte :

« Étant allé au Phare […] je constatai que son état de délabrement était tel qu’il n’était plus possible d’y entrer ni d’arriver à la porte y donnant accès. »

Ce qui demeurait encore du phare a dû s’effondrer lentement par la suite, puis glisser sous les flots. À la fin du xve siècle, le sultan Al-Achrâf Sayf ad-Dîn Qait Bay, un des derniers souverains mamelouks Burjites de l’Égypte, ordonna la construction d’une citadelle sur ce qui restait de l’esplanade, afin de protéger la ville contre la menace de l’Empire ottoman.

Le tsunami de Constantinople

Source : La Recherche – Par Nicolas Constans dans mensuel n°453 daté juin 2011 à la page 24.

La trace d’un tsunami qui a frappé la capitale byzantine au VIe siècle apr. J.-C. a été retrouvée.

Des séismes deux années de suite

Le 7 mai 558, l’immense coupole de la basilique Sainte-Sophie de Constantinople s’effondre. Des secousses sismiques lui ont donné le coup de grâce, mais en fait tout avait commencé un an plus tôt, en 557. Un terrible séisme avait ravagé une partie de la ville, et fissuré la coupole. Celui-ci, rapportent les chroniqueurs de l’époque, avait aussi provoqué un vaste tsunami qui submergea la ville. La trace de cet événement unique vient seulement d’être identifiée grâce aux recherches d’une équipe franco-turque [1].

Où est passé le port médiéval ?

Si la trace de ce tsunami n’a pas été retrouvée plus tôt, c’est d’abord parce que le port antique de Constantinople a été longtemps enfoui sous la ville moderne d’Istanbul. Ce n’est qu’en 2004, lors des travaux de construction d’un tunnel de métro, qu’il a été découvert. Les fouilles de ce port, l’un des plus importants de la Méditerranée à cette époque, sont l’un des plus grands chantiers archéologiques de ces dernières décennies.

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Les sédiments d’une catastrophe

Dans les sédiments accumulés au cours de l’histoire de ce port, les archéologues ont remarqué ce qui semble être la trace d’un tsunami : une couche gris-noir se détachant du reste des sédiments plus clairs, qui semblait s’être déposée extrêmement vite. Elle contient un assemblage hétéroclite de débris : amphores, pots en métal, lampes à huile, bois pourri, pommes de pin, ossements de chameaux et de chevaux, feuilles, noyaux de fruits, etc. En outre, les piliers de pontons étaient brisés net au niveau de cette couche. Bref, l’ensemble semble le fruit d’un événement particulièrement destructeur.

La digue submergée

« Des couches de débris peuvent aussi être laissées par de fortes tempêtes », indique Anne Mangeney, de l’Institut de physique du globe, à Paris. Mais ici, un tsunami semble plus vraisemblable. D’une part parce que le port était protégé par une jetée, qui arrêtait la plupart des vagues causées par les tempêtes. D’autre part parce que la couche observée dans le port semble avoir enregistré les deux phases typiques d’un tsunami : le déferlement des vagues, suivi du retrait de l’eau. La partie basse de la couche, la plus ancienne, contient en effet un grand nombre de coquillages et de micro-organismes marins venant du large. À l’inverse, la partie haute de la couche, la plus récente, renfermait les débris d’origine terrestre. Ils n’avaient pas de raison de se trouver là, car la zone était en pleine eau à l’époque du port byzantin. Ils ont donc probablement été charriés lors du retrait de l’eau.

5 tsunamis en moins de 2 siècles

S’agit-il donc du tsunami de 557 ? Malheureusement, les datations ne permettent pas de situer l’événement plus précisément que dans l’intervalle 424 à 565 apr. J.-C. Or pas moins de cinq tsunamis sont mentionnés par les sources historiques durant cette période. Toutefois, les sédiments du port n’en ont enregistré qu’un. Les autres n’ont-ils pas été suffisamment intenses pour submerger la jetée et atteindre le port ? « Pour le savoir, explique Christophe Morhange, du Centre européen de recherche et d’enseignement des géosciences de l’environnement à Aix-en-Provence, il faudrait des forages au large, donc d’importants moyens océanographiques. » Reste que les candidats les plus probables, car bien attestés et décrits comme assez violents, sont le tsunami de 557 et un autre, dû au séisme de 447 apr. J.-C. Ce dernier fit écrouler une partie des remparts de Constantinople, ce qui contraint à une reconstruction hâtive, les troupes d’Attila menaçant la ville.

Par Nicolas Constans
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